[Film] Bubba Ho-Tep, de Don Coscarelli (2002)

Une petite ville de l’Amérique profonde est menacée par une terrible momie, Bubba Ho-tep, qui veut absorber l’énergie vitale des habitants. Afin de la combattre, deux pensionnaires d’une maison de retraite unissent leurs forces. Parmi eux, l’authentique Elvis Presley et un homme qui se prend pour Jack Kennedy.


Avis de Cherycok :
Ça a quelque chose de satisfaisant de revoir un film qu’on adorait plus de 20 ans après son premier visionnage et de se rendre compte qu’on l’aime toujours autant. Sauf que voir un film à 23 ans et revoir ce même film à 46 ans, entre une culture cinématographique qui s’est forcément développée, une manière différente d’aborder le cinéma, et des attentes qui ne sont pas forcément les mêmes, les raisons pour lesquelles on aime toujours ce film ont parfois changé. C’est ce qu’il s’est passé avec le revisionnage du trop méconnu mais pourtant culte pour certains Bubba Ho-Tep de Don Coscarelli (la saga Phantasm). J’avais aimé la première fois pour le délire de voir Bruce Campbell (Evil Dead) en Elvis Presley se fighter dans une maison de retraite contre une momie égyptienne revenue à la vie pour chercher des âmes. J’ai aimé la deuxième fois car j’y ai découvert un film profondément humain qui se cache derrière une comédie de monstre. Oui, Bruce Campbell essaie de tuer ladite momie, mais Bubba Ho-Tep est au final un film mélancolique qui parle de la mort, de la vieillesse, du regret, ou encore du besoin de chacun de retrouver une raison de vivre lorsque la vieillesse est là. Et lorsqu’on voit le film de cette façon, il prend une toute autre ampleur.

Il est vrai que le pitch de départ est complètement improbable. Dans Bubba Ho-Tep, Elvis n’est pas mort. Au sommet de sa gloire, il a « échangé » sa vie avec un de ses meilleurs sosies afin de vivre une vie un peu plus calme. Il a connu la gloire, l’argent, les femmes, la célébrité, l’adoration du public mais aujourd’hui, il est vieux, malade, oublié dans une maison de retraite, avec en plus une excroissance sur ses parties génitales qui l’inquiète sacrément. Il a comme voisin de chambre un vieil homme noir qui prétend être John F. Kennedy, qui serait noir car le gouvernement lui a changé sa couleur de peau, en plus d’avoir remplacé son cerveau par du sable. Lorsqu’une momie égyptienne semble sortir de nulle part et commence à tuer les résidents de leur maison de retraite, afin d’aspirer leurs âmes pour se refaire une santé, nos deux grabataires se sentent forcément en danger et vont essayer de comprendre comment ils peuvent renvoyer cette momie d’où elle vient. Avec un pitch pareil, il y avait de grandes chances pour que Bubba Ho-Tep devienne un nanar de compétition. Sauf que Don Coscarelli sait parfaitement qu’il ne faut pas jouer la carte de la parodie ou du film d’horreur débile et va traiter cette idée de départ farfelue avec le plus grand des sérieux. Du coup, cela permet de voir le film sous l’angle du divertissement pur, et ça marche, ou avec une lecture plus profonde, et ça marche aussi. Bubba Ho-Tep est adapté d’une nouvelle de Joe R. Lansdale qui coscénarise d’ailleurs également le film. Si on peut le voir comme une petite comédie horrifique des plus sympathiques, c’est parce que, outre son idée de départ bien fun, le film amène suffisamment d’humour, de scènes un brin barrées, qui restent en tête, de personnages mémorables grâce à un excellent casting et au final un film qui se déguste comme un petit bonbon, certes un peu fauché étant donné que Don Coscarelli n’a eu qu’un budget de 1M$US, mais qu’on prend plaisir à manger. Il est vrai que l’humour est très particulier. Le film se passe dans une maison de retraite pleine de vieux croulants, et forcément cet humour va tourner autour de problèmes de prostate, de difficulté à se mouvoir, de couches et autres soucis de personnes du 3ème âge. Mais derrière cet humour tantôt vulgaire, tantôt macabre, parfois absurde ou scato, se cache la vraie thématique du film. Bubba Ho-Tep parle de la vieillesse et de la mort qui rôde, et c’est là qu’il prend une autre dimension.

Elvis et Kennedy sont deux personnages mythiques dans l’imaginaire américain. Sexe, drogue et rock ‘n roll pour le premier, pouvoir, politique et prestige pour le deuxième. Mais ici, ils sont vieux, diminués, oubliés, plein de regrets, et le traitement que Coscarelli leur réserve est à la fois drôle et cruel. Le film arrive parfaitement à retranscrire les dernières années de ces vieux, parfois abandonnés par leur famille, pourrissant dans une maison de retraite aussi vieille qu’eux avec des corps qui petit à petit ne semblent même plus leur appartenir à cause de leurs problèmes de santé. Et au final, cette momie en devient presque accessoire. Certes, elle est là mais elle est finalement peu présente et on se délecte presque plus des discussions entre les deux protagonistes principaux, quand ils essaient de comprendre pourquoi elle est là, comment elle est arrivée là, comment s’en débarasser, que des attaques de la momie. Cette momie est d’ailleurs des plus réussies, créée par la célèbre KNB Effects à base de maquillages et de prothèses, et n’est au final là que pour permettre au duo de héros d’avoir une dernière chose à accomplir, d’avoir une dernière raison d’être avant de passer l’arme à gauche. Après des années d’oubli, avec peu ou pas de visites, ils ont de nouveau le sentiment d’exister. S’ils tuent cette momie et sauvent la maison de retraite, voire la ville, ils retrouveront peut-être un semblant de cette célébrité qu’ils avaient dans leur jeunesse. Bubba Ho-Tep est clairement porté par ce duo. On a d’un côté Bruce Campbell, absolument génial, qui va faire office de narrateur et qui arrive à toujours rester dans la subtilité là où il aurait été facile de tomber dans la caricature d’Elvis. De l’autre, Ossie David (Do The Right Thing) est tout aussi excellent dans le rôle de vieil homme persuadé d’être Kennedy, arrivant à sans cesse laisser le doute s’il s’agit réellement de Kennedy ou seulement un vieillard atteint de démence. Leur relation est clairement le véritable moteur du film, avec d’un côté le personnage de Campbell qui apporte une mélancolie contrebalancée par la chaleur et de l’autre le côté chaleureux et optimiste de David. On sent que Coscarelli aime ces deux personnages et même lorsqu’il se moque d’eux, à aucun moment il ne les méprise. Alors oui, les personnages secondaires ne sont à aucun moment exploités. Oui, la voix off de Bruce Campbell finit par être un peu envahissante. Oui, on pourrait être déçu de la confrontation finale. Mais pourtant difficile de ne pas apprécier ce film au moins tout aussi attachant que ses personnages. Oui, je suis content de l’avoir revu et j’ai rangé le blu-ray dans l’étagère en me disant que je le reverrais dans quelques années en prenant tout autant de plaisir.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un Bruce Campbell excellent
♥ Le point de départ improbable
♥ Un scénario plus intelligent qu’il n’y parait
♥ L’humour barré
♥ L’alchimie du duo principal
⊗ Des personnages secondaires inexistants
⊗ Un final en deçà
⊗ Une momie au final accessoire

Derrière son scénario débile dans lequel Bruce Campbell campe un Elvis Presley vieillissant qui combat une momie, Bubba Ho-Tep se révèle être un film mélancolique, sincère et touchant, qui parle de la vieillesse avec une réelle justesse. A voir !



Titre : Bubba Ho-Tep
Année : 2002
Durée : 1h32
Origine : U.S.A
Genre : Momie démoniaque vs viocs
Réalisateur : Don Coscarelli
Scénario : Joe R. Lansdale, Don Coscarelli

Acteurs : Bruce Campbell, Ossie Davis, Bob Ivy, Ella Joyce, Heidi Marnhout, Edith Jefferson, Larry Pennell, Reggie Bannister, Daniel Roebuck, Daniel Schweiger, Harrison Young


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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