Londres 1999. A l’aube du troisième millénaire, le chaos idéologique est à son comble et l’avenir de la planète est plutôt sombre. Surtout en Grande-Bretagne où, de mémoire de grenouilles, on n’avait jamais vu un tel climat : tempêtes de neiges estivales, averses apocalyptiques, sautes de températures vertigineuses. Qui peut être assez puissant pour paniquer ainsi le pays ? C’est alors qu’un couple mythique, le plus sophistiqué des sixties, John Steed et Emma Peel, revient sur terre pour la sauver d’un péril sans précédent.
Avis de Rick :
Cruel dilemme ! Commencer par une blague sur le titre original du film ou bien commencer par une blague sur le studio Warner ? Allez, on fait les deux. Car le monde du cinéma n’a pas attendu Disney et Marvel pour lancer les Avengers au cinéma, puisqu’en 1998 sortait sur les écrans The Avengers… ou si on reste sur son titre Français, Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Ouais, le titre VO a quand même plus de classe. Mais on peut aussi dire que les décisions foireuses de la Warner, ça ne date pas d’aujourd’hui, entre les décisions sur le DCU (ou DCEU, à force je ne sais plus lequel est lequel), les budgets qui explosent (The Flash), ou les films d’auteurs aux budgets étonnement hyper couteux, et donc aux projets hyper risqués et souvent peu rentables (Une Bataille Après l’Autre, The Bride). Non, car à la fin des années 90, le studio s’est mit en tête d’adapter pour le cinéma des séries cultes des années 60 (bon, et ils ont aussi tués Batman pendant des années). Un pari simple sur le papier, une rentrée d’argent facile (sur le papier aussi), mais ça a donné donc ce film (60 millions de budget, 23 au box-office) et Wild Wild West (170 millions de budget, 222 au box-office). Deux échecs, deux films à la production compliquée, deux films détestés, deux films que j’ai vu au cinéma à l’époque, quand aller au cinéma ne voulait pas dire devoir se priver de repas pendant 2 jours. Deux films encore moqués aujourd’hui par ceux qui s’en souviennent, oubliés par les autres, mais qui récupèrent tous les deux des moyennes imdb qui ne laissent rien au hasard (4.9 pour Wild Wild West, 3.8 pour The Avengers), et qui, fait amusant, contiennent tous les deux une scène où un animal (abeille ou mouche ici, araignée dans Wild Wild West) est mécanique, géant, et meurtrier. Pourtant, sur le papier (seulement), ça aurait pu marcher, avec un réalisateur qui sortait de Diabolique avec Adjani et Stone, un casting sérieux (Fiennes, Thurman, Connery), une bonne base avec la série, un budget confortable.

Mais en coulisses, tout a viré au cauchemar. Retournage, montage charcuté, cohérence jetée aux chiottes, casting qui renie le film, Sean Connery qui commence à en avoir marre des studios et des tournages (il ne lui aura fallut qu’un tournage catastrophique de plus quelques années après pour arrêter le cinéma). Sans oublier qu’après ce film, la carrière d’Uma Thurman, déjà fragilisée par Batman & Robin, a eu besoin de Kill Bill pour s’en remettre, et que le réalisateur s’est exilé à la télévision pendant plus de 10 ans. Qu’est ce qui ne va pas avec Chapeau Melon et Bottes de Cuir ? Un peu tout en fait. Une histoire simple mais sans vraie cohérence, un peu débile, et qui manque clairement d’un sentiment d’urgence, un propos écolo hyper manichéen avec Sean Connery qui veut modifier le climat de Londres ohlala, des clones (car pourquoi pas à ce stade), des abeilles mécaniques tueuses poursuivant une voiture lors d’une scène d’action, des dialogues qui ne brillent pas, et un film qui finalement, pire qu’un nanar car il ne fait pas rire, pire qu’un bon film car il ennuie, laisse totalement indifférent. Et c’est bien la pire chose qui pourrait arriver à un blockbuster de 60 millions, une très belle somme à l’époque. Mais rien à faire. Le film a beau dévoiler très tôt son antagoniste (Sean Connery donc), s’ouvrir sur une (molle) scène d’évaluation pour notre héros, enchainer les scènes qui visuellement tiennent d’ailleurs plutôt bien la route, entre les nombreuses catastrophes météorologiques, les courses poursuites en voiture, les énormes décors plongés sous la neige, et même livrer un combat d’escrime sur une passerelle alors qu’autour des personnages, les vagues viennent les frapper (un peu comme dans le très mauvais Star Wars 9), mais rien à faire. Rien qui ne parvienne à passionner, mais rien qui ne parvient non plus à faire rire. En sortant de la séance, en réalité, on se dit tout simplement qu’en réalité, on n’a rien retenu.

Même le casting au final, qui a prouvé par le passé, et même après, leur talent, a l’air de se demander ce qu’ils font là, avec Ralph Fienes, pourtant tout en tenue classe et avec son flegme bien British, Sean Connery qui est sans doute le plus convaincant des acteurs du lot, mais ne peut pas sauver les meubles avec une telle intrigue et des sbires qui sont, au choix, issus du clonage (deux Uma Thurman du coup), soit cachés sous des costumes d’ours en peluche. Difficile à prendre ça au sérieux, c’est même plutôt risible, tant le mauvais sens du terme. Quand les ours en peluche sont là d’ailleurs, on touche le fond. En fait, le métrage confond souvent extravagance avec ridicule. Et pourtant encore une fois, avec quasiment 30 ans de recul, je m’attendais à être un peu plus clément qu’à l’époque de la sortie cinéma sur ce film, surtout que je n’ai jamais vu la série qu’elle adapte, donc point de comparaison possible. C’est kitch, c’est souvent ennuyeux, les acteurs pourtant de talent ne sont pas exploités, les dialogues tentent de faire des jeux de mots assez souvent mais ça tombe à plat, l’action est fréquente mais sans enjeux intéressants, ces scènes deviennent comme le reste du métrage, des coquilles vides. Est-ce que la version d’origine, avant que la Warner ne vienne mettre ses grosses pattes dessus, aurait relevé le niveau ? Pas certain, tant l’histoire déjà a du mal à tenir debout (son concept même), tant son humour est raté, mais on aurait, assurément, gagné en cohérence par contre, et donc, sans doute, en implication de la part des spectateurs. Le fait que le métrage soit donc à présent oublié reste sans doute pour le mieux, et le studio n’a d’ailleurs jamais tenté de relancer une adaptation. Le dur échec au box-office a dû servir de leçon.

| LE MEILLEUR | LE PIRE |
| ♥ Sur le papier, le casting est bon ♥ Ça essaye d’enchainer les scènes d’action sur 1h29 |
⊗ Un ennui profond durant la vision ⊗ Une intrigue risible ⊗ Des incohérences à la pelle ⊗ Un gâchis de talent |
| Chapeau Melon et Bottes de Cuir a dû servir de leçon au studio lors de sa sortie, même si les productions compliquées not bien souvent continuées d’apparaître. Ici, c’est juste ennuyeux de bout en bout, jamais engageant, jamais palpitant, jamais drôle. | |

Titre : Chapeau Melon et Bottes de Cuir / The Avengers
Année : 1998
Durée : 1h29
Origine : Etats Unis
Genre : Aventures
Réalisation : Jeremiah Chechik
Scénario : Don MacPherson
Avec : Ralph Fiennes, Uma Thurman, Sean Connery, Patrick Macnee, Jim Broadbent, Fiona Shaw, Eddie Izzard, Eileen Atkins, John Wood et Carmen Ejogo
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