Gloria n’a plus de travail, plus de fiancé et abuse des soirées trop arrosées. Contrainte de quitter New York, elle retourne dans sa ville natale, où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, une créature gigantesque sème la terreur à Séoul. Gloria découvre que ses actes semblent connectés à ceux de la créature. La situation devient vite incontrôlable.
Avis de Cherycok :
Nacho Vigalondo est un réalisateur des plus intéressants et des plus singuliers. Nominé aux Oscars pour le meilleur court métrage en 2003 pour son court 7:35 de la Mañana, il s’impose ensuite comme un auteur qui aime brouiller les frontières entre les différents genres cinématographiques par des dispositifs narratifs originaux, de la boucle temporelle de Timecrimes (2007) au film exclusivement vu à travers un écran d’ordinateur avec Open Windows (2014). Bien que certains aient acquis un petit statut de film culte depuis, c’est avec Colossal qu’il atteint une reconnaissance internationale plus large, avec un plus gros budget, et avec une Anne Hathaway au casting qui a porté le projet à bout de bras. Le synopsis ci-dessus pourra paraître absurde, mais Colossal est un film à double lecture, autant divertissement fantastique que fable psychologique, et surtout une œuvre singulière des plus intéressantes, certes pas parfaite, mais ô combien attachante. Un film difficile à classer et on comprend aisément qu’il ait eu du mal à trouver son public.

La production du film n’a pas été chose aisée. Avec son budget de 15M$, il fallait gruger pour pouvoir créer des scènes de destruction avec ce monstre géant en plein Séoul. A en croire les dires du réalisateur, le choix de ne mettre ces scènes de nuit permettait de réduire la charge en effets spéciaux. Aucune technologie couteuse de captures de mouvements n’a pu être utilisée, simplement Anne Hathaway filmée sous plusieurs angles avec de petites caméras pour fournir suffisamment d’images à l’équipe d’animation pour qu’elle conçoive et anime le fameux monstre colossal du titre. On pourrait également parler du fait que le studio japonais Toho, détenteur des droits de Godzilla, a engagé une action en justice contre la société de production de Colossal, Voltage Pictures, pour avoir utilisé sans autorisation l’image de Godzilla dans les documents de travail envoyés à de possibles investisseurs. Et même lorsque le film était finalement en boite, les distributeurs de plusieurs pays ont boudé le film, sans doute parce que son genre un peu hybride l’empêchait d’être correctement catégorisé commercialement parlant. Et il est vrai que cette histoire de femme alcoolique qui se rend compte que sa consommation d’alcool se reflète, comme par magie, dans une créature géante à l’autre bout du monde est sacrément décalée. Lorsqu’elle revient dans son village natal après un échec sentimental, la créature piétine des gens et détruit des batiments. Lorsque son ami d’enfance, potentiel partenaire amoureux, se transforme sans réelle raison en homme abject et se dispute avec elle, un robot géant apparait également à Séoul. Leurs disputes et conflits personnels se transforment littéralement en combats et conflits entre deux géants semblant tous droits sortis d’un kaiju eiga. Avouez que c’est assez improbable et pourtant, même si jamais le film ne nous explique réellement le pourquoi du comment (enfin, si, mais on préfère oublier cette scène), le message du film est assez facile à comprendre avec un monstre qui est une métaphore de l’alcoolisme de son héroïsme et un film qui va parler de masculinité toxique et de violence domestique.

Cette créature qui fait son apparition à Séoul, c’est le prolongement monstrueux des excès de notre héroïne Gloria, sorte d’allégorie de l’addiction et de ses conséquences. Les dégâts d’abord minimes deviennent de plus en plus importants au fur et à mesure que le comportement autodestructeur de l’héroïne se fait de plus en plus présent, aussi bien sur elle que sur son entourage. Lorsque le robot géant apparait, qui fait écho à son ami d’enfance Oscar, le film change de cap, faisant le parallèle avec le comportement d’Oscar, de plus en plus possessif, de plus en plus manipulateur, de plus en plus néfaste pour Gloria. Colossal nous montre l’évolution du personnage de Gloria, sa propre émancipation pour échapper à toutes les figures masculines toxiques qui l’entourent, comment elle décide de reprendre sa vie en main, un peu comme si Vigalondo cherchait à proposer une relecture féministe du film de monstre, tout en n’hésitant pas à égratigner la société comme il le fait dans la plupart de ses films. Il est certain que pour apprécier Colossal, il va falloir accepter l’idée farfelue de départ et se laisser porter par une histoire aux multiples facettes qui arrive à nous transmettre tout un tas de choses en si peu de temps. Tout semble au départ banal, évident et presque superflu, mais plus le film avance, plus ce qui semblait sans importance devient intéressant, abordant des thèmes délicats et peu agréables d’une manière que peu de gens auraient imaginée. Anne Hathaway a cru au projet dès le début et elle est très inspirée, incarnant un personnage très réaliste, celui d’une femme qui doute de ses propres convictions et qui ne se rend pas encore compte de la force dont elle dispose. Pourtant, malgré la lourdeur des thèmes, Vigalondo arrive par on ne sait quel miracle à proposer un film triste qu’on regarde avec le sourire aux lèvres, car il sait transformer les peurs en valeurs, le désagréable en sympathique et le conventionnel en quelque chose de parfois remarquable. Certes, son film est loin d’être parfait, avec par exemple un rythme en dents de scie, des CGI qui manquent parfois de finesse ou une scène, clairement de trop, qui tente de justifier le pourquoi du comment de ces monstres. Mais la mise en scène audacieuse, le côté rafraichissant de l’ensemble, le casting convaincant et le traitement astucieux des thématiques en font une œuvre assez unique et réellement intéressante.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Un casting séduisant ♥ Le pitch de départ ♥ La mise en scène ♥ La double lecture ♥ Le traitement des thématiques |
⊗ Un rythme pas toujours bien géré ⊗ L’explication est de trop ⊗ Une fantaisie qui ne plaira pas à tous |
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| Colossal est une œuvre différente et rafraichissante, avec une histoire racontée en grand pour aborder des thèmes du quotidien. Une sorte de fable moderne originale et amusante qui mérite clairement d’être vue. | |

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COLOSSAL est sorti chez Rimini Editions en blu-ray au prix de 19.99€. Il est disponible à l’achat ici : fnac.com Version Française et Originale DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, sous titrée français (+ sourds et malentendants) – BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1920×1080/24p – Couleurs En plus du film, on y trouve : Entretien avec Natacha Vas-Deyres – Professeure de chaire supérieure et spécialiste de la science-fiction littéraire et cinématographique (30min), Making Of (20min), Bande annonce. |
Titre : Colossal
Année : 2016
Durée : 1h49
Origine : U.S.A / Espagne / Canada / Corée du Sud
Genre : Comédie dramatique / Kaiju Eiga
Réalisateur : Nacho Vigalondo
Scénario : Nacho Vigalondo
Acteurs : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens, Hannan Cheramy, Nathan Ellison, Sarah Surh, Haeun Hannah Cho






















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