[Film] Puzzle, de Naitô Eisuke (2014)


4 élèves prennent en otage une enseignante enceinte et obligent les autres professeurs à jouer à un jeu de piste s’ils souhaitent la sauver.


Avis de Rick :
Parfois il faut peu de choses pour se lancer dans un métrage. Parfois, un avis plutôt négatif de quelqu’un ayant des goûts opposés est suffisant. Puis Puzzle, je l’avais depuis quelques temps après tout, donc il fallait bien se lancer. Puzzle est l’adaptation d’un roman de Yamada Yûsuke, que l’on commence a bien connaître puisque ces adaptations sont de plus en plus nombreuses : la série des Chasing World (Riaru Onigokko, 5 opus, plus l’adaptation Tag signée Sono Sion qui s’éloigne radicalement du livre), Vanished, X-Game 1 et 2, et même récemment Live de Iguchi Noboru. Livrant souvent des thrillers sous forme de jeux de massacres et de courses poursuites, l’idéal donc pour un métrage voulant jouer sur le suspense avec une action en mouvement perpétuel. Puzzle, c’est un peu ça, une intrigue de thriller, pour un résultat étrange à l’écran, lorgnant vers le film de tortures et de pièges tel qu’il a été popularisé par Saw au début des années 2000. Saw et Hostel auront fait des émules, et pas qu’aux Etats Unis. Souvenons nous par exemple de Grotesque déjà au Japon de Shiraishi Kôji, produit certes fauché, mais réussissant son pari, celui d’être malsain et prenant, et se terminant dans un final… et bien grotesque, comme le dit le titre. Puzzle justement est parfois un peu grotesque, voir souvent, vu qu’il va essayer de jouer sur des ruptures de tons, des changements de styles, pour un résultat allant de l’étrange au grotesque, du réussi au vain. Un film imparfait, mais délivrant pourtant la marchandise, même s’il alterne donc souvent entre le gore sérieux et un aspect beaucoup moins sérieux qui pourra parfois faire rire. Volontairement ? Je ne sais pas vraiment au final les intentions qui étaient derrière le film.

Mais ces choix en font un film qui divise, assurément. Mauvais ? Non pas vraiment, mais étrange, à tel point qu’il va déstabiliser certains spectateurs qui vont le rejeter en bloc. Thriller se voulant noir et malsain, le métrage nous parle de 4 lycéens qui vont kidnapper, au début, une enseignante enceinte et forcer le proviseur et d’autres professeurs à jouer à un jeu pour la sauver. Quelques jours avant, la jeune Azusa a fait une tentative de suicide, sous les yeux des professeurs et de Nomura, notre héros, ou plutôt notre bourreau. Premier point, un peu comme dans Saw, l’histoire se veut compliquée pour pas grand-chose, mais ne cherche pas à jouer sur le suspense. L’identité du cerveau de l’équipe est révélée rapidement, ces actes sont justifiés rapidement par quelques flashbacks qui arrivent un peu quand ils le veulent, histoire de tenter de faire durer les surprises. Mais au final, l’ensemble se résume à une vengeance pas très crédible, puisque certains personnages ont des réactions étranges, Nomura semble prendre du plaisir à ce qu’il fait et plus agir au final pour faire plaisir à ses pulsions, d’où son sadisme. L’histoire alambiquée déçoit en tout cas, puisque nous ne sommes que face à un petit jeu de massacre sans grande envergure, et les personnages, bien que très correctement joués par les acteurs, ne sont pas toujours doués, notamment le flic qui semble débarquer d’un film Coréen tant il a soit un train de retard sur l’intrigue, soit fonce tête baissée et tombe dans un piège à chaque fois.

Heureusement, le métrage peut compter au final sur ses ruptures de ton, qui lui donnent une ambiance étrange et parfois malsaine. Si ainsi les scènes sanglantes peuvent un temps amuser (voir le look de certains pièges, très enfantins), elles deviennent plus violentes et malsaines au fur et à mesure de l’avancée du film, jusqu’à nous livrer quelques scènes qui font bien mal. Autre point fort, la mise en scène travaillée et souvent léchée de Naitô Eisuke, qui joue justement sur les couleurs pour contraster avec ce qu’il raconte. Chacun de ses choix semble là d’ailleurs pour renforcer un petit malaise grâce au décalage, que ce soit dans l’usage de couleurs très douces, dans la musique, les situations, ou tout simplement certains plans qui semblent totalement venir d’un autre film. Alors oui, certains de ses choix s’avèrent bien payants, certains moments comme le final font mal, mais au final, à force de tenter pas mal de choses, se perd un peu en voulant être plus compliqué qu’il ne l’est réellement, et se met du coup une partie du public à dos, ceux voulant un film purement choc devant attendre et accrocher à l’ambiance, tandis que les autres ne comprendront même pas le délire devant leurs yeux.

LES PLUSLES MOINS
♥ Une solide mise en scène
♥ Une ambiance étrange, grotesque, malsaine
♥ Plutôt court et divertissant
⊗ Une structure compliquée pour rien
⊗ Des ruptures de ton qui ne marchent pas toujours
Puzzle est déséquilibré, un peu bancal, tout ne fonctionne pas dans ce qu’il entreprend, mais il s’en dégage malgré tout quelque chose d’étrange, un ovni entre malaise et grotesque, rire et dégoût.



Titre : Puzzle – Pazuru – パズル
Année : 2014
Durée : 1h26
Origine : Japon
Genre : Tortures grotesques
Réalisateur : Naitô Eisuke
Scénario : Naitô Eisuke et Suzuki Makoto d’après le roman de Yamada Yûsuke

Acteurs : Kaho, Nomura Shuhei, Takahashi Kazuya, Yagi Saori, Sasaki Kokone et Owada Baku

 Puzzle (2014) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

8 Comments

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  1. Connais pas ce film.
    En même temps ça fait un moment que les films asiatiques ne sortent plus chez nous, sauf si c’est du Miike ou autre mec connu.
    Ou sont les Jean Pierre Dionnet quand on a besoin d’eux ?^^ Il sortait des films d’asie chez nous le mec.

    Bon en même temps j’ai pas trop le temps en ce moment. Entre mes jeux et la série SHerlock que je regarde, je me fais pas trop de films en ce moment.
    Ouais je sais j’ai dit que je regardais presque jamais de séries. Mais Sherlock c’est court, il y a 13 épisodes (de la durée d’un film quand même) au total.
    Et je trouve ça très chouette^^ Une relecture moderne mais néanmoins fidèle à l’esprit du personnage.

    1. Et mister Gans avec sa collection Hk video … raah c’est vrai que le cinéma japonais et chinois à plus trop l’air d’avoir la cote.
      D’un autre coté le ciné coréen lui est plutôt bien représenté depuis quelques années.

      Sinon le film chroniqué m’intrigue , mais comme l’a dit Matt va falloir chercher!!
      Et dénicher des sous titres …
      Et ma petite connection qui tire déjà la tronche …
      Hahaha.

      D’ailleurs Rick , vu que tu es attaché au support physique , tu fais l’impasse et télécharge où tu te fournis sur des sites HK ?

      1. Il me semble qu’il traine sur la toile avec des sous titres français… 😉

  2. Oui le cinéma Japonais, à part les mauvais Miike (pas ma faute, on a des Terra Formars en Blu-Ray, une honte, par contre quand il fait un film plus ou moins potable, adieu le support physique et la sortie fr), on a quasi plus rien. Tandis que la Corée, on a quelques drames et polars chaque année
    Matt moi l’opposé, je joue un peu à Dark Souls 3 en ce moment, mais j’y vais tout doucement, je suis en période film.

    Alors si Chery dit qu’il y a des sous titres, c’est qu’ils y sont, c’est lui le pro 😀 Je l’ai vu sous titré anglais pour ma part.

    Et les deux Faze. Malheureusement parfois, pas le choix, et il faut passer par certains moyens dématérialisés. Mais dés que c’est possible et que le film me plait, je passe cash par la case achat physique après.

    1. Merci El Chery.

      Rico > Autant pour les jeux et la musique je suis passé au demat , autant pour les films j’ai vraiment du mal.
      Je suis sans doute devenu un vieux con ! 😀

  3. Il n’est pas grandiose ce film.

  4. De ce réalisateur, je vous conseillerais plutôt

    – Let’s Make the Teacher Have a Miscarriage Club (2011)
    – Kidan Hyakkei (2 segments de l’omnibus) (2016)

    Akuryô byôtô est correct (drama horrifique)et The Crone est rigolo (une espèce de grand-mère monstrueuse) mais pas terrible.

    Pas encore vu ses films les plus récents, mais le dernier a l’air pas mal.

  5. Ah, je me doutais que mettre un petit film Japonais un peu bancal (mais néamoins sympa à mes yeux) te ferait débarquer ici 😉

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