[Film] The Dead Don’t Die, de Jim Jarmusch (2019)


Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.


Avis de Cherycok :
Film d’ouverture du dernier Festival de Cannes, The Dead Don’t Die n’aura pas mis longtemps à s’attirer les foudres de la critique, aussi bien de la presse que des spectateurs. Les uns se sont jetés dessus car, syndrome post Walking Dead oblige, il y avait des zombies et ils avaient envie d’avoir leur dose sans même connaitre le cinéma de Jim Jarmusch. Grosse déception. Les autres voulaient voir le nouveau film de Jim Jarmusch mais, oh my god, pourquoi avoir mis des zombies là-dedans !?! Où sont les émotions !?! Grosse déception. C’est du moins ce que j’ai pu ressentir à la lecture des moult avis ci et là avant qu’on se décide à aller le voir par nous-mêmes dans notre petit cinéma du coin. Même si je connais peu le cinéma de Jarmusch (je n’ai vu que Dead Man et Ghost Dog), je connais malgré tout son style. Et je connais très bien le cinéma « zombiesque » pour m’être enquillé des dizaines et des dizaines de films de morts vivants affamés de chair humaine, ce qui m’a permis de développer une préférence pour ceux qui sortent un minimum du lot. Il y avait donc de grandes chances pour que The Dead Don’t Die me plaise. Ce fût le cas. Mais je comprends aisément qu’il puisse provoquer chez le spectateur un rejet total tant il est assez spécial, assez difficile d’accès au final.

Jim Jarmusch va faire appel à un casting trois étoiles, avec lequel il a déjà travaillé dans ses films précédents. Que ce soit Steve Buscemi, Bill Murray, Tom Waits, Adam Driver, Chloë Sevigny, Rosie Perez, RZA, ou encore Tilda Swinton, tous ont déjà dans leur filmographie au moins une bobine de Jarmusch. Ils sont les protagonistes de cette nouvelle histoire de zombies, qui vont faire leur apparition ce coup-ci dans la petite ville de Centerville. Des évènements étranges vont commencer à survenir. Le cycle jour / nuit va complètement se dérégler, les animaux domestiques vont fuir leurs habitats et se réfugier dans la forêt, les téléphones vont soudainement se mettre à ne plus fonctionner, et des corps sont retrouvés, mutilés, comme s’ils avaient été attaqués par une bête sauvage, ou… plusieurs bêtes sauvages. Ces bêtes sauvages s’avèreront être au final des morts qui auront repris vie, s’extirpant de leurs tombes ou se relevant de sous leur drap à la morgue. Tout ça va mal finir. Mais est-ce la faute des zombies ? Ou simplement des humains et de leur manière de vivre ?
Après sa revisite du thème « vampires » avec son Only Lovers Left Alive (2013), Jim Jarmusch s’attaque ce coup-ci à celui des zombies. Mais point question ici de faire un film de zombies comme on en a déjà vu des centaines, il sera ici question d’hommage, de parodie, de clins d’œil, de cliché, le tout sur fond de critique sociale, de désespoir, et même de poésie. Je vais vous livrer ci-dessous mon analyse personnelle. Elle pourra peut-être paraitre tirée par les cheveux, et ce n’est peut-être pas celle voulue par le réalisateur, mais c’est malgré tout ainsi que j’ai ressenti le film.

Avec The Dead Don’t Die, on a l’impression que Jarmusch a voulu à la fois rendre hommage au cinéma de Georges Romero (au cinéma de genre de manière générale en fait), et à la fois se moquer de ce nouveau cinéma de zombies qui souvent essaie de rendre hommage au cinéma de Romero. Un des personnages a la même Pontiac Tempest que Barbara et son frère au début de Night of the Living Dead (1968) de Romero, et le réalisateur se fait bien insistant, allant même jusqu’à le citer dans un dialogue, afin de se moquer de ces références parfois un peu trop appuyées pour être honnêtes telles qu’on les voit aujourd’hui. Il répètera le procédé à une autre reprise pour Romero, mais également pour d’autres films (pas forcément de zombies). Les références sont d’ailleurs extrêmement nombreuses, souvent amenées volontairement avec des sabots (oui, il se moque beaucoup) comme lorsque qu’un personnage demande à Adam Driver, qui incarne Kylo Ren dans la nouvelle trilogie Star Wars, si le porte-clés accroché aux clés de sa voiture est bien le croiseur interstellaire de Star Wars. Des références très nombreuses, souvent volontairement grossières donc (du moins je l’espère, sinon ça changerait ma vision du film), passant par Lucas et Romero donc, mais aussi Hitchcock, Carpenter, Raimi, Tarantino, Kill Bill, à la culture geek, à la musique, à l’Amérique de Trump, et même à son propre cinéma (l’entrainement au sabre renvoyant par exemple à son Ghost Dog).

Jarmusch s’amuse à pousser la connerie et les clichés à l’extrême. On nous sort sans arrêt des explications à la con pour justifier une apocalypse zombie ? Il nous en met une encore plus improbable. Romero avait mélangé à ses zombies une critique sociale, reprise par la suite par d’autres réalisateurs avec plus ou moins de succès ? Jarmusch la pousse à son paroxysme. Les personnages sont souvent des clichés, ont des réactions à la con, et les zombies des habitudes bien ancrées ? Jarmusch en rigole ouvertement. Qu’ils soient sincères ou moqueurs, il y a des clins d’œil et des références absolument partout, aussi bien visuels que dans les dialogues.
Il en résulte, il est vrai, un film où absolument rien n’est logique, à la fois drôle, improbable, grinçant, gore, absurde, créatif, poétique et même écolo, qui va pour le coup enchainer des scènes souvent bien WTF. Les acteurs et les personnages qu’ils campent y sont pour beaucoup dans la réussite du film. La léthargie dont ils font tous preuve, en restant la plupart du temps complètement passifs face à ce qu’il se passe, préférant balancer des punchlines à la con plutôt que d’agir, donne lieu à quelques scènes pas piquées des vers. Les dialogues sont par ailleurs extrêmement bien écrits, souvent source de fous rires, eux aussi constamment toujours à la limite de l’absurde sans jamais réellement tomber dedans.
Le message du film semble malgré tout bien plus profond que tout ça. Un message assez désespéré sur l’état actuel du monde. Un état qui n’est pas perçu par une bonne majorité de gens qui se croient dans un monde parfait alors qu’ils sont bouffés lentement mais surement par le capitalisme sans même s’en rendre compte (la réplique de RZA et celle moult fois répétée par Adam Driver).

LES PLUSLES MOINS
♥ Le casting, excellent
♥ Bonne mise en scène / musique
♥ L’humour souvent absurde
⊗ Des scènes trop WTF
Sous ses airs de grosse bouffonnade, The Dead Don’t Die est une bobine assez complexe à appréhender à tel point que beaucoup le trouveront raté. Un film au final assez pessimiste duquel on ressort pourtant le sourire aux lèvres, et ça c’est plutôt fort.



Titre : The Dead Don’t Die
Année : 2019
Durée : 1h43
Origine : U.S.A / Suède
Genre : Comédie satirico-horrifique
Réalisateur : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch

Acteurs : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Tom Waits, Caleb Landry Jones, Selena Gomez, Rosie Perez, RZA

 The Dead Don't Die (2019) on IMDb


Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.

13 Comments

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  1. J’aime beaucoup le cinéma de Jarmusch (pas tout, notamment je n’aime pas le film préféré de beaucoup de monde : Ghost Dog), du coup celui-ci me tente beaucoup, et j’ai lu/vu le moins possible.
    Bon je me doute que ce sera différent et moins bon que Only Lovers Left Alive pour les vampires, mais ça ne joue pas dans la même cours au final, vu qu’ici c’est une comédie.

  2. J’avais très envi de le voir mais il ne passe pas chez moi. Tu vient de m’apprendre que le film n’a pas du tout plus au spectateur comme quoi le décalage ne plais pas.

  3. Ben je le suivais depuis la première bande annonce. Les premiers avis sont arrivés avec les avant première et tout ça, puis la sortie, et les avis étaient pas bons pour une grosse partie. Il y avait bien entendu de très bonnes critiques, qui souvent disaient que ceux qui le critiquaient n’avaient rien compris au film. Ca m’a rendu curieux (et en plus y’avait des zombies), donc j’ai pu juger par moi même, et je trouve que, malgré les apparences, est assez difficile d’accès. Car outre tout son aspect humorisque, rempli de références et de clin d’oeil, se cache bien d’autres choses.

  4. Il m’a l’air malgré tout bien plus facile d’accès comparé à un Limits of Control pour rester dans du Jarmusch (film que j’adore, et je suis sans doute un des seuls haha). Ça me rend encore plus curieux n’empêche raaaah.

    1. Oh mais je pense qu’il est plus facile d’accès qu’une bonne majorité de Jarmusch. Je me suis trompé dans mes propos, je voulais dire qu’il n’était pas facile à apprécier car, au final, le film est un enchainement de scènes qui n’ont souvent aucun sens, voire improbables. C’est aussi ce qui peut plaire hein (ca a été le cas pour moi)

      1. Après je n’ai pas tout vu de Jarmusch non plus, mais par exemple Limits of Control est un peu assez dur à apréhender, en plus d’être très lent et probablement très (trop) abstrait. Il reste bien Broken Flowers, très accessible, et très sympa d’ailleurs.
        Mais du coup ça me fait plaisir que tu ai adhéré malgré tout. Et d’ailleurs, qu’avais tu pensé de Dead Man?

  5. Limit of control m’a fait penser a Inland Empire on a l’impression que Jarmuch et Lynch font de la caricature d’eux même qu’ils font en sorte que leur film soit le plus chiant possible et ca marche je me suis bien fait chier devant ces deux film alors que j’aime beaucoup ces deux réalisateur.

    1. Oui c’est le reproche que l’on fait beaucoup à ces deux films, et la comparaison entre les deux est parfaite, car dans les deux cas (je pourrais rajouter mais bon c’est un réalisateur space de base le IZO de Takashi Miike), ce sont des films où les réalisateurs ont eu une liberté totale, ils n’ont pas été bridé, et du coup ils ont livrés leurs “délires” sans se soucier du reste.
      INLAND avec ses 3h, alors oui, il y a beaucoup de longueurs, mais dans les deux cas, il y a des passages que je trouve géniaux, et je les trouve attachants. Après le fait de les avoir vu au cinéma dans de bonnes conditions aident, surtout dans le cas d’INLAND vu que le travail sur le son était fou. Mais je comprend qu’on se fasse chier devant.

      1. Oh j’ai vu IZO. J’avais trouvé ça sympa dans mon souvenir^^ C’est le guerrier hyper violent condamné à répéter les mêmes crimes ? On le voit même courir sur un ruban de Moebius non ?
        Par rapport à un Inland Empire infect et chiantissime, je préfère^^

        1. C’est celui là IZO. Beaucoup se sont emmerdés devant, car dans le fond, la trame est simple : un gars ne meurt pas, et tue tout ce qui est sur sa route. Donc ça sur 2h10, ça ne plait pas à tout le monde. J’avais beaucoup aimé, même si la première vision m’avait laissé un peu perplexe, j’avais d’ailleurs du rester quelques minutes durant le générique assis sur le canap avec un sourcil levé ahah !
          Rahlala, que de haine envers ce pauvre Inland Empire ! Moi je l’aime bien. Bon, je reconnais que sur les 3h, l’heure du milieu n’est pas passionnante, mais j’adore la première et dernière heure.

          1. Non mais Lynch déjà je suis pas fan du tout. J’y comprends rien. Twin peaks, c’est pas la peine…
            Donc Inland Empire c’est comme si Lynch me disait “je vais faire tout ce que t’aimes pas, en pire”
            Sérieusement je me demande même s’il n’a pas fait son troll sur ce film, juste pour voir si les gens pouvaient supporter tous ses délires.

            1. Ah ben comme quoi on peut être d’accord parfois, car Lynch c’est pareil pour moi ^_^

  6. De Jarmush j’ai vu Ghost Dog et Broken Flowers. C’est tout.
    Je ne saurais dire si j’aime. Ghost Dog est bizarre, avec ses mafieux débiles, le chef ui regarde toujours des cartoons. J’ai pas trop compris le ton du film en fait, si c’est censé être décalé ou drôle ou j’en sais rien. J’ai pas passé un mauvais moment non plus mais j’ai pas bien compris…

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