[Film] A Rascal’s Tale, de Dick Cho (1991)

Un soir, le très jeune Pang assiste à l’agression de ses parents par des voyous. Son père, On, est un malfrat reconnu. Suite à cet épisode, sa mère lance un ultimatum à On qui quitte le foyer familial avec son fils. Quelques années plus tard, Pang est un étudiant qui gagne un peu d’argent comme coiffeur, notamment suivi par Mr Lam, son agent de probation. Il partage une amitié avec Tung, camarade de classe et collègue. Il fait également la cour à Yee, sœur de Tung et dont le père, Ho est chauffeur de taxi. Quant à On, il n’est plus le malfrat d’antan. Mais il ne parvient pas à communiquer avec son fils dont l’attitude nuit à ses études. Proche du renvoi, Pang doit son salut à Miss Cheung, sa professeure. Parallèlement, lorsque Wendy, collègue de Yee la trahit, Pang décide de la venger…


Avis de Cherycok :
Dick Cho commence sa carrière à la fin des années 70 en occupant divers postes techniques et/ou créatifs, que ce soit comme assistant réalisateur (Love in the Fallen City), directeur artistique (Chasing Girls), costumier (The Secret) ou encore directeur de la production (Aces Go Places 2). Cette « formation » lui permet d’acquérir des compétences indispensables dans le cinéma de Hong Kong des années 80 et 90, à savoir travailler vite, avec des budgets serrés tout en exploitant au maximum le talent des acteurs et les cascadeurs. C’est donc en toute logique que, après avoir coréalisé aux côtés de Kent Cheng Beloved Son of God (1988), qu’il se lance dans la réalisation de plusieurs bobines d’action, alors très à la mode à la fin des 80’s / début 90’s avec des films comme Takes Two to Mingle (1990), Gangs ’92 (1992) ou encore le film qui nous intéresse aujourd’hui, A Rascal’s Tale, sorti en 1991 et rapportant un peu plus de 5M$HK au box-office. Un score dans la moyenne très basse pour un film qui, bien que loin d’être parfait, a quelques atouts dans sa manche et sait se montrer très efficace quand il le faut.

A Rascal’s Tale, c’est ce genre de film complètement oublié, au point que bon nombre d’amateurs de cinéma de Hong Kong ne connaissent même pas son existence. Et pour cause, il semble même avoir été oublié à Hong Kong où, après être resté tout juste 12 jours à l’affiche de cinémas de quartier, il n’a eu droit qu’à une sortie VHS, VCD et LD. Pas même une sortie DVD là où d’autres films de la même époque et du même genre ont eu droit à ce traitement. La mécanique derrière le scénario de A Rascal’s Tale a été vue de nombreuses fois dans le cinéma de Hong Kong, celle d’un ancien membre de triade en pleine rédemption, qui se consacré désormais à son fils, mais qui va se retrouver indirectement rattrapé par son passé. Mais le réalisateur Dick Cho, également scénariste du film, va enrober ça dans une double histoire de pères qui n’arrivent plus à communiquer avec leur fils. On a d’un côté le bourru Shing Fui-On (The Killer), en pleine rédemption donc, qui fait de son mieux pour élever son fils unique Pang, un peu trop rebelle, avec qui il n’a que des discussions houleuses car ils ne se comprennent plus. De l’autre côté, on a une relation tout aussi conflictuelle entre Tung, le meilleur ami de Pang, et son père, incarné par Wu Ma (Histoires de Fantômes Chinois), ce dernier n’approuvant aucune décision de son fils alors que ce dernier cherche constamment à bien faire. Un choc des générations où les vieux de la vieille vont tenter de réinstaurer un dialogue avec leur fils, entre père au passé criminel qui semble avoir déteint sur son fils d’un côté, et véritable fossé entre deux époques de l’autre. Et c’est peut-être ce qui fait la force de A Rascal’s Tale qui est un drame social déguisé en film de triades, qui préfère bien plus dépeindre ces difficultés familiales que les soucis de triades qui ne seront au final qu’en toile de fond et un vrai prétexte pour balancer l’habituelle grosse scène d’action finale qu’on est en mesure d’attendre pour un film du genre.

Certes, au final, cette histoire de double relation conflictuelle entre des pères et leurs fils reste assez prévisible et au final plutôt conventionnelle, avec cette rédemption qui une fois de plus ne pourra pas avoir réellement lieu. Mais Dick Cho nous propose une galerie de personnages des plus attachants. Il y a donc ces deux pères, qui ne savent plus trop comment gérer leur fils, mais il y a également le personnage de professeure interprété par Sylvia Chang (Aces go Places, Shanghai Blues), réellement touchante, elle-même confrontée à une fille adolescente difficile qui ne la respecte pas, qui représente le côté positif de l’éducation sur ces jeunes parfois en perdition et qui refuse d’abandonner Pang à son propre sort en l’aidant du mieux qu’elle le peut. Dick Cho insuffle à son film une énergie brute sans fioriture comme le faisaient beaucoup de films HK à cette époque, et ancre son récit dans un cadre des plus réalistes. Petites ruelles, logements sociaux minuscules et encombrés, zones nocturnes aucunement attrayantes, salles de classes très sommaires, … Cela donne au film une esthétique urbaine parfois étouffante qui illustre clairement l’absence d’horizon des protagonistes principaux, bien qu’il y ait au final un vrai message positif dans A Rascal’s Tale. Même si les scènes d’action sont au final peu nombreuses, le rythme ne vacille que peu et on prend plaisir à suivre ces personnages tantôt paumés, tantôt solidaires, entre touches d’humour et moment d’émotions. Le changement de cap lors du final pour virer vers le cinéma de triade pur et dur fera clairement plaisir aux amateurs d’action avec une grosse bagarre finale bien brutale, sanglante, à grand coups de machette et de barres de fer, commençant dans un appartement exigu et se continuant dans les couloirs, escaliers et autres balcons d’immeuble. Point de réelle chorégraphie ici puisque nous sommes dans du combat de rue bien violent, mais néanmoins un bien beau final, avec même quelques cascades assez impressionnantes, qui vient ponctuer de bien belle manière un film qui ne mérite clairement pas l’oubli dans lequel il est tombé, qui ne marquera certes pas durablement les esprits, mais qui est bien plus réussi que ce qu’on aurait pu croire. Pas le chef d’œuvre du siècle mais une petite surprise sympathique.

LES PLUS LES MOINS
♥ La brochette de têtes connues
♥ La scène d’action finale
♥ Des personnages attachants
♥ L’ambiance générale
⊗ Certains personnages un peu caricaturaux
⊗ La rédemption des triades, déjà vu
⊗ Impossible d’avoir en bonne qualité

A mi-chemin entre le drame social et le film de triade, A Rascal’s Tale est un petit film HK complètement oublié mais qui pourtant réussit plutôt bien ce qu’il entreprend. Et puis quel plaisir de voir Shing Fui-On dans autre chose qu’un rôle de psychopathe.



Titre : A Rascal’s Tale / 暴風少年
Année : 1991
Durée : 1h31
Origine : Hong Kong
Genre : Communiquer à la machette
Disponibilité : VHS / VCD / LD
Réalisateur : Dick Cho
Scénario : Dick Cho

Acteurs : Shing Fui-On, Wu Ma, Carrie Ng, Sylvia Chang, Tse Wai-Kit, Ricky Ho, Suet Lee, Michael Miu, Chin Shih-Erh, Ken Lo, Amy Cheung, Chow Wing-Tuen, Chan Chi-Fai


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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