[Film] Great Shanghai 1937, de Chang Cheh (1986)

À Shanghai, en 1937, alors que l’armée japonaise envahit progressivement la ville, le gangster Zhang Xiaolin collabore avec l’occupant. Lin Huaibu, l’un de ses proches, décide alors de s’opposer à lui et rejoint la résistance. Entre règlements de comptes, trahisons et combats, il va tenter d’éliminer celui qui a vendu les siens à l’ennemi.


Avis de Cherycok :
Tous les amateurs de cinéma de Hong Kong connaissent le célèbre réalisateur de l’ex-colonie britannique Chang Cheh. On lui doit des films culte tels que The One-Armed Swordsman (1967), The New One-Armed Swordsman 1971), The Boxer From Shantung (1972), The Blood Brothers (1973), ou encore Five Deadly Venoms (1978). Mais ce qu’on connait moins, c’est la fin de carrière de Chang Cheh, moi le premier, à partir du moment où il décide de se tourner vers la Chine Continentale, aux alentours de 1985. Dans les années 80, l’aura de Chang Cheh est bien moindre dans le cinéma de Hong Kong et ses films sont souvent davantage des obligations que de vraies œuvres personnelles. Il cherche un nouvel espace de production et, originaire de Shanghai, il décide de se retourner vers la Chine qui va l’accueillir à bras ouverts. Chang Cheh va petit à petit former une nouvelle génération de techniciens et cinéastes continentaux et le premier film de cette nouvelle collaboration est Great Shanghai 1937 dont nous allons parler aujourd’hui. Ce n’est clairement pas le film le plus abouti du réalisateur, mais il demeure néanmoins des plus intéressants si on le prend comme un film de transition.

Comme le dit le titre du film, l’histoire se situe dans le Shanghai de 1937 alors que les Japonais viennent d’envahir la ville. La pègre sur place, composée entre autres de Zhang Xiaolin, Huang Jinring et Du Yuesheng, se retrouve confrontée à une nouvelle réalité, celle des luttes de pouvoir et en particulier celle de Lin Huaibu, personnage inspiré d’une figure historique lié à l’assassinat de Zhang Xiaolin. Bien qu’il évoque parfois des personnages ayant réellement existés, Chang Cheh ne cherche pas à faire une reconstitution historique précise. Il va partir d’un point de départ connu et va y injecter toutes les thématiques qu’il aime et qu’on voit dans son cinéma presque depuis ses débuts, toutes les obsessions habituelles, de l’honneur à la loyauté en passant par la fraternité et le sacrifice. On passe de Hong Kong ou Taïwan à la Chine, mais au final, son cinéma reste le même. L’histoire du film va surtout servir de décor à un récit de vengeance et de résistance, avec tout un tas de personnages régis par leurs propres codes d’honneur. Rapidement, on constate que nous sommes plus ici dans un western ou un film de gangsters déguisé en film historique, où les hommes sont confrontés à la trahison et au sacrifice. Les personnages sont d’ailleurs souvent un peu trop stéréotypés et se définissent au final aussi simplement que l’allié loyal, le traitre, le collaborateur, l’adversaire. Ils n’ont que peu de profondeur, c’est très manichéen, mais les acteurs arrivent malgré tout à tenir leur rôle, souvent par leur présence physique. Car comme souvent avec Chang Cheh, ce n’est pas tant la psychologie des personnages qui l’intéresse forcément, mais la façon dont ils vont se révéler par leurs actes, leurs combats, leurs blessures et même leurs sacrifices. Du coup, les enjeux dramatiques ont beau manquer de profondeur malgré un contexte historique qui aurait pu amener un peu d’ampleur, mais lorsque l’action entre en jeu, on retrouve le Chang Cheh qu’on aime, celui qui continue à croire à la figure du héros qu’il a construit depuis plus d’une décennie, celui qui sait mettre en scène des scènes efficaces.

Alors oui, visuellement, on est loin des grandes productions de la Shaw Brothers et on a cette impression de film un peu fauché à de nombreuses reprises. Les décors sont souvent dépouillés, la photographie manque clairement d’ampleur au point qu’on a parfois presque l’impression d’être devant un épisode de série TV. Oui, il faut clairement oublier ici des films comme The Heroic Ones ou Vengeance et on a l’impression que Great Shanghai 1937 a été filmé bien avant 1986. Mais pourtant, l’action fonctionne toujours. Certes, les gunfights semblent un peu datés, ils font malgré tout preuve d’une certaine efficacité. Même topo pour les scènes à mains nues ou à l’arme blanche avec des combats physiques, brutaux, touche du maitre oblige, parfois assez sanglants (lors du final). Chang Cheh filme cette violence physique comme une représentation de l’héroïsme et du sacrifice. Chez Chang Cheh, les hommes sont prêts à aller jusqu’à la mort pour rester fidèles à leurs convictions, à ceux à qui ils ont juré loyauté, et la narration visuelle cherche aussi à raconter cela. Souvenez-vous, chez Chang Cheh, un simple sacrifice veut dire bien plus de choses que de longs dialogues explicatifs. C’est certain, c’est bien moins inventif et spectaculaire que dans ses plus grandes réussites hongkongaises, mais on sent qu’il veut transmettre son langage cinématographique à ses nouveaux compagnons de Chine Continentale. Il sait parfaitement que ce langage a influencé de nombreux cinéastes hongkongais et il l’adapte ici avec un nouveau contexte et de nouvelles contraintes. Car bien qu’à cette époque, le cinéma chinois cherche à s’ouvrir, il n’en reste pas moins très patriotique et Chang Cheh va devoir composer avec cela. Ce n’est plus réellement ici de la fraternité mais du patriotisme, le sacrifice se fait pour la nation, et le héros solitaire devient un résistant contre l’envahisseur japonais. Oui, on reproche souvent aux DTV chinois actuels d’être trop patriotiques, mais c’est quelque chose de bien plus ancien et de très ancré dans le cinéma chinois. Si on prend le film dans son ensemble, il est difficile de réellement qualifier Great Shanghai 1937 de réussite, et même le terme « bon film » est à utiliser avec des pincettes. Néanmoins, le film est une curiosité pour qui aime un tant soit peu Chang Cheh.

LES PLUS LES MOINS
♥ Les personnages à la présence indéniable…
♥ Des scènes d’action plutôt honnêtes
♥ Les thématiques qu’on aime de Chang Cheh
⊗ … mais qui manquent de profondeur
⊗ Un réel manque de moyens
⊗ Un scénario souvent un peu simpliste

Great Shanghai 1937 est un Chang Cheh tardif qui vaut surtout le coup d’œil en tant que film de transition dans la carrière du réalisateur, lorsque ce dernier s’est exilé en Chine Continentale dans le milieu des années 80. Un film intéressant mais qui manque de souffle.



Titre : Great Shanghai 1937 / 大上海1937
Année : 1986
Durée : 1h21
Origine : Hong Kong / Chine
Genre : Transition
Réalisateur : Chang Cheh
Scénario : Chanh Cheh, Yuen Yik-Cheng

Acteurs : Chui Siu-Kin, Du Yu-Ming, Dung Chi-Wa, Lau Lai-Gwan, Suen Yee-Man, Mu Li-Xin, Lok Woon-Yau, Ku Wing-Chuen, Wang Xiang-Wei, Fan Dung-Yue, Zhou Qi


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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