[Film] District 9, de Neill Blomkamp (2009)

Des extraterrestres venus se réfugier sur la planète Terre, il y a près de 30 ans, sont cantonnés dans un district d’Afrique du Sud. L’immigration voulant les déplacer ailleurs, la tension et la violence monte.


Avis de Cherycok :
Avec son premier film, District 9, Neill Blomkamp a impressionné tout le monde. Le film est un succès au box-office, rapportant 210M$ pour un budget de 30, il remporte pas moins de 32 récompenses dans les nombreux festivals par lesquels il est passé, et il est même nommé pour 4 Oscars, bien qu’il n’en remporte aucun. Blomkamp s’est rapidement vu confier un bien plus gros budget par Hollywood avec Elysium (2013). Et quand on voit District 9, on comprend vite pourquoi le bonhomme a immédiatement intéressé Hollywood, même si depuis, beaucoup s’accordent à dire que District 9 est au final le seul très bon film de Neill Blomkamp, le reste étant soit sympathique (Elysium donc, mais aussi Chappie et Gran Turismo), soit catastrophique (coucou Demonic). Parce que District 9 n’est à l’époque pas simplement un nouveau film de science-fiction avec des aliens, il y a derrière tout un traitement bien particulier et une dimension politique qui en font une œuvre singulière, réussie du début à la fin, qui prouvent qu’un grand film de SF n’a pas besoin de centaines de millions de dollars de budget.

Au tout départ, il y a Alive in Joburg (2005), un petit court de 6 minutes qui impressionne Peter Jackson qui cherche alors un réalisateur pour l’adaptation cinématographique de la licence vidéoludique Halo. Ensemble, ils travaillent sur le projet, mais à cause de désaccords entre les studios devant le produire, le projet est abandonné. Peter Jackson propose alors à Neill Blomkamp de transformer son court métrage Alive in Joburg en long métrage et l’aide à trouver les financements. Mais au départ, il n’était pas question que District 9 soit un film politique au sens strict du terme. Lors d’une interview, Blomkamp a expliqué que son enfance en à Johannesburg l’avait marqué, aussi bien tout ce qui avait tourné autour de l’apartheid que des inégalités qu’il observait tous les jours. C’est tout cela qu’on va retrouver dans District 9 et la réflexion politique de son film semble au final bien plus large que le message consciemment formulé par Blomkamp parce que, volontaire ou non, tout semble réellement politique dans ce premier film. Bien entendu, District 9 parle de l’apartheid instauré en 1948 en Afrique du Sud (qui a duré jusque dans les années 90) et ce 9ème district dans lequel sont parqués les extraterrestres du film, qui sont sur Terre à cause d’une panne de leur vaisseau-mère qui flotte au-dessus de Johannesburg, semble renvoyer au District Six, au Cap, zone déclarée aux Blancs en 1966 et qui a entrainé l’expulsion massive de la population noire qui s’y trouvait. La façon dont les extraterrestres sont expulsés, une simple procédure administrative qui ne semble leur laisser aucun choix, est parfois bien plus violente que des coups de feu. District 9 parle également ouvertement de la xénophobie qui règne en Afrique du Sud, et ce même après la fin de l’apartheid, avec les populations des pays voisins également présentes dans le pays, ce qui a créé plusieurs émeutes (certaines images au début du film seraient de vraies images d’émeutes de Johannesburg de 2008). Mais surtout, cette xénophobie n’est pas juste entre les noirs et les blancs, ou ici entre les blancs et les extraterrestres, mais aussi entre les populations marginalisées elles-mêmes. Et puis cette fâcheuse tendance qu’ont les personnages à appeler les extraterrestres « crevettes » à cause de leur apparence, c’est un mécanisme classique de déshumanisation, un peu comme « négro » ou « bougnoul » qu’on voit fleurir de partout encore aujourd’hui, avec ces extraterrestres qui sont traités comme un vrai problème administratif. Mais ce n’est pas tout puisqu’il est facile d’y voir également une critique du capitalisme avec ces multinationales qui prennent peu à peu le relais de l’état, jusque dans la gestion des forces armées.

Le style documentaire du film a lui aussi une fonction politique, et c’est d’ailleurs une de ses grandes forces. Tout le début du film, avec les évènements qui nous sont racontés à travers des interviews, des reportages, des images de caméra de surveillance, nous présentant les extraterrestres comme une population problématique, nous plonge immédiatement dans le bain. Il est facile d’y voir une forme de propagande, avec une société qui fabrique des ennemis pour justifier la violence à leur encontre, un peu comme le faisait Paul Verhoeven avec son Starship Troopers auquel j’ai plusieurs fois pensé pendant le visionnage. La propagande ne se contente pas de mentir, elle apprend au public quelle réalité regarder. Ce côté documentaire, on le retrouve dans de nombreuses séquences du film, mais quelque part aussi dans les séquences plus classiques, avec une caméra portée qui cherche sans cesse à nous positionner au plus près des personnages et à réagir aux évènements. L’image est parfois tremblante, les transitions parfois volontairement abruptes, et le résultat permet au spectateur d’être immédiatement immergé dans le film avec un réalisateur qui cherche absolument à nous faire croire que nous sommes en train de regarder des images réelles. Si le film semble si réel, malgré la présence d’extraterrestres au look de crevettes cosmiques à l’écran et de ce vaisseau flottant gigantesque très présent à l’image, c’est parce ce qu’il filme semble déjà exister. On y croit à ces extraterrestres vivants dans ces taudis. On y croit parce que les CGI sont au service du film et pas l’inverse. Tout a été tourné dans des décors réels qui ont ensuite été modifiés, avec parcimonie, avec des CGI. Mais surtout, un soin tout particulier a été fait pour que rien ne semble lisse. Les extraterrestres vivent dans un environnement sale et poussiéreux ? On fait en sorte qu’on ait l’impression qu’ils vivent dans un environnement sale et poussiéreux. Les éclairages, la photographie, les CGI, les bruitages, tout a été pensé très intelligemment pour qu’on croit à ce qu’on voit et que tout ne semble pas que bouillie numérique comme on a tendance à souvent le voir aujourd’hui. C’est ce qui permet à District 9 de ne pas vieillir visuellement malgré ses bientôt 20 ans d’âge. Lorsque District 9 devient un film d’action dans son dernier acte, il ne perd pas de sa superbe. La violence y est sèche, brutale, parfois grotesque lorsque les corps explosent littéralement, la lisibilité semble être le maitre mot malgré le chaos des rafales de tirs et des explosions, et l’affrontement final entre la milice privée et l’exosquelette extraterrestre est un grand moment de bravoure. Certes, ce dernier acte est bien plus classique que ce qui a précédé, bien plus proche d’un film de guerre futuriste, mais pourtant il fonctionne parfaitement et permet de clôturer le film de bien belle manière, tout en mettant en avant le côté émotionnel de la relation qui s’est nouée entre certains personnages.

LES PLUS LES MOINS
♥ Le traitement intelligent
♥ Les thématiques abordées
♥ L’aspect très réel du film
♥ Des CGI très bien utilisés
♥ Sharlto Copley, impérial
⊗ Quelques stéréotypes malvenus

Avec son premier film, Neill Blomkamp signe une bobine aussi spectaculaire que politique, qui possède une véritable identité. District 9 est bien plus qu’un simple film de science-fiction, c’est une œuvre marquante, originale, et encore pertinente aujourd’hui.


DISTRICT 9 est sorti en édition Collector Blu-ray + 4K chez Metropolitan Films au prix de 29.99€. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com

Version Originale et française DTS-HD Master Audio 5.1 – Sous-titres français – BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1920 x 1080 HD – Format 1.85:1 respecté – Couleurs

En plus du film, on y trouve : Commentaire audio du réalisateur Neill Blomkamp, Comic-Con Extravaganza, « The Alien agenda » : journal d’un réalisateur, Créer l’univers de « District 9 », Métamorphose : la transformation de Wikus, Innovation : le jeu et l’improvisation dans « District 9 », Génération Alien, Scènes coupées, Bandes-annonces



Titre : District 9
Année : 2009
Durée : 1h52
Origine : Nouvelle Zélande / Afrique du Sud / U.S.A
Genre : Mockumentaire
Réalisateur : Neill Blomkamp
Scénario : Neill Blomkamp, Terri Tatchell

Acteurs : Sharlto Copley, David James, Jason Cope, Vanessa Haywood, Mandla Gakuda, Kenneth Nkosi, Eugene Khumbanyiwa, Louis Minnaar, William Allen Young, Nat Boltt


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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