[Film] Prison on Fire II, de Ringo Lam (1991)

Condamné à trois ans de prison après avoir tué accidentellement un voleur, Ken n’est pas fait pour la vie en prison. Heureusement, il se lie d’amitié avec Chung, un détenu extravagant mais attachant. Mais Ken ne tarde pas à devenir le souffre douleur du chef de la sécurité et du chef d’une triade…


Avis de Cherycok :
En 1987, le premier Prison on Fire de Ringo Lam est un succès commercial, rapportant plus de 31M$HK de recettes au box-office. Il devient l’une des œuvres marquantes de Ringo Lam et participe à l’installation de son cinéma social et violent auprès du public. Mais Lam refuse d’en faire une suite, il préfère se consacrer à d’autres films. En 1990, son Undeclared War est un échec et, afin de se refaire, le producteur Karl Maka lui suggère de faire une suite à son Prison on Fire. Bien que pas forcément attiré par l’idée, Lam finit par accepter mais imagine Prison on Fire 2 comme une nouvelle interprétation des rapports de force (déjà présents dans le premier film) plutôt comme une réelle suite, et il ne veut en aucun cas reproduire la relation entre les personnages de Chow Yun-Fat et Tony Leung Ka-Fai du premier film, bien que le celui de Yun-Fat et l’univers carcéral seront gardés. C’est une nouvelle réussite pour Ringo Lam, certes moindre puisque Prison on Fire II rapportera 24M$HK, et le résultat, bien qu’inférieur au premier volet, est des plus intéressants car, bien qu’il s’agisse d’un produit commercial, Ringo Lam n’a pas bâclé le travail, il a simplement abordé le projet avec une motivation différente.

Le premier Prison on Fire s’intéressait principalement à décrire la naissance d’une amitié parfois improbable entre deux détenus dans un environnement qui semblait uniquement régi par la violence, les rapports de domination et l’humiliation. Dans Prison on Fire 2, on va retrouver la même chose, mais Ringo Lam va élargir un peu plus son propos en s’intéressant à la thématique de l’enfermement, avec une prison qui n’est plus seulement un espace où les prisonniers tentent de survivre, mais une grosse machine à broyer les individus, où vont régner la corruption, les rivalités entre détenus et l’acharnement des figures d’autorités quand ils ont quelqu’un dans le collimateur. En plus de cela, avec la rétrocession de 1997 qui arrive à grands pas, il va déplacer son regard vers les mutations de la société hongkongaise et les rapports de pouvoirs qui commencent à se dessiner, avec des prisonniers qui sont clairement découpés en deux camps, les hongkongais et ceux venant de Chine Continentale. Bien que certains personnages dans les deux camps soient mesurés et cohabitent sans souci ensemble, Lam accorde une grande place aux tensions entre ces deux camps, tensions parfois alimentées par la troisième faction du film, les gardes pénitentiaires, eux aussi découpés en deux clans, ceux qui font simplement leur travail, et ceux qui veulent à tout prix assoir leur autorité. En mettant en place cette amitié entre Ching, joué par Chow Yun-Fat, et le prisonnier du continent Dragon, joué par l’acteur taiwanais Chen Song-Yong (Fong Sai-Yuk, No Risk No Gain), Ringo Lam ajoute une nouvelle couche sociale mais aussi politique qu’on ne retrouve pas forcément dans le premier film. Le casting, bien qu’il soit moins impactant, tient la barre sans souci. On retrouve bien entendu Chow Yun-Fat, central au récit, absolument impeccable, rendant très facilement son personnage attachant, un personnage qui cache sa vulnérabilité derrière son insolence, son humour et sa capacité en encaisser les coups. Autour de lui vont graviter un certain nombre de visages connus du cinéma de Hong Kong, comme Tommy Wong ou Frankie Ng, et donc Chen Song-Yong dont le personnage est bien plus nuancé que ce qu’il aurait pu être, et dont la relation avec Ching constitue clairement le cœur émotionnel du film. Cela reprend le principe de celui du premier film, mais cela pousse l’ensemble un peu plus loin dans le sens où la relation qu’ils développe va se faire dedans mais aussi en dehors de la prison.

La comparaison avec le premier film est certes inévitable, mais ce deuxième film parait bien plus construit autour d’une volonté de proposer du divertissement. Il y a ici d’avantage de péripéties, avec plusieurs tentatives d’évasion, des poursuites et autres séquences en extérieur, là où le premier film jouait plutôt sur le côté claustrophobique de sa prison. La dimension mélodramatique est bien plus poussée également, avec tout un arc narratif nous en apprenant plus sur le passé du personnage de Chris, comme par exemple pourquoi il est en prison, mais aussi sa relation compliquée avec son fils. Néanmoins, ce qu’il gagne en diversité, il le perd un peu en spontanéité car l’effet de surprise du premier film n’est plus là ici. La relation entre Ching et Dragon est également moins touchante, et ce malgré une très belle scène les mettant en avant tous les deux (la baignade). Cette relation semble un peu plus artificielle que celle du premier film entre les personnages de Chow Yun-Fat et Tony Leung Ka-Fai, comme si elle faisait partie du cahier des charges et qu’il fallait absolument la mettre car c’est ce qui avait marqué dans le premier Prison On Fire. L’antagoniste principal, incarné par Elvis Tsui (Eternal Evil of Asia), qui reprend en gros le rôle de Roy Cheung du premier film, est bien plus caricatural. Comme une suite doit forcément aller plus loin, il est ici bien plus sadique que dans le premier film et ses méthodes de manipulation en font une menace certes permanente, mais parfois prévisible dans sa méchanceté ouvertement outrancière au point qu’on y perd la subtilité du premier film et sa tension réaliste pour verser ici dans une surenchère dramatique qui amoindrit la portée sociale de l’ensemble. En termes de mise en scène, Ringo Lam nous pond un film sec, nerveux, avec des affrontements brutaux et chaotiques, où la violence n’est jamais magnifiée. On sent que Lam a envie de proposer plus de spectacle que dans le premier film, et il est vrai que les escapades extérieures amènent une petite bouffée d’air frais avec ces paysages très bien filmés qui semblent s’opposer à cet enfermement physique et psychologique auquel sont confrontés les personnages à l’intérieur de la prison. Bien qu’il s’agisse d’un film commercial, Ringo Lam fait les choses bien, jusque dans l’ultime scène et sa touche d’ironie qui représente bien la vision désenchantée de son cinéma, comme si ce dernier refusait littéralement le happy end malgré tout ce que son personnage central a subi 1h50 durant. Oui, Prison on Fire II est en deçà de Prison on Fire, mais il n’en reste pas moins une bonne suite qui vaut le coup d’œil.

LES PLUS LES MOINS
♥ Chow Yun-Fat, formidable
♥ La dimension politique et sociale
♥ La violence sèche
♥ Une mise en scène efficace
♥ Un mélange de tonalités réussi
⊗ Un côté un peu répétitif
⊗ Le personnage d’Elvis Tsui, fun mais caricatural
⊗ Moins « frais » que le premier film

Bien qu’on lui préfèrera le premier film, Prison on Fire II reste une bonne suite dans laquelle Ringo Lam confirme son talent pour raconter le destin d’hommes ordinaires confrontés à des systèmes profondément inhumains. Chow Yun-Fat y est une fois de plus excellent.


PRISON ON FIRE II sort le 12 novembre 2026 en Coffret Collector Blu-ray + 4K chez Metropolitan Films / HK Vidéo en bundle avec PRISON ON FIRE au prix de 49.99€. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com

Version Originale DTS-HD Master Audio 5.1 – Sous-titres français – BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1920 x 1080 HD – Format 1.85:1 – Couleurs

En plus du film, on y trouve : Le film Prison on Fire (en blu-ray et 4K), Livret de 20 pages, HK revisited épisode 07 (56′), Interview de Ringo Lam (7′), Brave Behind Bars : entretien avec Tony Chow chargé de post-production (13′), Burning Ambitions : entretien avec Chan Lam chargé de production (16′), Convicts and Convictions : David West à propos de Prison on Fire (16′), Hong Kong Confidential avec Grady Hendrix (10′), Bande-annonce de la version restaurée (1′), Bande-annonce originale (5′)

Cliquez pour agrandir :



Titre : Prison on Fire II / 監獄風雲II逃犯
Année : 1991
Durée : 1h53
Origine : Hong Kong
Genre : Il était une fois en prison 2
Réalisateur : Ringo Lam
Scénario : Nam Yin

Acteurs : Chow Yun-Fat, Elvis Tsui, Chen Song-Yong, Woo Yiu-Chung, Yu Li, Tommy Wong, Victor Hon Kwan, Vincent Wan, Terrence Fok, Frankie Ng, Roy Cheung, Rankie Fung


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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