[Film] New Group, de Yûta Shimotsu (2025)

La lycéenne Ai voit son monde s’effondrer lorsqu’une étrange mentalité sectaire gagne peu à peu son entourage : sans explication, élèves et professeurs se mettent à former une immense pyramide humaine, rituel collectif auquel chacun adhère avec une ferveur grandissante. Lorsqu’Ai et le nouvel élève Yu refusent de s’y soumettre, ils deviennent des parias, puis des cibles, traqués aussi bien par leurs camarades que par une institution sombrant dans une logique ouvertement autoritaire.


Avis de Cherycok :
Yûta Shimotsu est un jeune réalisateur et scénariste japonais qui n’est pas issu d’une formation cinéma classique. C’est pendant ses études en sociologie qu’il commence à réaliser des publicités et des courts métrages avec lesquels il gagne plusieurs récompenses. Son court Dreaming to Accept Reality (2020) est projeté dans de nombreux festivals internationaux et va servir de base à son premier film, Best Wishes to All (2023). Dans ce dernier, produit par Takashi Shimizu (Ju-on), il mixe suspense et horreur pour interroger la façon dont le bonheur se construit dans notre société, souvent sur le sacrifice des autres, avec un personnage principal qui va petit à petit accepter ce principe au fur et à mesure que le récit avance. Son nouveau film New Group, qui arrive très prochainement en salles chez nous grâce à Abduction Films et ShadowZ, joue la carte de l’horreur en y ajoutant une grosse touche d’étrange et d’absurde, tout en continuant de faire une lecture sociologique et acérée de la société japonaise. Le résultat est effectivement étrange et absurde, mais c’est surtout une nouvelle réussite pour le jeune réalisateur.

Présenté en première nord-américaine au Festival Fantasia, où il a remporté une mention spéciale du jury, il ne faut pas longtemps à New Group pour nous mettre dans le bain. S’ouvrant sur un montage d’incidents violents et agressifs dont les liens ne sont pas très clairs au premier abord, tout va se révéler au fur et à mesure que le film avance. New Group nous présente dans un premier temps Ai, jouée par Anna Yamada, jeune fille introvertie, timide et obéissante. Puis on fait rapidement la connaissance de Yu, interprété par Yuzu Aoki, un nouvel élève qui ne peut s’empêcher de remettre en question toutes les coutumes et croyances rigides auxquelles il peut être confronté. Ai cherche désespérément à s’intégrer et à avoir le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand, là où Yu tire une certaine fierté de son indépendance et de son envie de se forger sa propre identité. Bien qu’au final peu approfondi, en particulier le personnage de Yu, leur duo repose sur des fondements assez solides pour que la façon dont ils abordent le problème central du film reste très divertissante. La thématique centrale du film, c’est la notion de groupe, celle du titre, ce besoin qu’ont certains d’appartenir à un groupe pour se sentir heureux, pour se sentir vivant, quitte à ne plus réellement exister par eux-mêmes et faire partie d’un tout. Cette thématique a déjà été explorée, mais c’est dans la façon de l’aborder que le réalisateur et coscénariste Yûta Shimotsu tire clairement son épingle du jeu, avec des évènements étranges qui vont commencer à se dérouler dans le lieu de l’action, un lycée somme toute assez classique. Cela commence par un garçon qui se met à quatre pattes sur un terrain, immobile, puis deux autres élèves le rejoignent, formant une petite pyramide humaine qui au début semble juste amuser la galerie. Puis de plus en plus d’élèves se mettent à s’accroupir les uns sur les autres jusqu’à ce que la pyramide devienne immense, dominant tous les spectateurs autour d’elle, avec un corps enseignant qui pousse vivement tout le monde à y prendre place, et donnant pour les spectateurs du film des images véritablement originales, à la fois drôles, étranges et effrayantes, derrière lesquelles se cache une véritable réflexion sociale et satire sociétale.

Avec ses scènes bizarres de pyramides humaines, de groupes de gens se déplaçant en rythme en faisant des formes géométriques et ces quelques insoumis refusant de se joindre à la masse, Yûta Shimotsu propose une allégorie sur la perte d’individualité dans la société japonaise, souvent soumise à une discipline rigide, et de manière générale une satire accablante de la société japonaise. Métaphoriquement, New Group devient une sorte de commentaire sur la pensée de groupe incontestée et volontiers adoptée par la masse, un thème au final bien plus universel qu’il n’y parait puisqu’il pourra parler à tout spectateur vivant dans une société cherchant à imposer une conformité comportementale. Le film le montre à diverses reprises (le cours de peinture, le cours de sport) et va montrer que ce sentiment d’appartenance et d’acceptation peut explicitement étouffer l’expression individuelle et un rejet de ceux qui cherchent à défier le groupe. Rejoindre cette pyramide humaine, bien que permettant quelque part de s’émanciper, revient au final à effacer son identité, les personnages abandonnant leur individualité pour se réfugier dans le réconfort de cette obéissance sans faille. Bien entendu, tout est ici traité en poussant les potards à fond, en traitant cette thématique jusqu’à l’absurde, et il serait clairement facile de dire que New Group prône au final l’effet inverse, l’individualisme à tout prix. Sauf que non, dénoncer une idée ne veut pas forcément dire qu’on prône son contraire et New Group ne tombe pas dans ce piège-là puisqu’au final, le groupe reste toujours présent, bien qu’à effectif réduit, tout en refusant le conformisme. Là où New Group s’égare, c’est qu’il n’a parfois pas le temps d’explorer pleinement ses idées. Certes, avec son postulat de départ surréaliste, il parvient parfaitement à normaliser ses images dérangeantes, mais dès lors qu’il sort du cadre de son lycée, via les chaines d’informations ou le temps de certaines scènes dans la ville afin de se concentrer sur la société japonaise dans son ensemble, il manque un peu de nuances, comme s’il avait fallu rajouter ça pour arriver à sa durée de 1h20 et avoir l’air d’un vrai film et non d’un court métrage un peu long. Il aurait peut-être fallu que Yûta Shimotsu reste dans son cadre scolaire et qu’il pousse à fond tout ce qu’il voulait faire passer comme message, quitte à ce que son film dure quelques minutes de moins. Mais ne boudons pas notre plaisir devant un film comme New Group qui, avec ses images percutantes, ses rebondissements et son humour noir savamment dosé, s’avère être un spectacle des plus réjouissants dans lequel on se délecte de l’absurdité tout en redoutant la vérité qui s’y cache.

LES PLUS LES MOINS
♥ Des images qui restent en tête
♥ L’humour noir réussi
♥ Bien mis en scène
♥ La thématique centrale
♥ Un bon casting
⊗ Des idées pas toujours approfondies
⊗ Quelques seconds rôles en deçà

New Group est un film aussi audacieux qu’absurde, jouant habilement avec des images emblématiques et dérangeantes pour nous interroger sur des sujets de société au final assez universels. Un deuxième essai réussi pour le jeune réalisateur Yûta Shimotsu.



Titre : New Group / ニュー・グループ
Année : 2025
Durée : 1h21
Origine : Japon
Genre : Étrange / Absurde / Satire
Réalisateur : Yûta Shimotsu
Scénario : Yûta Shimotsu, Momoko Sahara

Acteurs : Anna Yamada, Yuzu Aoki, Pierre Taki, Ren Komai, Danhi Kinoshita, Arisa Sasaki, Rano Rogers, Jun Hosoi, Natsuko Sakakura, Tomomitsu Adachi, Ryo Matsumoto


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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