Les mésaventures macabres d’une jeune femme dont l’obsession des meurtres en série la mènera dans les bras du célèbre Blue Blood Killer.
Avis de Cherycok :
Il y a des films qu’on a envie de voir juste car leur concept de départ nous semble réellement fun et/ou accrocheur et c’est ce qui m’est arrivé avec Sang-Froid, seul et unique film de Reb Braddock qui adapte en long son court métrage du même nom de 1991. Produit entre autres par Quentin Tarantino qui avait adoré le concept aussi macabre qu’original du court, Sang-Froid nous raconte l’histoire de Gabriela, jeune femme fascinée depuis l’enfance par les faits divers sanglants, qui trouve un emploi dans une société spécialisée dans le nettoyage de scènes de crimes. Lorsque le mystérieux tueur en série Blue Blood Killer entre dans son quotidien, son étrange fascination pour la mort va prendre une tournure assez inattendue. Avouez que le pitch est sympa non ? Curdled est un film à mi-chemin entre la comédie noire et le thriller qui possède d’indéniables qualités, mais derrière son concept accrocheur se cachent un peu trop de tares pour qu’il arrive à convaincre pleinement. Oui, j’avais envie de défendre bec et ongles ce film qui, sur le papier, s’annonçait comme une petite pépite méconnue, mais il m’aura beaucoup trop déçu.

L’idée de départ du film est donc très fun, avec cette jolie jeune femme fascinée par les meurtres, et en particulier ceux d’un tueur en série, allant jusqu’à collectionner les articles de presse parlant de lui, et donc rentrer dans une entreprise de nettoyage de scènes de crimes. Une personne normale serait tout simplement horrifiée par le sang et autres visions peu ragoutantes, mais le personnage de Gabriela est fasciné par ces bandes blanches délimitant les cadavres sur le sol, par ces flaques de sang, par ces traces de mains ensanglantées sur les murs. Mais Gabriela n’est jamais présentée comme une future tueuse ou même comme une psychopathe, elle a simplement une obsession pour ce genre de violence, aux détails de ce genre de scènes de crimes, cherchant réellement à comprendre comment les meurtres se sont déroulés et à cerner la psychologie des meurtriers. Cela permet de créer un réel décalage à la fois comique et morbide. Le personnage de Gabriela est d’ailleurs le véritable intérêt du film et il est parfaitement interprété par Angela Jones. Le piège aurait été qu’elle en fasse des caisses, au point de devenir insupportable et caricaturale, mais Jones arrive à rendre son personnage plein d’innocence, presque enfantin, comme si elle ne semblait pas réellement comprendre la gravité morale de ce qui la fascine. On voit dans son regard qu’elle est tantôt curieuse, tantôt émerveillée et cela donne à certaines scènes une tonalité très curieuse. On regrettera malheureusement que la psychologie du personnage ne soit pas plus approfondie, comme si le film avait peur de perdre la légèreté qu’il tente de mettre en place avec ce contraste et cette bande son aux sonorités très latines. L’autre personnage central, le fameux Blue Blood Killer, joliment interprété par William Baldwin, fonctionne lui aussi plutôt bien en psychopathe calme et élégant. Baldwin arrive à donner à ce personnage une certaine aura mais là non plus, le scénario ne lui donne pas énormément de consistance. C’est un tueur mystérieux et sophistiqué, mais ça s’arrête là. Heureusement, ce manque de consistance est rattrapé par leur confrontation lors du dernier acte et cette sorte de reconnaissance mutuelle qu’on devine entre les deux personnages qui ont tous les deux une relation très particulière avec la notion de mort. C’est d’ailleurs dans ce dernier acte que se trouve possiblement la meilleure scène du film, la danse de Gabriela qui effectue ses pas, couteau à la main, en tentant de reproduire les circonstances de la mort.

Malheureusement, le film est plombé par un problème qu’on retrouve dans beaucoup d’adaptations de courts métrages en long métrage, cette sensation d’étirement artificiel et de remplissage entre les scènes clés. Le court métrage de 1991 Curdled durait 30 minutes environ, le film de 1996 du même nom en fait le triple. Et malgré la courte durée pour un film, 1h28 génériques compris, on a sincèrement l’impression que 20 à 25 minutes de moins auraient rendu le film meilleur. Par exemple, toute cette relation naissante entre Gabriela et un ancien collègue ne sert au final strictement à rien car elle n’impacte en rien ni l’évolution du personnage central, ni la confrontation finale. Malgré cette courte durée, le rythme en prend un coup car ce remplissage n’est guère intéressant. Et c’est dommage car, bien que pas toujours réussies, les touches d’humour noir, certes particulier, amènent quelques moments bien drôles, avec ce décalage entre ses réactions et l’horreur objective des évènements sanglants. Certes, tout n’est pas drôle, mais ce constant affrontement entre scènes parfois glauques et ambiance légère du film était sur le papier une bonne idée. D’ailleurs, le film n’en manque pas de bonnes idées, avec même des scènes vraiment inventives, mais elles sont souvent peu ou pas exploitées, comme si Sang-Froid ne savait pas comment les développer ou qu’il ne voulait pas les développer pour ne pas casser l’ambiance qu’il avait mis en place depuis le début du film. Au final, on a cette désagréable impression d’un film concept à l’idée de départ excellente, porté par une très bonne actrice principale, mais d’un réalisateur qui peine à concrétiser ce qu’il a en tête, ne sachant pas réellement quoi rajouter à son court pour en faire un long. Alors oui, Sang-Froid a suffisamment de personnalité et de moment mémorables pour se hisser un peu au-dessus de la masse, et même pour être apprécié pour ce qu’il est, mais on ne dépasse jamais le stade du film tout juste sympathique. Et c’est dommage…

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Angela Jones ♥ La scène de danse du final ♥ L’idée de départ ♥ La bande originale |
⊗ Trop de remplissage ⊗ Des personnages secondaires vides ⊗ Un humour noir parfois à côté de la plaque |
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| Porté par une Angela Jones habitée et un pitch de départ bien fun, Sang-Froid s’avère au final une petite déception, ce genre de film qui mise tout sur son concept mais qui ne sait pas le tenir 1h30 durant. Cela reste néanmoins plutôt sympathique. | |

LE SAVIEZ-VOUS ?
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Sang-Froid semble se dérouler dans le même univers que le film Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez. Kelly Preston reprend le rôle de la présentatrice Kelly Hogue, qui fait un reportage sur la « disparition » des frères Gecko, les protagonistes principaux du film de Rodriguez. Tarantino, qui a écrit Une Nuit en Enfer et qui y tenait un des rôles principaux, a assuré la production exécutive de Sang-Froid.
Titre : Sang-Froid / Curdled
Année : 1996
Durée : 1h28
Origine : U.S.A
Genre : Comédie noire / Thriller
Réalisateur : Reb Braddock
Scénario : Reb Braddock, John Maass
Acteurs : Angela Jones, William Baldwin, Bruce Ramsay, Lois Chiles, Barry Corbin, Mel Gorham, Daisy Fuentes, Carmen Lopez, Vivienne Sendaydiego, Caridad Ravelo


















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