[Film] Perversion Story, de Lucio Fulci (1969)

À San Francisco, le docteur George Dumurrier, le directeur endetté d’une clinique qu’il dirige avec son frère Harry, vit avec sa femme acariâtre Susan, asthmatique et malade, qu’il trompe avec la photographe Jane. Peu de temps après, lorsqu’il revient d’un voyage avec sa maîtresse, ils apprennent la mort de son épouse, décédée dans d’étranges circonstances. Cette dernière lui laisse une assurance vie d’un million de dollars, ce qui attire bien évidemment l’attention de la police sur lui.


Avis de Rick :
Si tous les amateurs de cinéma de genre connaissent Lucio Fulci, la plupart de ses défenseurs connaissent surtout sa période de cinéma gore commençant avec l’Enfer des Zombies en 1979 et finissant grosso modo avec l’Éventreur de New York en 1982. Ses détracteurs par contre s’amuseront le plus souvent à citer toute la période qui suivie, à coup de Conquest, Aenigma, Murder Rock, Soupçons de Mort et j’en passe. Pourtant il y a bien une autre période très intéressante de la carrière de Fulci qui se déroule bien avant, dans les années 60 et 70, où Fulci toucha plus d’une fois au giallo, ou dans le cas présent, au film policier. Car Perversion Story, s’il hérite très certainement du giallo un côté érotique assez poussé par moment, est avant tout un film qui rappelle Vertigo de Alfred Hitchcock. En moins bon, mais tout de même, comme inspiration, il y a bien pire. Après quelques plans d’hélicoptères (malheureusement un brin tremblants) sur la ville de San Francisco, Fulci place doucement, peut être un peu trop justement, son intrigue et ses personnages. Un docteur gérant une clinique, sa femme malade souffrant d’asthme, la maîtresse, le frère travaillant à la même clinique. Tous les éléments se mettent très doucement en place, et le principal reproche que l’on pourra faire au métrage sera sa première partie clairement un poil trop lente, ou hésitante dans sa mise en place. Le docteur voit sa femme, couche avec sa maîtresse, ça discute, on comprend bien vite la réputation du docteur, ses choix de vie. Mais on ne comprend pas très exactement où tout cela nous mène, jusqu’au jour où sa femme, Susan, est retrouvée morte, et qu’il se retrouve avec un paquet d’argent en terme d’héritage. Dès lors, la police commence à douter de lui, pensant qu’il a assassiné sa femme.

Un schémas très classique, auquel vient alors s’ajouter celui du double, lors de la rencontre par hasard d’une stripteaseuse /prostituée du nom de Monica et ressemblant comme deux gouttes d’eau à la défunte femme du docteur. Dès lors, George (le docteur) et Jane (son amante) vont commencer à douter et mener leur petite enquête en tentant de se rapprocher de Monica. Vu son métier, une tâche pas bien difficile pour George le tombeur, et de même pour Jane qui est photographe. C’est à partir de ce moment là que Perversion Story prend son envol, et qu’il devient un extrêmement bon film, solide techniquement et scénaristiquement, malgré ses ressemblances avec le cinéma d’Hitchcock. Soyons clair, jamais le film de Fulci n’atteindra le niveau des films du maître, et dans son approche un brin « hommage » on pensera plutôt au style de De Palma. Mais au De Palma de la bonne époque. George et Jane vont donc chacun de leur côté se rapprocher de Monica pour comprendre un peu mieux la machination qui semble les entourer, sans pour autant se retrouver sans obstacles, car la police est derrière eux assez souvent. Mais Fulci, aidé par Riz Ortolani à la musique, livre des scènes prenantes, n’hésitant pas à mettre comme c’est souvent le cas en parallèle la mort et le sexe. Chose d’autant plus facile avec ce concept de double. La première fois que George approche Monica sur le lit, alors qu’elle l’attend, nue, lui rappelle forcément la dernière fois qu’il se sera approché de sa femme, morte sur le lit. Et avec ce genre de moments pourtant tout simple, Fulci peut poser une ambiance assez lourde et énigmatique.

Quelques autres personnages rejoindront l’aventure, sans avoir au départ de réelle incidence sur l’intrigue, comme l’avocat devant défendre George, qui au final ne parviendra pas à grand-chose, ou encore cet homme mystérieux débarquant en plein milieu des fouilles de la police et qui n’apporte au départ absolument rien. Du moins, le film veut nous le faire croire, nous le faire oublier, mais il reviendra et se montrera plus important que prévu. Ce qui prouve finalement que le script, bien qu’ayant eu un peu de mal à démarrer, sait exactement où il va pour nous livrer une intrigue policière bien construite. Et au fur et à mesure que l’ensemble avance, et que la Police croit dur comme fer que George est le tueur de sa femme, Fulci fait preuve d’une noirceur assez surprenante, amenant doucement son film vers une fin nihiliste sans jamais vouloir en dévier, et révélant toutes ces cartes de manière appliquée (et en se rapprochant parfois encore une fois du cinéma de De Palma avec l’usage de la demi bonnette ou du split screen… avant que De Palma ne commence sa carrière). Pour l’amateur du genre, Perversion Story se révèle être une très agréable surprise, et un très solide divertissement à base de meurtres et de manipulations. Pour l’amateur de Fulci, Perversion Story surprendra encore plus, puisqu’il s’agît sans doute de son thriller (policier/giallo) le moins sanglant, sans une seule goutte de sang quasiment, et qui pourtant se révèlera passionnant pour peu que l’on se prenne au jeu. Plutôt malin scénaristiquement et proprement emballé malgré quelques plans tremblants, c’est une très bonne pioche.

LES PLUS LES MOINS
♥ Une intrigue bien construite
♥ Bon suspense
♥ La musique de Riz Ortolani
♥ Quelques moments très forts
⊗ Première partie un peu lente
note8
Métrage policier plutôt rare de Lucio Fulci, Perversion Story lorgne du côté d’Hitchcock tout en empruntant au giallo une certaine connotation érotique. L’ensemble est prenant et sérieux, parfois tendu, et on pardonne quelques approximations et hésitations en se prenant au jeu.



Titre : Perversion Story / On Top of the Other / Una Sull’Altra

Année : 1969
Durée :
1h48
Origine :
Italie / France / Espagne
Genre :
Policier
Réalisation : 
Lucio Fulci
Scénario : 
Lucio Fulci, Roberto Gianviti et José Luis Martinez Molla
Avec :
Jean Sorel, Marisa Mell, Elsa Martinelli, Alberto de Mendoza, John Ireland, Riccardo Cucciolla et Bill Vanders

 Perversion Story (1969) on IMDb


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Matt
Matt
22 mai 2019 20:30

Ah, intéressant^^ Merci pour cette chronique.
Alors pour le coup, Vertigo de Hitchcock a quand même un souci semblable : il met du temps à démarrer. Toute la partie où James Stewart suit la femme, enquête soi-disant pour son client…jusqu’à la “mort” de la femme…ben c’est longuet, on ne sait pas trop où ça va^^

Matt
Matt
Reply to  Rick
22 mai 2019 22:49

Vertigo est un des meilleurs Hitchcock, mais à la première vision j’ai trouvé la première partie du film longue sans comprendre à quoi ça servait.

Matt
Matt
30 juin 2019 23:25

Bon ok mec, il faut que tu voies l’emmurée vivante. Il est vraiment très bon. Oppressant, mystérieux, il tient en haleine, le musique est super, etc.
Et cette fin…

Tiens d’ailleurs c’est fou je connaissais cette musique. Je ne sais pas où je l’ai entendue. Peut être sur une cassette audio de musiques de film il y a trèèèès longtemps

Matt
Matt
30 juin 2019 23:26
Matt
Matt
Reply to  Rick
1 juillet 2019 1:40

Bon après ses ratages m’intéressent moins que ses réussites^^
Le cinéma italien tout entier se cassait la gueule dans les années 80 de toutes façons. Sergio Martino s’est mis à faire des films fauchés ridicules aussi, etc.

Mais faut que tu voie l’emmurée vivante, pour moi il vient de tacler les Argento^^ Je préfère ce Fulci !

Matt
Matt
27 novembre 2020 17:34

Bon je me suis chopé le blu-ray de ce film, et celui de l’emmurée vivante, tout deux dispo chez le Chat qui fume. Du moins…ils l’étaient. Rapidement épuisés^^
Je crois que Perversion story est de retour pour un second tirage. Mais faut se grouiller^^
L’emmurée vivante n’a pas fait long feu ! Ouf, j’ai pu avoir un exemplaire. Il y a un CD de musiques de Frizzi d’ailleurs avec^^

Matt
Matt
Reply to  Matt
28 novembre 2020 17:36

Il y est Perversion Story, go for it !^^
C’est l’emmurée vivante qui est épuisé.

https://lechatquifume.myshopify.com/collections/bluray

Ils ont décidé de ne plus faire de combo avec DVD cela dit. ça leur coute trop cher et le DVD est “has been”
Bon…moi j’aimais bien avoir les 2 formats pour mater ça sur mon PC des fois mais tant pis.

Last edited 1 mois Il y a by Matt
Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
29 novembre 2020 11:38

Faut invgestir dans un lecteur bluray sur PC, c’est plus très cher. Bon, sauf avec un ordi portable, là c’est pas la même

Matt
Matt
Reply to  Matt
29 novembre 2020 12:04

J’ai un PC portable^^
ça existe les lecteurs blu-ray portables en USB ?…

Matt
Matt
Reply to  Rick
29 novembre 2020 15:25

Ah ouais…130€ environ
Bon…bah un jour, mais pas tout de suite^^

Matt
Matt
7 janvier 2021 9:27

Je viens de voir l’éventreur de New York qui est censé être le dernier bon film de Fulci.
Alors…c’est pas mal. Mais on sent le déclin quand même. Il y a quelques errements bizarres sur des personnages obsédés du cul sans que ce soit super utile.
Et l’image n’est pas très belle. Après ça vient peut être du DVD mal restauré. Je n’ai pas eu l’occasion de voir si le blu-ray récemment sorti avait l’image plus propre.
Etrange idée aussi cette voix de canard. ça rend le truc un peu drôle alors que l’histoire ne l’est pas du tout.
Globalement ça devient meilleur dans la seconde moitié du film, quand on s’intéresse à une des victimes (la chérie du tueur au final…)
Le début est un peu maladroit avec notamment la femme du médecin qui est une chaudasse et qu’on suit curieusement très longtemps sans que ça s’avère utile au final vu qu’elle ne sert à rien dans l’histoire.
Bref on sent le côté un peu exploitation avec scènes coquines. ça parait plus gratuit que dans les précédents films de Fulci qui a certes toujours utilisé ce thème de la sexualité dans ses films mais de manière plus pertinente.

En gros ça se regarde, c’est sympa, mais on sent que Fulci se dirige vers le nanar par la suite…

Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
7 janvier 2021 13:15

Je les ai depuis longtemps ces nanars dont tu parles. Un jeu faudra que je m’y lance dedans ^_^

Matt
Matt
Reply to  Matt
7 janvier 2021 14:26

Le mec qui s’intéresse plus aux nanars qu’aux bons films^^

Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
7 janvier 2021 16:12

Disons que j’aime bien m’interesser aux films dont personne ne s’intéresse. Genre Fulci, tout le monde cite les films les plus connus, mais pour trouver des textes sur ses plus petits films, parfois nanars effectivement, là c’est plus compliqué

Matt
Matt
Reply to  Matt
7 janvier 2021 18:57

Moi j’aime bien réhabiliter un peu les réal qui se font démonter.
Et Fulci, je trouve que beaucoup le qualifient de gros mauvais, de Ed Wood italien…
Oui bah…faudrait regarder les films faits avant 1980 pour trouver des bons trucs quand même.

Matt
Matt
Reply to  Matt
7 janvier 2021 19:18

Après je suis d’accord que tout le monde cite sa trilogie de films de zombies avec l’au delà, Frayeurs, l’enfer des zombies.
Mais le mec a pondu 30 ou 40 films entre 1960 et 1980. Et il y a du bon dedans. Le venin de la peur, l’emmurée vivante, ce Perversion Story, la longue nuit de l’exorcisme, etc.

Après je les connais pas tous^^ Mais le mec semblait être un artisan prolifique, avec inévitablement du caca dans sa filmo, mais du bon aussi.
Et après 1980 c’est le cinéma italien entier qui s’est cassé la gueule. Plus de budget, trop de concurrence, arrivée des VHS, je sais plus trop les détails mais j’avais lu un truc là dessus. C’est simple plein de réal se sont retrouvés à pondre des nanars faute de budget ou peut être de motivation.

Matt
Matt
Reply to  Rick
8 janvier 2021 17:33

J’adore la jaquette française par contre^^
Comment ça à cause des gambettes de la dame ? Nan, c’est un dessin classe c’est tout !!

Matt
Matt
Reply to  Rick
8 janvier 2021 20:49

Bon faut que je me fasse les Sergio Martino aussi (encore un ridiculisé avec ses nanars post-80)

L’étrange vice de Mme Wardh
Toutes les couleurs du vice

Matt
Matt
9 janvier 2021 20:42

C’est toujours un peu relou de choisir la piste audio d’un film italien, vu qu’il n’y a pas de vraie VO, et toujours certains acteurs doublés dans une langue différente.
J’ai pour ma part bien aimé la piste audio anglaise de Perversion Story. Je l’ai trouvée bonne, et pas perturbante niveau synchro labiale.

Ah c’est bien une fin de film italien celle de ce film ! Ha ! Ha ! Le mec qui ne servait à rien, le fou, qui descend les comploteurs.
ça fait du bien de voir ce film sur une belle copie. J’avais vu le début du film sur un DVD, ou une copie numérique je sais plus. C’était moche et j’avais arrêté le film carrément.
Le chat qui fume a fait du bon boulot.

Matt
Matt
Reply to  Matt
10 janvier 2021 19:44

Bon pour info, pour qui ça intéresse, la copie de The exctasy of films (qui a sorti un combo blu-ray/DVD aujourd’hui épuisé je crois) de l’éventreur de New York enterre facilement le précédent DVD

C’est quand même agréable ces restaurations. C’est même pas juste une question de blu-ray, parce que même le DVD qui va avec est bien plus beau. C’est la restauration qu’ils entreprennent avant de sortir la copie HD qui me motive à me procurer ces films.
D’ailleurs en blu-ray je n’ai que des vieux films quasiment^^

Matt
Matt
Reply to  Rick
13 janvier 2021 13:09

Ah j’ai pris La maison près du cimetière chez Blue Underground moi^^
Pas encore revu cela dit. Je ne peux pas te dire si c’est bien restauré et tout beau.

Sans forcément parler de grosses télé, même quand je regarde les DVD sur mon PC portable (par exemple le vieux DVD de L’éventreur versus le DVD tiré du nouveau master restauré), dans la même résolution DVD de 576p, bah ça n’a quand même rien à voir.
Le vieux DVD est parfois flou, ça fait film cheap mal filmé. Et déjà L’éventreur n’est pas le plus beau film de Fulci donc si en plus tu ajoutes du flou et tout…ça fait vieux DTV moisi^^

Matt
Matt
Reply to  Rick
13 janvier 2021 13:49

Sinon pour les tirages limités…oui c’est dommage mais hélas, il faut bien se rendre à l’évidence que personne ne va sauter sur ces films à part les mecs comme nous. Et on n’est pas la majorité^^
La majorité elle veut les derniers films modernes de Michael Bay…

Après c’est vrai que quand ils voient que ça marche, ils pourraient faire un second tirage.
Le chat qui fume le fait parfois. Mais tu vois les 2 tirages de L’emmurée vivante de Fulci ont filé très vite aussi…
J’ai pu le choper mais de justesse…