Afin de rembourser sa dette envers le patriarche Mo, qui l’a sauvé lui et son fils de trois ans, le gardien Dao Ma a été chargé d’escorter le mystérieux Chishiro jusqu’à Chang’an. Une mission à priori simple qui va le mener vers la Chine de l’Ouest et son cruel désert semé d’embuches.
Avis de Cherycok :
En 2015, Xu Xianzhe publie sa première œuvre officielle, une bande dessinée chinoise appelée Biao Ren, Blade of the Guardians pour sa version anglaise, qui va devenir un véritable phénomène en Chine. Depuis sa première parution, Biao Ren a été lu plus de deux milliards de fois sur plus de 50 plateformes chinoises en ligne. Sa carrière est lancée. Le manhua se revendique être une sorte d’hybridation entre le wu xia pian et le western spaghettis, le tout saupoudré de drame impérial façon Game of Thrones. Le concept central de l’œuvre repose sur la figure des « escortes », des guerriers qui sont payés pour capturer ou éliminer des cibles recherchées par le gouvernement, sorte de croisement entre le chasseur de prime et le garde du corps mercenaire. Déjà adapté en série animée en 2023, il n’en fallait pas beaucoup pour que Blade of the Guardians arrive en film live et c’est d’ailleurs cette même année que le projet est enregistré auprès de l’Administration Nationale du Cinéma avec à sa tête un certain Yuen Woo Ping qui, à 80 ans, ne semble en avoir jamais assez de tourner et surtout de nous en mettre plein la vue puisque, oui, Blade of the Guardians est une vraie réussite.

Le scénario du film n’adapte pas le manhua en entier (qui n’est de toutes façons toujours pas terminé) et va resserrer l’intrigue autour d’un arc narratif bien précis afin d’éviter un récit trop confus comme on le voit parfois avec des adaptations qui ont des yeux plus gros que le ventre (coucou Sakra). Ici, nous allons être dans une mission d’escorte qui va tourner à la traque à grande échelle et quand on voit tout ce qu’on y trouve en termes de personnages et de péripéties en 2h06, il n’y avait clairement pas besoin de vouloir s’attarder sur plus de choses du matériau original. Blade of the Guardians, sous-titré Wind Rises in the Desert, situe son histoire à la fin de la dynastie Sui, une période trouble où l’empire s’enfonce dans le chaos politique. On va y suivre Dao Ma, un redoutable mercenaire qui va de ville en ville avec son fils et qui, pour rembourser une dette envers un de ses amis du clan Mo, va devoir protéger et conduire le mystérieux Chishiro jusqu’à la capitale Chang’an, à travers les déserts impitoyables de la Chine de l’Ouest pleine d’assassins de la cour, de bandits, de pillards, mais aussi de fantômes de son propre passé. Sorti pour le Nouvel An Chinois 2026, Blade of the Guardians est un carton au box-office chinois, dépassant les 1.3 millions de yuan (190M$US) et devenant par la même occasion le plus grand succès de l’histoire du cinéma chinois pour un wu xia pian. Il faut dire qu’avec le succès du manhua, la Chine était un terrain très fertile pour cette adaptation, mais ça n’aurait pas été suffisant malgré tout si le film n’avait pas été bon. Sauf que Yuen Woo-Ping et toute son équipe ont tenu à faire les choses bien et il est assez facile de faire la comparaison avec le Mad Max Fury Road de George Miller, autre putain de film réalisé par un papy que tout le monde croyait mort et enterré mais qui, avec son talent, a su montrer à tout le monde qui était le patron. Avec ce Blade of the Guardians, Woo-Ping arrive parfaitement à allier l’esprit héroïque des wu xia pian HK des années 90 avec la puissance de feu des blockbusters chinois contemporains, pour un résultat spectaculaire, crépusculaire, généreux et de haute volée.

Ce que le film a déjà pour lui, c’est que Yuen Woo-Ping préfère les méthodes de tournage traditionnelles plutôt que de se vautrer à fond dans la facilité du numérique. Les personnages vont évoluer la plupart du temps dans des décors naturels désertiques ; il y a une réelle volonté de filmer les combats et les cascades à la manière hongkongaise, avec le moins d’effets numériques possible. Toute l’équipe a d’ailleurs suivi une préparation de plusieurs mois comprenant le maniement des armes anciennes, le combat au sabre et l’équitation afin qu’ils soient 100% opérationnels au moment du tournage. Il est vrai que visuellement, ça a sacrément de la gueule et chaque image est presque un tableau de maître mettant en avant ces superbes grands espaces désertiques semblant sans foi ni loi. Chaque scène d’action est semblable à un ballet avec une caméra (souvent à l’épaule) qui ne se contente pas de filmer l’action, mais qui respire au rythme de celle-ci. Les combats sont brutaux, impitoyables, et ultra dynamiques, d’une part grâce à cette caméra, et d’autre part grâce aux chorégraphies millimétrées, avec un Woo-Ping qui met l’accent sur le poids et la conséquence des coups. Mais surtout, l’ensemble reste toujours ultra lisible, même lors de ce combat complètement fou, au milieu d’une tempête de sable, où les corps sont propulsés dans les airs par la force du vent et du sable, avec une précision assez folle au niveau du wire-fu. Un combat aux idées de mise en scène à la fois simples et complètement inventives, preuve qu’à 80 ans, Yuen Woo-Ping n’a rien perdu de sa superbe. Et puis quel casting ! Outre Wu Jing ou Max Zhang avec lesquels Woo-Ping a travaillé ces dernières années, c’est le retour de Jet Li, dans un second rôle, certes, mais dans un second rôle marquant, musclé qu’on regarde le sourire aux lèvres en souvenir du bon vieux temps et des films tels que The Tai-Chi Master (1993) ou Il Était une Fois en Chine II (1992). Et puis pour les amateurs de péloches HK, quel plaisir de revoir dans un même film Wu Jing, Nicholas Tse, Tony Leung Ka-Fai, Jet Li, Kara Hui et même Yu Rong-Guang et Yuen Woo-Ping himself dans des tous petits rôles. Il y aurait certes à redire sur l’intrigue qui emprunte souvent des sentiers battus, avec un énième loup solitaire, un énième complot, un énième royaume à sauver. Il y aurait également à redire sur le trop grand nombre de personnages pour un film de 2h. Mais comment bouder son plaisir devant ce superbe authentique wu xia pian, à toute cette énergie visuelle, à cette générosité dans son rythme, à cette grammaire martiale qui donne aux combats une fluidité et une lisibilité que peu de nouveaux films du genre arrivent à avoir. Si Yuen Woo-Ping doit arrêter sa carrière sur Blade of the Guardians, il peut être fier du résultat.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ De toute beauté ♥ Très bien rythmé ♥ Un casting crédible ♥ La mise en scène ♥ Les scènes d’action réussies |
⊗ Un scénario au final assez classique |
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| Blade of the Guardians prouve que Yuen Woo-Ping en a encore sous le capot malgré ses 80 balais au compteur. Un vrai wu xia pian à l’ancienne, spectaculaire, visuellement superbe, au casting trois étoiles et aux scènes d’action de haut vol. Vite, une suite ! | |

LE SAVIEZ-VOUS ?
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Creations of the Gods 2 n’est pas le seul film à avoir souffert de l’éviction de l’actrice Nashi suite à des soucis de tricherie dans son parcours scolaire. Présente au casting de Blade of the Guardians, alors que le tournage était terminé et le film en plein montage, la production a été contrainte à la remplacer, obligeant 11 jours de reshoots intensifs avec une nouvelle actrice, Chen Li-Jun, provoquant un dépassement de budget brutal.
Titre : Blade of the Guardians / 镖人:风起大漠
Année : 2026
Durée : 2h06
Origine : Chine / Hong Kong
Genre : Wu xia pian baroud d’honneur
Réalisateur : Yuen Woo-Ping
Scénario : Su Chao-Bin, Larry Yang
Acteurs : Wu Jing, Nicholas Tse, Yu Shi, Jet Li, Chen Li-Jun, Sun Yizhou, Tony Leung Ka-Fai, Ci Sha, Li Yun-Xiao, Max Zhang, Kara Hui, Zhang Yi, Wen Jun-Hui, Liu Yao-Wen

























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