[Film] Onslaught, de Adam Wingard (2026)

Une équipe de super-soldats modifiés (dont Alex Pereira) s’échappe dans le désert du Nouveau- Mexique. Massacrant tous ceux qu’ils croisent, ils finissent par attaquer un trailer park et tombent sur une ancienne des forces spéciales (Adria Arjona), qui sera prête à tout pour sauver sa fille et survivre à cette nuit de cauchemar.


Avis de David Vergne :
Industrie autophage recherche spectateurs nécrophiles.

Adam Wingard se fait connaître avec des segments pour les anthologies V/H/S et ABCs Of Death avant de rencontrer un certain succès avec son home invasion/slasher You’re Next en 2013 et son home invasion/Terminator The Guest en 2014. Des œuvres déjà hyper référentielles où le réalisateur proposait des images cultes remises à la sauce 2010. Le genre du home invasion donc, la figure des tueurs masqués inhérente au slasher, la finale girl dans You’re Next, puis la figure du héros mutique/mystérieux avec un faux Ryan Gosling (Dan Stevens) en mode invincible sous les néons qui fracasse des têtes sur de la synthwave. Toujours dans une ambiance « rétro », cherchant à reproduire l’esthétique des années 80 (texture, grain et contraste de ses images) avec des couleurs et des bandes-son y faisant directement référence. En gros, la maladie des années 2010 poursuivant son fantasme de retour aux 80’s, avec la réactivation des franchises en mode hommage/sequel/requel.

A citer Cameron, autant lui piquer Kyle Reese

Car face à l’explosion des super-héros au cinéma, un Hollywood pris de panique va déterrer ses cadavres. Super 8, Ghostbusters, Terminator, Predator, Robocop, Stranger Things, Evil Dead, Poltergeist, Hellraiser… la liste est sans fin. Le niveau de médiocrité aussi. Sans atteindre les tréfonds de la cuvette de la liste précitée, les deux premiers films de Wingard avaient pour eux un capital sympathie évident, entre le mood, la découverte de certains acteurs (Dan Stevens donc, mais aussi Maika Monroe) et quelques séquences sympathico-méchantes qui marchaient bien dans des projets au moins « originaux ». Pas un grand réalisateur mais un gars généreux avec des petits budgets. Parti se perdre sur des projets originaux chez Netflix (Death Note) puis pour les studios (Le Projet Blair Witch, les deux derniers Godzilla du Monsterverse), Wingard revient cette année avec un projet original « modeste » (15 millions tout de même) chez le studio hype pour bobos qui parle de genre sans l’aimer, à savoir A24. En promettant une pure série B qui file droit, mélangeant le film d’horreur, l’actionner et l’hyper-violence (c’est vendu comme ça), on pouvait espérer un film au minimum divertissant. C’est le cas, d’une certaine manière et sous certaines conditions.

Fetish Porn

Sur son postulat ticket de métro, le film permet à son réalisateur de littéralement foncer dans une démarche esthétique non plus référentielle mais littéralement pornographique, tel un adolescent en rut. Du début à la fin du film, il enchaîne les plans show off, références et plaisir juste pour « se les faire ». Le fétichisme technique avec l’emploi de vieilles optiques anamorphiques, le color grading du directeur photo qui, de son propre aveu, a constamment cherché le « Terminator Blue », et l’absurdité de la DA qui fait se côtoyer l’esthétique du vintage (véhicules, vêtements, décors) avec la modernité technologique des personnages méchants. N’y cherchez pas un quelconque discours sur la confrontation de deux époques ou, soyons fous, l’illustration de deux Amériques face à face (les hommes libres à la frontière dans une Amérique abandonnée face à la puissance de l’Amérique vendue aux corporations) : ici, c’est juste pour le plaisir de l’image.

Une simplicité trés Carpenterienne

Et il faut dire que, par moments, ça marche hyper bien pour le fétichiste qui sommeille aussi en moi. Des silhouettes de bio-armes tactiques à contre-jour et enfumées en mode Metal Gear face à une simili Sarah Connor (Adria Arjona qui joue comme une chaussure), un savant fou nazi qui lèche les pieds de sa femme dominatrice (Dan Stevens dans un cosplay Fêter et Recevoir totalement interdit), un « enquêteur » plein de MDMA interrompu dans une pré-partouze SM, des caméos pour « se faire plaisir » encore une fois avec Michael Biehn et Reginald VelJohnson… Wingard en fout partout, comme un gros cochon, et multiplie les images granuleuses qui tapent, ça bave des flares, ça se veut dégoulinant de badass et d’iconisation tout en promettant un grand ride défouloir. Un vrai exercice de post-adolescent cherchant à revivre ses premiers émois sur un scénario de teubé qui mélange donc expérience nazie, franc-maçonnerie et opération Paperclip, exactement comme mes courts-métrages quand j’avais 13 ans.

Image d’épinal pour techno-slasher

Ce besoin de se réapproprier une époque (mais y retourner, pourquoi faire ? Se rassurer ? Faire comme ? Juste pour un coup de masturbation doudou ?) et un style avec un grand travail esthétique, quitte à en oublier toute cohérence ou propos, n’a rien de nouveau. C’était la marotte Grindhouse des années 2000, des différents mollards de Rodriguez et tous les DTV qui ont suivi jusqu’au chef-d’œuvre The Devil’s Rejects (2005) de Rob Zombie. Le premier colle un emballage cosmétique avec ses fausses rayures ou scratches de pellicule en jouant de la guitare quand l’autre saisit l’esprit des films de l’époque sans concession qu’il veut évoquer. Et Wingard, malgré ses qualités formelles évidentes, penche plus du côté de Rodriguez que de Zombie.

Porno manchot

Alors oui, visuellement, c’est un pur plaisir malgré le petit jeu de références un peu lourd par moments. Mais là n’est pas le problème majeur du film. Son problème, c’est qu’il ne livre pas du tout la marchandise sur le terrain de l’horreur/slasher/action (tiens tiens, du A24…). Il y a déjà la problématique des figures menaçantes. Oui, les super-soldats sont visuellement réussis, mais alors tout le reste ne va pas : ils ne savent pas bouger – encore moins courir – que ce soit dans leurs déplacements tactiques lors des assauts ou des corps à corps absolument inexistants. Pourquoi avoir casté Alex Pereira (champion UFC) en lead des super-soldats si c’est pour ne pas s’en servir ? Pas un geste, un mouvement ou un élan que le réalisateur mettrait en avant pour illustrer le côté « super » de ces soldats. On peut rajouter par-dessus ça la connerie abyssale du scénario qui déteint sur eux : ils sont complètement idiots et n’ont aucun réflexe militaire.

La pose, la classe et la bêtise

Entre choix débiles, mollesse générale et incompétence totale, il est difficile de voir en ces trois menaces un réel danger. Et il faut voir avec quelle facilité on s’en débarrasse. Il y a là-dedans un refus de l’action et surtout la nullité du réalisateur à filmer quoi que ce soit lorsque ça bouge (heureusement, c’est rare). On pouvait espérer un minimum d’efficacité, après tout, il s’agit de trois super-soldats qui attaquent quatre caravanes au milieu du désert, caravanes habitées par un vieux, un redneck, et donc l’ex-militaire traumatisée, et quinze millions de budget pour shooter trente minutes de survival. Il y avait de quoi faire, il me semble, à condition de le vouloir. Du coup, une fois entendu qu’on n’aura pas d’action (oubliez tout crescendo, cartographie ou set up / pay off à part une tronçonneuse qui revient TROIS fois!), on attend un peu la violence défouloir. Mais là aussi, ça se résume à trois plans qu’on a vus dans tous les Evil Dead, quelques giclées de sang mais surtout une absence (refus ?) de brutalité. Le film sabote donc totalement son concept par sa fainéantise, son incompétence et surtout l’incompréhension de son matériau de base. Pour trouver toutes ces promesses, il faudra se retourner vers Universal Soldier: Day of Reckoning de John Hyams qui avait un vrai scénario de science-fiction, assumé, et surtout proposait une brutalité sans concession. Bon, y’avait pas le logo A24 pour faire la hype…

LES PLUS LES MOINS
♥ Une DA qui compil beaucoup de fantasme
♥Une réussite esthétique
♥Une BO qui fait le taf
⊗ Le film n’assume ni son côté slasher ni actionner.
⊗ La mollesse générale qui va avec l’absence de réalisation
⊗ Un casting de patates
⊗ A24

Plein de belle promesses, ce Onslaught n’est finalement qu’une superbe coquille vide, un film d’ado qui enquille les images fantasmes avec un savoir-faire technique indéniable. Malheureusement, cette enfilade porno toute sympathique ne suffit pas à faire un film, surtout quand ses responsables n’ont aucune capacité à construire des scènes mais uniquement des images qui se veulent marquantes. Onslaught c’est nul, mou et mensonger. Mais c’est très joli à regarder si on est d’humeur.



Titre : Onslaught
Année : 2026
Durée : 1h32
Origine : U.S.A
Genre : Action / Horreur
Réalisateur : Adam Wingard
Scénario : Adam Wingard, Simon Barrett

Acteurs : Adria Arjona, Dan Stevens, Eric Wareheim, Reginald VelJohnson, Michael Biehn, Blake Kennedy, Alex Pe-reira, Drew Starkey, Rebecca Hall, Jacob Scipio, Leon M. Brown


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Auteur : David Vergne

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