[Film] Guerre des Gangs à Okinawa, de Kinji Fukasaku (1971)

Gunji Sadao sort de prison après 10 ans de détention. Son clan n’existant plus, il décide de réunir à nouveau ses troupes pour tenter leur chance à Okinawa. Mais la pègre locale est déjà bien implantée, et soutenue par les Américains en place.


Avis de Cherycok :
Avant sa saga culte Combat Sans Code d’Honneur, Kinji Fukasaku avait déjà secoué le monde du film de yakuzas avec Guerre des Gangs à Okinawa, une référence en la matière devenue un classique de la filmographie de son réalisateur pour les amateurs, et même un classique du cinéma japonais tout court. Il vient fraichement de débarquer dans une superbe édition blu-ray chez Roboto Films, l’occasion pour nous de nous repencher sur un film qui a traversé les âges, résolument moderne et novateur, qui en a inspiré plus d’un, à commencer par un certain Takeshi Kitano qui, avec son film Sonatine (1993), rend hommage à Fukasaku de bien belle manière en s’inspirant très largement de Guerre des Gangs à Okinawa. Alors en attendant de pouvoir redécouvrir la saga culte du maitre, prochainement chez Roboto Films, replongeons nous au cœur de cette œuvre charnière dans la carrière de son réalisateur et dans l’histoire du cinéma de yakuzas.

Guerre des Gangs à Okinawa s’inscrit dans une saga de 10 films, la saga Bakuto (ou Gambler), dont il est le 9ème film. Les films n’ont pas de réels liens narratifs entre eux mais sont unis par des thèmes communs et une inspiration tirée d’entretiens réels avec des vrais yakuzas. Kinji Fukasaku avait d’ailleurs déjà réalisé le 6ème film de la saga, Gambler’s Farewell (1968). Guerre des Gangs à Okinawa va être un terrain de jeu d’expérimentation pour Fukasaku et il va y développer des codes qui vont devenir sa marque de fabrique pour les années à venir. Initialement conçu comme une suite à Le Caïd de Yokohama (1969), Japan Organized Crime Boss dans son titre anglais, il fait partie de ces films qui amorcent une période de transition entre le ninkyo eiga, avec ses gangsters nobles respectant un code d’honneur traditionnel, qui luttaient souvent contre des yakuzas plus moribonds motivés uniquement par l’argent, et le jitsuroku eiga, plus brutal, plus réaliste et ancré dans le 20ème siècle, qui dominera le genre dans les années qui suivront, entre autres grâce à la saga Combat Sans Code d’Honneur. Guerre des Gangs à Okinawa est le premier opus de sa saga à aborder le monde de l’après-guerre, sur l’île d’Okinawa donc, encore occupée par tout un tas de GI américains, et on y découvre des yakuzas qui fuient la capitale et découvrent un univers qui n’est plus vraiment le leur. Certains sont vieillissants et ont un code d’honneur qui n’a plus sa place parmi les affaires modernes mais qu’importe, ils veulent reformer leur ancien gang et prendre un nouveau départ en prenant le contrôle du commerce de whisky de l’île. Il est certain qu’il est préférable d’avoir certaines connaissances afin de comprendre tout le sous-texte du film sur le Japon d’après-guerre, sur l’impérialisme américain présent à ce moment-là, avec clairement un commentaire sur la colonisation, mais Guerre des Gangs à Okinawa est suffisamment bien fait pour se passer de ces connaissances. En se concentrant sur ces hommes qui ne semblent plus avoir leur place dans ce nouveau Japon, qui aimeraient revenir à une époque où les choses étaient clairement plus chaotiques et bien moins organisées, Fukasaku nous raconte certes une histoire assez convenue de petit gang qui va se confronter à une grosse organisation, mais au schéma narratif d’une efficacité redoutable avec son lot de traîtrises, de morceaux de bravoure, de flingages et une bestialité humaine frontalement affichée.

Guerre des Gangs à Okinawa tient aussi bien du néo-noir que du western spaghetti, et la mise en scène de Fukasaku y est souvent impressionnante, tantôt calme, tantôt rythmée, avec des pointes de sauvagerie car on comprend vite que le personnage central, Gunji, interprété par Koji Tsuruta (Theater of Life, la saga Lady Yakuza), n’est pas venu à Okinawa pour y couler une retraite paisible, mais pour ne pas en revenir et entrainer le plus d’ennemis possible avec lui. Il y a dans le film un côté percutant et rock ‘n roll, accentué par la bande originale jazzy qui nous invite immédiatement à plonger dans ce monde souterrain rongé par le crime. Fukasaku prend le temps de poser ses personnages et leur psychologie, des personnages forts à l’instar de ce gangster brutal à un seul bras, Yonabaru, interprété par l’excellent Tomisaburô Wakayama (la saga Baby Cart), un dur à cuire dont il se dégage quelque chose de mythique. Le personnage principal, Gunji, n’est pas en reste, se jetant tête baissée dans les situations périlleuses avec une confiance obsessionnelle qui force le respect, avec une audace inébranlable qui nous tient en haleine devant notre écran jusqu’au bain de sang final, le combat décisif contre le gang du continent qui l’avait envoyé en prison quelques années plus tôt. Oui, on retrouve encore les codes chevaleresques du ninkyo eiga, mais ils sonnent creux et un peu vains, comme un rituel que plus personne ne peut sauver. Les figures chevaleresques sont loin, avec ici d’anciennes figures de leur époque qui sont devenus accros au pachinko ou cuisiniers de ramen. Panache et déchéance sont mis face à face, et l’envie de ces hommes de vouloir recommencer une nouvelle vie ressemble plus à une marche funèbre. Oui, ils essaient de garder la tête haute, fidèles à leurs camarades et à leur code d’honneur, mais leur destin est déjà tout tracé et manifestement funeste. Une des forces de Guerre des Gangs à Okinawa, ce sont ses scènes d’action, et en particulier leur mise en scène. La caméra portée et le montage dynamique, qui alternent avec des recours fréquents aux plans fixes, apportent une réelle énergie à l’action. Les effets de style sont là mais jamais gratuits, avec un réalisateur qui ne sacrifie jamais la lisibilité et fuit l’esbroufe stylistique. Fukasaku arrive en à peine 1h33 à raconter une histoire complète, rythmée, certes pas toujours originale mais réellement efficace, et on comprend aisément pourquoi Guerre des Gangs à Okinawa est un classique culte pour les amateurs de yakuza eiga.

LES PLUS LES MOINS
♥ La mise en scène
♥ Des personnages marquants
♥ Un très bon casting
♥ La bande son
♥ Une action percutante
⊗ Schéma narratif assez classique

Chainon manquant essentiel entre le ninkyo eiga et le jitsuroku eiga, Guerres des Gangs à Okinawa est un classique de la filmographie de Kinji Fukasaku qui passionnera tous les amateurs du genre. Clairement un must have du yakuza eiga.


Guerre DES GANGS A OKINAWA est sorti chez en blu-ray Roboto Films au prix de 35. Il est disponible à l’achat ici : roboto-films.fr

Version Originale DTS-HD Master Audio 2.0 sous titrée français – BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1920×1080/24p – Format 2.35:1 respecté – Couleurs

En plus du film, on y trouve : Livret avec essai de Malik-Djamel Amazigh Houha et photos d’exploitation, 6 cartes postales, Poster, Commentaire audio de Nathan Stuart, Échange entre Stéphane du Mesnildot et Fausto Fasulo, Bandes-annonces

Cliquez pour agrandir :



Titre : Guerre des Gangs à Okinawa / Sympathy for the Underdog / 博徒外人部隊
Année : 1971
Durée : 1h33
Origine : Japon
Genre : Un grand classique
Réalisateur : Kinji Fukasaku
Scénario : Kinji Fukasaku, Fumio Norio Koonami, Hiroo Matsuda

Acteurs : Koji Tsuruta, Tomisaburô Wakayama, Noboru Andô, Asao Koike, Tsunehiko Watase, Akiko Kudô, Kenji Imai, Harumi Sone, Tôru Yuri, Asao Uchida, Hideo Murota


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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