[Film] Normal, de Ben Wheatley (2026)

Le shérif Ulysses prend ses fonctions dans une nouvelle ville. Quand la banque est dévalisée par des étrangers, Ulysse découvre une conspiration et se rend compte que tout le monde en ville, du barman au prêtre, est dans le coup.


Avis de Cherycok :
J’étais sorti très enchanté du visionnage du méconnu Free Fire (2016) de Ben Wheatley et son côté film au demeurant calme partant soudainement en cacahuète avec gros gunfights, humour noir et situations improbables. Mais je n’avais pas poussé plus loin la filmographie du réalisateur, bien que je possède plusieurs de ses autres films (Kill List, High-Rise). Et puis je suis tombé sur la bande annonce de son dernier film en date, Normal, projeté en avant-première dans certains festivals en 2025 mais sorti officiellement en 2026. J’ai retrouvé dans ce trailer tout ce qui m’avait plu dans Free Fire, alors je me suis lancé, et j’ai pris un réel plaisir devant ce qui commence comme un petit polar provincial aux forts relents de western moderne, qui va virer dans le joyeux bordel façon heroic bloodshed bien barré suite à un élément déclencheur. Imaginez un croisement entre Nobody (2021) de Ilya Naishuller et Hot Fuzz d’Edgar Wright, le tout à la sauce Fargo des Frères Coen, et vous obtenez Normal, un divertissement pur jus réellement réjouissant.

L’action se situe dans la ville de Normal, une commune de 2000 âmes au fin fond du Minnesota qui sur le papier semble complètement anodine, complètement… normale. Le film va prendre volontairement son temps pour nous présenter son héros, Ulysses, un shérif remplaçant, fatigué, un peu désabusé qui vient d’arriver dans cette ville de Normal le temps que le nouveau shérif soit élu à la suite du décès soudain de l’ancien. Mais cette ville est tellement tranquille que ça en devient rapidement suspect. On sent vite que cette ville de Normal n’a justement rien de normal et que derrière ses habitants un peu trop souriants, derrière ses boutiques un peu trop old school pour encore exister, derrière ses bars aux murs recouverts de fusils exposés, se cache des secrets. Dans toute la première partie, Ben Wheatley va jouer avec ce contraste un peu comme le faisait Edgar Wright dans son Hot Fuzz, avec des indices qui vont être semés petit à petit, des habitants qui vont commencer à avoir des réactions étranges, jusqu’à la scène qui va faire office de déclencheur, un braquage de banque, et qui va faire voler en éclat cette fausse tranquillité. A partir de là, le film change complètement de direction et devenir volontairement excessif, parfois improbable, où le ton léger ambiant, calme, détendu, va se transformer en chaos, certes toujours aussi léger, mais à base de gros gunfights, d’explosions, et de corps qui vont perdre des morceaux. Lorsque Ben Wheatley laisse parler la poudre, on retrouve cette énergie de Free Fire, mais là où l’action débridée de ce dernier était en huis-clos dans une sorte de gros hangar, dans Normal, c’est la ville tout entière qui va devenir un terrain de jeu. Des lieux semblant au départ ordinaires, comme un magasin de laine / couture, une quincaillerie, un couloir de commissariat ou un bar à l’ambiance bon enfant, vont devenir le théâtre d’affrontements over the top avec un enchainement de scènes souvent inventives, toujours amusantes, avec un goût prononcé pour les morts très graphiques. Aiguille à tricoter dans la gorge, grand clou enfoncé dans un œil, oreille arrachée, décapitation, corps qui explose littéralement… C’est sans cesse jouissif, souvent surprenant au point de générer quelques fous rires pour peu que vous aimiez cette violence méchante rigolote et souvent bien exagérée.

Bob Odenkirk est excellent dans ce rôle de flic désabusé et va amener beaucoup à ces scènes d’action violentes et jouissives, non pas par des compétences martiales impressionnantes ou un côté bourrin façon hero movie des années 80, mais en incarnant ce héros complètement banal qui devient une machine à tuer sans réellement changer de personnalité, en gardant un calme olympien même lorsque la situation semble désespérée. Il n’est pas invincible, il n’est pas spécialement enthousiaste à l’idée d’envoyer des gens bouffer les pissenlits par la racine, il reste très terre à terre même lorsque le nombre de cadavres commence à sacrément être élevé. Il arrive à amener un léger humour noir dans ses non-réactions, dans ses silences car son personnage semble tout aussi surpris que le spectateur de la tournure des évènements. On pourrait se dire que, après les 2 films Nobody, Bob Odenkirk risque de s’enfermer dans ce genre de personnages, mais qu’importe, il le fait tellement bien. Quel dommage que le reste du casting soit clairement en deçà, non pas que les acteurs soient mauvais, mais il y a un souci au niveau des personnages. Certains, comme ceux de Lena Headay (Dredd, Game of Thrones) ou Henry Winkler (Scream, la série Happy Days) sont tout bonnement sous-exploités, surtout si on prend en compte que ce sont les deux seuls autres acteurs un minimum connus du casting. D’autres, qui semblaient pourtant moteurs, finissent par sortir définitivement de l’intrigue après avoir accompli leur fonction de faire avancer le scénario (le couple de braqueurs). Alors devant le côté chaotique et fun de l’ensemble, et en particulier ce final joyeusement foutraque et over the top où il pleut des cartouches et des cadavres, on pourrait se dire que ce n’est pas grave, mais on ne peut malgré tout s’empêcher d’y voir un certain gâchis de personnages. On pourrait également regretter que malgré le délire déjà présent, il n’aille souvent pas suffisamment loin. On aurait aimé quelque chose d’encore plus anarchique, quelque chose d’encore plus barré, qui pousse encore plus loin le délire des morts violentes, avec une construction un peu moins sage. En l’état, c’est fun, très fun même, mais on a l’impression que le réalisateur se bride un peu. Même chose pour certaines thématiques abordées comme cette fascination que les Américains ont pour les armes à feu. On voit bien la dimension satirique du procédé, mais à aucun moment il n’approfondit les choses, préférant laisser l’absurdité des situations parler d’elles-mêmes, quitte à ce que cela ne soit pas compris de tous les spectateurs qui se lanceront dans l’aventure Normal.

LES PLUS LES MOINS
♥ Bob Odenkirk impérial
♥ Des scènes d’action dynamiques
♥ Le ton fun et décontract
♥ L’univers enneigé façon Fargo
♥ Des morts souvent jouissives
⊗ Des seconds rôles trop vite expédiés
⊗ Ne va pas assez loin dans son délire
⊗ La satire pas assez virulente

A mi-chemin entre Fargo, Nobody et Hot Fuzz, Normal est un divertissement des plus sympathiques, fun, efficace, généreux, à qui il manque malgré tout un petit truc pour devenir réellement mémorable. Pari malgré tout réussi pour Ben Wheatley.



Titre : Normal
Année : 2026
Durée : 1h31
Origine : U.S.A / Canada
Genre : Heroic Bloodshed / Comédie
Réalisateur : Ben Wheatley
Scénario : Derek Kolstad, Bob Odenkirk

Acteurs : Bob Odenkirk, Ryan Allen, Billy MacLellan, Lena Headay, Henry Winkler, Reena Jolly, Brendan Fletcher, Peter Shinkoda, Jess McLeod, Alex MacMillan, Dan De Jaeger


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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