Joe et Bagu, deux petits malfaiteurs, décident de braquer les recettes d’un casino clandestin appartenant au gangster Rocky. Leur butin contient cependant une pellicule compromettante liée à une opération de fabrication de fausse monnaie. Les deux hommes deviennent alors les cibles d’une organisation criminelle qui entend récupérer ce microfilm à tout prix.
Avis de Cherycok :
Atsushi Muroga fait partie de ces réalisateurs japonais qui ont commencé dans le V-Cinema au début des années 90 et qui, depuis, se sont construits une jolie petite carrière. C’est son court métrage Help Me ! en 1987 qui le fait remarquer puisqu’il gagne avec un concours vidéo organisé par l’éditeur Shueisha. Il n’en fallait pas plus pour lancer sa carrière. Amateur du cinéma de Hong Kong et en particulier de celui de John Woo, c’est donc en toute logique que pour son premier film, Blowback : Midnight Gangsters, est un film de gangsters aux forts relents du Syndicat du Crime, aussi bien dans les thématiques qu’il aborde que sur le plan formel, en particulier lorsqu’il verse joyeusement dans le heroic bloodshed des familles. Le cinéma de Atsushi Muroga est plus réputé pour son efficacité que pour la subtilité de ses scénarios et on peut clairement affirmer que, malgré les limites d’un budget qui semble ridicule, Blowback : Midnight Gangsters est une bobine des plus efficaces. Après Crime Hunter, on peut clairement affirmer que le V-Cinema est un bon moyen de prolonger l’expérience heroic bloodshed HK des années 80.

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est le V-Cinema, ça a été lancé par la Toei en 1989, et ce sont des films aux budgets modestes, avec des délais de fabrication plus courts que la normale, conçus pour le marché de la vidéo. La liberté de ton y est souvent plus grande que le cinéma commercial traditionnel et cela a offert à de nombreux réalisateurs et même acteurs un joli terrain d’expérimentation avant leur passage au cinéma plus grand public. On y retrouve beaucoup de films policiers, thrillers, yakuzas, horreur, mais aussi tout un tas de bobines transgressives. C’est un pan important de la culture vidéo japonaise des années 1990, et Blowback : Midnight Gangsters fait partie de ses premiers représentants. Le point de départ du film est assez classique : deux petits criminels vont se retrouver en possession d’un microfilm à la suite d’un braquage, et les propriétaires du microfilm vont essayer de les éliminer pour le récupérer car il contient des choses qui pourraient compromettre leur organisation. Le scénario n’est clairement pas ce qui intéresse Atsushi Muroga et au final, ce microfilm sert surtout de prétexte pour multiplier les affrontements et à mettre en place la grosse scène d’action finale. Et c’est vrai que, du coup, malgré les 1h03 de film génériques compris, ça manque parfois d’un peu de fluidité, avec des transitions un peu abruptes (jusque dans la façon dont la musique s’arrête) et cette farouche impression que le réalisateur est bien plus intéressé par les gangsters en eux-mêmes, leurs armes, et les fusillades que par ce que le film raconte réellement. Le budget alloué semble ridicule, il aurait été de toutes façons compliqué de broder une histoire alambiquée et faire durer plus le film tant on a cette impression de fauché tout du long. Et pourtant, il se dégage un certain charme de ses décors parfois presque entièrement vides éclairés aux néons très colorés, parfois rouge, parfois bleu, parfois vert, avec cette envie de donner malgré tout un vrai cachet à l’ensemble, un peu comme dans ces polars hongkongais des années 80 et leurs nombreux éclairages aux néons colorés.

Si je cite le cinéma de Hong Kong, ce n’est pas gratuit. Atsushi Muroga ne s’est jamais caché qu’il adorait le cinéma de Hong Kong des années 80, en particulier John Woo, et on sent tout du long l’influence de ce dernier. On la ressent dans les personnages et leurs looks, semblant tout droit sortis du Syndicat du Crime ou de The Killer. Riki Takeuchi est d’ailleurs hyper classe en costumes / lunettes noires. On la ressent également dans les thématiques que le film aborde qui sont sensiblement les mêmes que celles qu’on retrouve dans les polars hardboiled de Woo. La loyauté, l’amitié virile proche de la bromance, la fidélité, mais aussi ce personnage féminin qui pourrait même peut-être renvoyer à celui de Sally Yeh dans the Killer. On retrouve cette influence également dans les scènes d’action, avec cette violence stylisée et les ralentis qui vont avec, avec ces corps criblés de balle qui continuent à se battre, avec ces chargeurs aux balles beaucoup trop nombreuses. Là aussi le côté fauché prend le dessus, mais là aussi il se dégage un certain charme, avec un réalisateur qu’on sent essayer de faire les choses biens, d’essayer de rendre l’ensemble le plus spectaculaire possible avec les moyens du bord. Certes, la dimension émotionnelle des gunfights est ici bien plus absente que dans ceux de chez John Woo, Atsushi Muroga semble ici bien plus fasciné par les armes à feu elles-mêmes (les douilles qui s’éjectent, les déflagrations au bout des canons lors des tirs, …). Mais malgré tout, le spectacle est bel et bien là et ce final dans cette usine désaffectée, très excessif, est souvent assez jouissif. Oui, la mise en scène manque de finesse et le montage de précision, mais l’enthousiasme est tel que ces problèmes s’oublient vite et on est content de retrouver cette grammaire visuelle du cinéma de Hong Kong jusque dans les films de V-Cinema. Alors avant de regarder un film comme Blowback : Midnight Gangsters, il faut être conscient de ce qu’on va regarder, un peu comme quand dans les années 90 on choisissait dans un vidéoclub un rip-of d’un film connu. Si vous faites ce travail, il ne vous restera plus qu’à profiter de ce petit polar certes fauché mais malgré tout généreux et fun.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Les 20 dernières minutes ♥ Le casting ♥ Court et efficace |
⊗ Des moments de flottement ⊗ Quand même très fauché |
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| Blowback : Midnight Gangsters fait partie de ces petits polars des débuts du V-Cinema qui singeaient les polars eighties de John Woo alors très à la mode au Japon. Le résultat est fauché, certes, mais généreux et des plus efficaces. | |

Titre : Blowback : Midnight Gangsters / ブローバック: 真夜中のギャングたち
Année : 1990
Durée : 1h03
Origine : Japon
Genre : Heroic bloodshed
Réalisateur : Atsushi Muroga
Scénario : Atsushi Muroga
Acteurs : Riki Takeuchi, Shingo Yanagisawa, Sumio Aida, Shun Sugata, Yudai Ishiyama, Marie Sawaki, Keishi Hunt, Naoto Takenaka

















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