Années 70 à Secunderabad. La tribu des Savari est réduite en esclavage par le tyrannique Shikanka Maalik (Mohan Babu) à la solde du gouvernement. Privé de leurs droits fondamentaux et d’identité, obligé de vivre comme des animaux Sammaka est une des rares à se rebeller. Elle donne naissance à Jadal (Nani), qui deviendra 15 ans plus tard le leader de la rébellion. Il fera alors face au passé trouble de sa mère, trouvera l’amour auprés de Subbu (Kayadu Lohar) et affrontera le fils du tyran, Vikram Maalik (Raghav Juyal) dans une escalade violence sans limite.
Avis de David Vergne :
Dasara Bis
Pour son 33ème film, Nani refait équipe avec le réalisateur du méga bourrin Dasara (2023) pour un gros actionner hyper friqué (dans les 15 millions de dollars), soit le plus gros budget alloué à la star. Le réalisateur envisage le projet comme un très grand spectacle, avec de profondes questions sociales, Nani de son côté promet une échelle jamais vue et inscrit le film dans la lignée des Mad Max. Anirudh complète la team de talents pour livrer un score démentiel, 5 mois de construction pour le décor principal, 4 équipes de chorégraphes (dont celle de Pushpa et de Hit 3) … Et forcément plusieurs retards dans le shooting, 3 reports de sortie et une post-prod terminée en calamité.

Au final, The Paradise n’évite malheureusement pas l’écueil de certaines grosses prods indiennes comme Kanguva, Devara ou Pushpa 2. Des productions en freestyle, toujours pleines de secrets, qui accouchent de films plus ou moins finis. Et si The Paradise n’est pas un crash technique comme l’était Adipurush ou Martin, on en sent bien les limites : effets spéciaux, mixage son, écriture à la truelle et un trop-plein d’ambition. Heureusement, le film compense tout ça par une générosité folle et un équilibre (pas toujours équilibré) entre le gros WTF et le nanar involontaire.
Nani The natural Bloody star
Le film s’ouvre avec une scène d’accouchement sous la pluie qui annonce la couleur : pendant trois heures, tout sera bruyant, appuyé, over the top et sanglant. Il faut voir les méthodes employées pour faire sortir l’enfant, l’arrivée des bad guys au design détruisant tout bon goût sur Terre, et la finalité quasi mythologique que se trimballe la scène. The Paradise sera sanglant, bourrin (Dasara c’est de l’auteurisme tchèque en comparaison), et dans une constante recherche de l’épique, entre sa photo qui déborde de couleurs et son montage qui se voudrait dans la lignée de ce que fait Prashant Neel (Salaar), sans en retrouver l’efficacité. Une utilisation abusive du slomo et du speed ramping dans absolument tous les plans et une musique qui veut détruire nos oreilles. C’est du cinéma télougou, donc on y va à fond, partout et tout le temps.

Dans le rôle du héros, Nani sort une prestation en roue libre. Son Jadal, tout en colère et en muscle, est une brute sanguinaire, un gros bourrin super violent (avec tout le monde sauf son chien) qui passe le plus clair de son temps à hurler. Et lorsqu’il doit faire ressortir l’émotion, via une demande en mariage ou ses excuses à sa maman, on est sidéré par le too much qu’il affiche. On se vautre dans l’iconographie de bourrin, entre le post-apo italien, parfois Frazzetta, parfois le mauvais DTV, mais toujours dans le cartoon pour adulte (ou post-ado pour les pisse-froid).

Nani multiplie les poses, en slomo toujours, le plus souvent torse nu, nattes au vent et couvert de sang, emballe la mimi Subbu grâce à ses émanations de testostérone et bien évidemment son pas de danse désormais culte sur le titre Ayaa Sher de Anirudh. Le spectacle en salles avec le public local devait être démentiel. Le film compte seulement deux scènes de danse, et, toutes inutiles qu’elles soient, présentent le savoir-faire local traditionnel (option coups de rein bien vulgaires de Nani). Mouvement de grue, travelling, slomo, flammes et Mocobot. La sauce habituelle. Et si le film s’étire un peu en longueur sur la fin (avec un anti-climax), le rythme du film reste soutenu et l’accumulation du grotesque emporte le spectateur, à condition d’être dans le mood.
Paradise Lost
Avec sa débauche de moyens, le film, malgré les scories techniques évoquées plus haut, propose une DA absolument folle. C’est un festival de couleurs, de textures, avec des éclairages aux couleurs saturées. De jour ou de nuit, en intérieur ou en extérieur, le réalisateur Odela soigne ses images, c’est du show-off permanent hyper agréable et bien fait. La générosité globale du film dans ses décors, ses costumes, les mises à mort sadiques en mode fatality et le discours social engagé témoigne de l’envie de sortir un gros film.

La tribu Savari représente certainement les tribus non reconnues en Inde, et la lutte pour leur droit est tout à fait légitime. Mais The Paradise n’ira pas plus loin, à part montrer des vilains mafieux locaux libres d’exploiter qui ils veulent avec la bénédiction des autorités locales. De toute façon, ça n’intéresse pas la star, ni le réal : ils veulent du SANG et ils vont en foutre partout. Nani devra décapiter, éventrer, brûler, broyer, trancher tout ce qui se trouve sur son chemin pour libérer son peuple et il ne va pas se gêner. Il enchaîne plusieurs grosses séquences d’action, toujours en santiag, jeans déchirés et lunettes de kéké.

La première en prison, avec un style de découpage et d’impact qui reprend ce que Nani faisait sur Hit 3 et Saripodhaa Sanivaaram avec des plans très cut, presque des inserts, sur des impacts brutaux. Ça marche bien et camoufle les lacunes martiales de l’acteur. La baston dans le restaurant reprend la même approche mais avec du gore numérique à outrance, et les gens de goût apprécieront la tendance Story of Ricky que prend le film. Les autres bastons sont certainement réalisées par le chorégraphe de Pushpa, on y retrouve ce travail de câble un peu mou mais foldinguo, option démembrement à la pelle, ici avec des références plus ou moins appuyées à God of War et Soulcalibur.

Nani s’empare de toutes les scènes mais le reste du cast n’en démord pas pour autant. Mohan Babu, dans un petit rôle, en fait des caisses et nous gratifie d’une scène de kung-fu d’un autre monde, détruisant tous les points vitaux du héros. Son fils Vikram rayonne de cabotinage, tout en collier d’or et moustache impeccable. Subbu campe un love interest maltraité et tout mignon qui doit cacher au héros sa carrière d’actrice de softporn, quant à Sammaka la maman, elle est incarnée avec hargne et participe activement à l’action lors d’un superbe team-up familial. Et puis le chien, qui reste le meilleur acteur du film. Je vous laisse découvrir le rôle de l’animal dans le film. Exceptionnel. Tout ce petit monde s’agite pendant quasiment trois heures de spectacle total, jouant des scènes souvent mal écrites mais avec une foi inébranlable et une sincérité désarmante. Et puis il y a l’allié politique des gentils, un personnage avec deux scènes à s’en souiller le slip à cause d’un maquillage disons pour le moins approximatif… Arrivé au bout des presque trois heures de rires, de « waouw », de « wtf », on se rend compte que le film a réussi son pari de mass entertainer : il ne ment aucunement sur la marchandise et l’honnêteté de ses (ir)responsables fait un bien fou.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ La proposition un peu foutraque ♥ Le cast qui s’amuse ♥ Le gore outrancier ♥ Le rythme plutôt tenu ♥ C’est quand même super fun |
⊗ Les SFX foireux ⊗ Un schéma narratif qui tourne en rond dans l’industrie ⊗ Bas du front et finalement pas si engagé que ça ⊗ Le mixage son pas dingue |
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Note : |
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| The Paradise est un comics en live, un gros B plein de limites, de défauts évidents mais qui parvient à montrer ses qualités par l’excès constant de son récit, de ses interprètes et de ses images. Un cinéma dit généreux, qui ne plaira pas à tout le monde avec ses gros défauts et son héros mâle alpha toxique. Mais pour les bourrins se vautrant dans les plaisirs simples, c’est très recommandable. | |

Titre : The Paradise / ది ప్యారడైజ్
Année : 2026
Durée : 2h53
Origine : Inde
Genre : Action / Boucherie
Réalisateur : Srikanth Odela
Scénario : Srikanth Odela, Vinay Sagar Jonnala
Acteurs : Nani, Mohan Babu, Kayadu Lohar, Sonali Kulkarni, Raghav Juyal, Sampoornesh Babu, Easwari Rao, Tanikella Bharani, Vishika, Krishna Teja, Priyadarshi Pulikonda
























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