Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
Avis de Cherycok :
Cela faisait pas moins de 9 ans, depuis l’échec critique et commercial de A Cure for Life (2016), que Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes, The Weather Man) avait complètement disparu de la circulation. Le voilà qui revient début 2026 avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die, un film indépendant au budget comme toute assez confortable de 20M$US qui sur le papier semblait assez barré. Et moi j’aime les films barrés, mais je n’avais pas pu courir en salles pour voir ce qui s’annonçait comme un bon gros délire sur l’IA. Alors je me rattrape aujourd’hui avec l’édition sorti chez Metropolitan pour essayer de comprendre le flop du film à sa sortie, avec un très mauvais bouche-à-oreilles et des critiques, aussi bien spectateurs que spécialisées, lui reprochant de partir un peu trop dans tous les sens, d’être trop réactionnaire, ou encore d’être trop excessif, voire chaotique. Sauf que, bordel, ça fait du bien de voir un film qui ose des choses, qui sort des sentiers battus, qui n’est pas tout lisse et aseptisé pour plaire au plus grand nombre. Moi, Good Luck, Have Fun, Don’t Die m’a beaucoup plu !

Alors, ok, c’est assez facile de comprendre ce qui a pu en déstabiliser certains. Déjà, le film a beaucoup d’idée, peut-être trop d’idées. Good Luck, Have Fun, Don’t Die veut parler de beaucoup de choses, de la dépendance aux écrans, de l’IA, des réseaux sociaux, de comment les algorithmes nous manipulent, de violence scolaire, et même de l’avenir de l’humanité. En plus de cela, les personnages sont nombreux, certains ont droit à des longs flashbacks, il y a tout un discours sur les boucles temporelles et les scènes d’action partent dans le n’importe quoi. Beaucoup beaucoup d’idées, certaines cherchent forcément à prendre le dessus sur d’autres, avec certains personnages qui apparaissent et disparaissent un peu trop vite, en plus d’un dernier acte qui vire en pure science-fiction. Oui, on peut comprendre que le film ait pu paraitre un peu usant mentalement pour certains, qu’ils y aient vu beaucoup d’idées collées les unes aux autres plutôt qu’une œuvre vraiment maitrisée. Il est vrai également que la satire explique parfois un peu trop ses propres blagues. Déjà, l’humour volontairement excessif peut ne pas faire rire tout le monde. On le sait, l’humour c’est subjectif, mais ici Verbinski va souvent vers le grotesque, voire le mauvais goût, avec de grosses ruptures de ton, pour encore plus amplifier le chaos ambiant, avec en plus des acteurs qui en font parfois des caisses en termes d’excentricité. Et il est vrai que Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne semble pas toujours faire confiance à son public pour nous expliquer d’une part son propos sur pourquoi la société devient abrutie par la technologie, sur pourquoi nous reléguons notre attention aux écrans, sur pourquoi les l’IA risque de nous rendre encore plus passif, et d’autres part pour nous expliquer certains de ses gags. A trop vouloir insister sur la satire, avec des dialogues parfois trop démonstratifs, certains gags perdent en efficacité. On peut également comprendre que certains jugent le film un peu trop paternaliste, voire carrément réactionnaire dans sa façon d’opposer de manière un peu trop frontale ces personnes abruties par leurs smartphones et ces contenus générés par IA, avec une technologie qui ne semble être là que pour la déshumanisation de l’humanité, et ces autres personnes qui réfléchissent et qui tiennent à garder des relations bien réelles avec leur discours qui tendent à idéaliser un monde passé. Oui, tout cela est recevable et même bien présent dans le film sur certains points. Mais pourtant, que ça fait du bien de voir un film qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus.

Avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die, on a enfin un film « grand public » qui ose partir en vrille, dans lequel tout semble pouvoir arriver. Gore Verbinski ne cherche à aucun moment à rendre son univers réaliste ou crédible, à expliquer toutes les bizarreries qu’il met en images, ni même à lisser les ruptures de ton pour qu’elles se fassent plus en douceur. Son film va du thriller à la comédie en passant par la SF et l’horreur technologique, les idées sont effectivement beaucoup trop nombreuses, mais tout cela donne une vraie personnalité au film. A l’heure où beaucoup de productions hollywoodiennes sont étudiées pour que chaque élément soit parfaitement compréhensible, pour que chaque élément n’offense personne pour être commercialement viable, ça fait plaisir de voir un réalisateur qui semble tout vouloir pousser jusqu’au point de rupture. On a vraiment cette impression d’un film qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, mais qui cherche juste à être vivant. Le mélange des genres est d’ailleurs de plus réjouissants et empêche le film d’être prévisible. Une scène commençant par une blague peut finir sur un moment tragique. A l’inverse, une séquence sérieuse peut basculer sur un gag bien grotesque. Certes, cela désamorce parfois le côté dramatique de certaines, mais cela permet parfois aussi une imprévisibilité émotionnelle des plus réjouissantes. Good Luck, Have Fun, Don’t Die est un film qui a du caractère, et la mise en scène de Verbinski n’y est pas étrangère. Il y a une vraie ambition visuelle, une vraie envie de créer un film au visuel singulier, aussi bien dans la façon de mettre en avant certains décors que dans le look complètement improbable de son personnage central, « l’homme du futur », interprété par un Sam Rockwell tout simplement habité. Il est celui qui transforme tout le chaos ambiant en vrai spectacle, avec sa tenue improbable, avec ses avertissements d’apocalypse, et il aurait été très facile de tomber dans la caricature. Mais Sam Rockwell arrive à lui donner une vraie énergie et le rendre tantôt drôle, tantôt inquiétant, parfois touchant, et souvent imprévisible à l’image du film en lui-même. On sent ce personnage fatigué, de faire et refaire sans cesse ses tentatives pour sauver le monde. Il est le moteur du film et Sam Rockwell prouve une fois de plus qu’il aurait mérité une plus grande reconnaissance à Hollywood. Oui, il y a des problématiques dans Good Luck, Have Fun, Don’t Die, on en a parlé précédemment. Mais ces problématiques participent au charme du film, elles participent au chaos ambiant mis en image par Verbinski et amènent une certaine spontanéité, une sensation de film qui prend des risques, chose qu’on voit de moins en moins, et même une certaine fragilité qui le rend d’autant plus attachant à l’instar de son personnage central. Toutes ses maladresses lui donnent une vraie personnalité, un peu comme chez les humains où c’est inintéressant dès que c’est trop lisse.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Ça fourmille d’idées… ♥ Un Sam Rockwell habité ♥ Un film imprévisible ♥ Bien mis en scène ♥ Généreusement foutraque |
⊗ … peut-être trop ⊗ Des persos secondaires trop vite expédiés ⊗ Parfois trop démonstratif |
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| Gore Verbinski revient après 9 ans d’absence avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die et le résultat est joyeusement foutraque, réellement fun, avec un Sam Rockwell exceptionnel. Il y a des défauts, oui, mais ils ne font que donner plus de personnalité au film. | |

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GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE est sorti en DVD (19.99€) et Blu-ray (24.99€) chez Metropolitan Films. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com Version Originale et française DTS-HD Master Audio 5.1 + Audiodescription – Sous-titres français et français pour malentendants – BD 50 – HD – 1920 x 1080 – Format 2.35:1 – Couleurs En plus du film, on y trouve : Making of promotionnel, Bande annonce. |
Titre : Good Luck, Have Fun, Don’t Die
Année : 2025
Durée : 2h14
Origine : U.S.A / Allemagne
Genre : Complètement barré
Réalisateur : Gore Verbinski
Scénario : Matthew Robinson
Acteurs : Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Tom Taylor, Georgia Goodman, Daniel Barnett, Artie Wilkinson-Hunt





















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