[Film] Re-Animator, de Stuart Gordon (1985)

De retour de ses études de médecine, Herbert West s’inscrit à l’université d’Arkham pour les cours du docteur Carl Hill. Les deux hommes s’opposent immédiatement, West toisant son professeur en affirmant que, bientôt, il sera en mesure de vaincre la mort. Pour mener à bien ses expériences, il s’installe dans la cave de Dan Caine, un étudiant gagné à sa cause. West y met au point un sérum d’un jaune luminescent pour réactiver les cellules inertes. Premier cobaye : un chat. Expérience concluante, mais l’animal s’avère d’une grande agressivité. Cela n’arrête pas l’apprenti sorcier, curieux de voir l’effet sur des sujets humains…


Avis de Cherycok :
Si on demande à un amateur de cinéma horrifique de citer son Top 5 des films d’horreur culte des années 80, des titres tels que Evil Dead, Les Griffes de la Nuit, Vendredi 13, Hellraiser ou encore Le Jour des Morts-Vivants devraient être cités. Mais il y en a un autre qui risque d’être évoqué, c’est le mythique Re-Animator, premier film de Stuart Gordon (From Beyond, Fortress), mention spéciale au Festival Fantastique d’Avoriaz de 1986. Sorte de détournement du mythe de Frankenstein, Re-Animator, c’est le film d’horreur des années 80 dans toute sa splendeur, fait avec peu de moyens mais avec beaucoup d’amour et beaucoup de sérieux, au point que, 40 ans après, il fait toujours autant d’effet, entre humour noir, boobs et scènes bien craspecs. La ressortie du film dans un superbe coffret 4K / Blu-ray / livre chez Sidonis, bourré à la gueule de bonus, était l’occasion de se replonger dans les délires gores du duo Stuart Gordon / Brian Yuzna.

Stuart Gordon et le scénariste Dennis Paoli viennent du milieu du théâtre. Gordon avait d’ailleurs fondé l’Organic Theater Company à Chicago dans lequel il avait l’habitude de monter des pièces provocatrices sur scène. Au départ, il n’était pas question de faire un film mais une pièce de théâtre horrifique. Mais une chose en amenant une autre, une rencontre avec le producteur Brian Yuzna plus tard, c’est bel et bien un film qui sera mis en chantier, le premier en tant que metteur en scène pour Stuart Gordon, le premier en tant que producteur pour Brian Yuzna, le premier en tant que scénariste pour Dennis Paoli. L’idée de faire Re-Animator est née d’une discussion en soirée de Stuart Gordon qui trouvait qu’il y avait eu beaucoup de films sur Dracula, mais très peu sur la créature de Frankenstein. Un de ses amis lui a demandé s’il avait lu « Herbert West – Reanimator » de H.P. Lovecraft et bien que Gordon eût lu une grande partie de l’œuvre de Lovecraft, il était passé à côté de celle-là. Ni une ni deux, il se la procure, la lit et décide de l’adapter pour son premier film. L’adaptation sera très libre et seuls certains points comme la rencontre entre les personnages de Herbert et Dan, la faculté de médecine et quelques autres détails sont présents dans l’œuvre originale. Le concept de base est gardé, mais l’humour, la romance et la plupart des scènes gores et crados du film ont été rajoutés. Il en sera de même pour Re-Animator 2 qui ne sera au final que peu fidèle à l’œuvre originale. Mais le nom de H.P. Lovecraft sera malgré tout présent sur l’affiche du film, histoire d’attirer ses lecteurs. Le budget alloué est estimé à un peu moins d’un million et pour pallier ce manque, toute l’équipe technique va faire preuve d’une réelle ingéniosité, à commencer par les spécialistes des effets spéciaux qui ont travaillé sur le film, des pontes du genre, à savoir John Carl Butcher (Halloween 4, Le Cauchemar de Freddy), Everett Burrell (La Part des Ténèbres, Le Labyrinthe de Pan), Anthony Doublin (Le Cobaye, Darkside) et John Naulin (Critters, Maniac Cop). C’est d’indécrottable Charles Band qui distribuera le film sous la houlette de sa société Empire International Pictures et, bien qu’il n’ait rapporté que 2 millions de dollars en salles, c’est lors de la sortie en VHS qu’il connait un réel succès au point qu’il atteint rapidement un statut de film culte.

On comprend très vite que le spectacle auquel on va assister n’est pas à prendre au sérieux et que derrière le côté adaptation de Lovecraft se cache en fait une envie de Stuart Gordon et de toute l’équipe technique de montrer ce dont ils sont capables en termes de scènes horrifiques toujours plus outrancières. On peut dire qu’ils ont lâché les chevaux. Déjà, le personnage de Herbert West est un spectacle à voir à lui tout seul. Campé par un Jeffrey Combs complètement habité, le personnage est absolument génial, souvent à côté de la plaque, cassant dès qu’il en a l’occasion, et indirectement hilarant sans que son interprète n’ait à forcer quoi que ce soit, jouant sans cesse avec l’absurde. Il est clairement l’attraction du film, bien que Barbara Crampton (From Beyond, Lords of Salem), et sa superbe plastique qu’elle n’hésite jamais à montrer, tire clairement son épingle du jeu. Mais c’est surtout au niveau de ses effets spéciaux et de ses scènes gores parfois outrancières que Re-Animator se lâche complètement. Même si l’ensemble peut parfois sembler daté (la marionnette de chat par exemple), ces effets pratiques apportent clairement une texture, une présence physique, un côté dégoulinant que les CGI d’aujourd’hui n’arrivent toujours pas à reproduire. La rumeur voudrait que l’équipe chargée des effets spéciaux ait étudié de nombreuses photos de cadavres tirées de morgues afin de pouvoir recréer des maquillages de cadavres plus vrais que nature. Le film se lâche parfois méchamment sur le gore (on parle de 90 litres de faux sang utilisés pour les besoins du film) et n’hésite pas à verser dans le trash, voire le graveleux pour l’amour de la blague avec pour point d’orgue la fameuse scène de la tête coupée et du corps nu de Barbara Crampton qui est un sommet de mauvais goût assumé, au point de pouvoir créer un malaise chez les non-initiés un peu fragiles de l’estomac. L’ensemble se fait suffisamment rythmé et avec ses 1h24 au compteur, génériques compris, difficile de s’ennuyer. Et même si le scénario tient au final sur un post-it, comme beaucoup de films d’horreur à cette époque, ce n’est en aucun cas gênant car le film nous donne ce qu’on est venu chercher dans un film appelé « Re-Animator », et bien plus encore. On sent clairement qu’il y a eu de la coupe et les nombreuses scènes coupées de l’édition blu-ray sont là pour le confirmer, avec par exemple le fait que le Dr Hill semble pouvoir contrôler les corps qu’il a réanimé sans qu’on nous explique comment et pourquoi. Mais au final, qu’importe, et le statut de film culte que le film a rapidement acquis est clairement justifié.

LES PLUS LES MOINS
♥ Un excellent casting
♥ Les effets gores en practical
♥ La bande son de Richard Band
♥ Le final chaotique
⊗ Un côté fauché qui pourra gêner

Même 40 ans après, Re-Animator ne démérite pas ce statut de film d’horreur culte des années 80 et, pour un premier film, la performance est encore plus à saluer. Un classique à voir et à revoir sans modération, et clairement le meilleur film de la trilogie.

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • A l’origine, Stuart Gordon voulait tourner le film en noir et blanc sur un film 16mm pour donner à Re-Animator une qualité granuleuse.
  • Le rôle du Dr Carl Hill a été initialement écrit pour Christopher Lee. Mais quand ce dernier a refusé le rôle, c’est l’acteur David Gale qui a été choisi à la place.


RE-ANIMATOR est sorti le 17 juillet 2026 chez Sidonis en édition collector limitée 4K + blu-ray + Livre au prix de 49.99€. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com

16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 1.85:1 – Anglais / Français DTS-HD Master Audio 2..0 – Sous-titres français

En plus du film, on y trouve : Livre de 52 pages écrit par Marc Toullec, Version cinéma + version intégrale du film, Commentaire audio de Stuart Gordon (VOSTFR), Commentaire audio de Brian Yuzna, BArbara Crampton, Bruce Abbott, Robert Samson et Jeffrey Combs (VOSTFR), Documentaire « Re-Animator Resurrectus » (66min), Re-Animator a 40 ans : Conversation avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton et Brian Yuzna (44min), 17 scènes coupées dont « Le Cauchemar de Dan (26min), Interview de Stuart Gordon et Brian Yuzna (49min), Interview du scénariste Dennis Paoli (11min), Analyse de la musique du film (16min), L’héritage de Re-Animator (18min), Spots TV (3min), bandes annonces (2min).


Titre : Re-Animator
Année : 1985
Durée : 1h24 / 1h44
Origine : U.S.A
Genre : Culte
Réalisateur : Stuart Gordon
Scénario : Dennis Paoli, William Norris

Acteurs : Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson, Gerry Black, Carolyn Purdy-Gordon, Peter Kent, Barbara Pieters, Al Berry


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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