S’il y a bien une trilogie culte du cinéma de Hong Kong, c’est bien A Better Tomorrow, Le Syndicat du Crime par chez nous, et cette sortie en coffret blu-ray et coffret 4K chez HK Video / Metropolitan va permettre à bon nombre de fan d’upgrader leur édition DVD qu’ils ont sans doute usé jusqu’à la moelle. Mais avant de s’attarder sur les films, revenons-en au commencement car même si tout a déjà été dit sur les films en eux-mêmes, il est important de les replacer dans leur contexte.
Dans la première moitié des années 80, la carrière de John Woo est un peu compliquée, enchainant des films de commande pas toujours très bien accueillies par le public, dans des genres dans lesquels il lui est compliqué de mettre sa patte, en particulier des comédies loufoques comme From Riches to Rags (1980), Plain Jane to Rescue (1982) ou encore Run Tiger Run (1984). C’est en 1986 qu’il va connaitre son premier gros succès en s’associant avec Tsui Hark et le cinéma Cinema City de Raymond Wong, Karl Maka et Dean Shek. De son côté, Tsui Hark n’a déjà quelques jolis succès derrière-lui, aussi bien critiques avec des films comme L’Enfer des Armes (1980), Zu (1983), Shanghai Blues (1984) ou Peking Opera Blues (1986), que public avec par exemple l’énorme carton de Mad Mission 3 (1984) ou les jolis succès de Working Class (1985) et All The Wrong Clues (1981). Il a même créé en 1984 sa propre structure de production, la mythique Film Workshop. Mais Hark a envie de renouveler le polar hongkongais qu’il trouve un peu trop traditionnel et avec John Woo, ils décident de s’inspirer de l’intrigue du film hongkongais The Story of a Discharged Prisoner (1967) pour créer Le Syndicat du Crime, avec un Woo qui tient à y injecter des thèmes qu’il apprécie particulièrement, à savoir le code d’honneur, l’amitié virile ou encore la loyauté trahie. Un mythe était né.

Le budget du Syndicat du Crime est des plus modestes (environ 1.6M$HK) car personne ne semble réellement croire à ce pseudo remake d’un vieux mélodrame. L’histoire suit deux frères, Ho (Ti Lung) et Kit (Leslie Cheung) que tout oppose, le premier est un gangster et faussaire de billets fraichement sorti de prison après avoir été trahit par un de ses subordonnés, le deuxième est un flic loyal qui en veut énormément à son frère de son passé criminel. A cela s’ajoute le personnage de Mark (Chow Yun-Fat, ami très fidèle de Ho, dont le destin va cristalliser le film du début à la fin. Alors que personne n’en attendait rien, Le Syndicat du Crime fait tout péter au box-office local, récoltant pas moins de 34.6M$HK, relançant immédiatement la carrière de John Woo et faisant exploser Chow Yun-Fat qui, jusque-là, était souvent considéré comme le vilain petit canard du box-office. Ce n’est clairement pas l’intrigue qui semble avoir frappé les spectateurs mais bel et bien la mise en scène de Woo qui révolutionne complètement la façon de filmer des scènes de fusillades avec des chorégraphies d’une précision d’horloger, avec en plus des scènes qui restent longtemps en tête (la scène où le personnage de Mark allume une cigarette avec un billet de 100$ par exemple).
Retrouvez ici notre chronique du premier film.

Après le succès du premier film, une suite est forcément très rapidement mise en chantier. On retrouve toujours John Woo à la réalisation, toujours Tsui Hark à la production, et après une pirouette scénaristique, c’est également le retour de Chow Yun-Fat dans un nouveau rôle, Ken, le frère jumeau de Mark qui était décédé dans le premier film. Le Syndicat du Crime 2 est le début de la fin de la collaboration entre Woo et Hark, les deux hommes n’arrivant pas à se mettre d’accord sur la direction que doit prendre cette suite très attendue. Tsui Hark veut un film qui se concentre sur le personnage de Ho, Ti Lung donc, du premier film là où John Woo voulait un film s’attardant plus que les personnages de Ken (Chow Yun Fat) et Kit (Leslie Cheung). Le premier montage de Woo, d’une durée de 2h40 avec une tonalité très proche du premier, est rejeté en bloc par Tsui Hark qui aurait préféré que ce deuxième opus change de direction et propose autre chose qu’une simple continuité de l’original. Leurs brouilles incessantes finissent par accoucher d’un film un peu hybride, avec trop d’humour pour certains, avec trop de scènes de remplissage pour d’autres, mais tous s’accordent pour dire que le long gunfight final est un monument de cinéma rarement égalé dans le genre. John Woo lui-même reniera une très grosse partie du film et la brouille fut telle que Woo ne pu pas réaliser le troisième volet – c’est Tsui Hark qui s’en chargera – et le scénario qu’il avait déjà écrit deviendra finalement un autre film bien connu de tous, le génial et tout aussi culte Une Balle dans la Tête (1990). Le Syndicat du Crime 2 sera malgré tout un joli succès au box-office local, rapportant environ 22.7M$HK
Retrouvez ici notre chronique du deuxième film.

John Woo ayant été écarte par Tsui Hark, c’est ce dernier qui réalise, produit et coécrit Le Syndicat du Crime 3 et il s’écarte complètement du ton et même du genre des deux premiers films. Exit l’heroic bloodshed, Tsui Hark met ici en scène un préquel de guerre plutôt qu’un nouveau polar urbain. Il s’agit donc d’un préquel qui se déroule en 1974 pendant la guerre du Vietnam, à Saigon, et Chow Yun-Fat va reprendre son rôle du premier film aux côtés de Anita Mui et Tony Leung Ka-Fai, deux nouveaux dans la saga. Tsui Hark injecte dans ce troisième opus tout ce qu’il aime dans le cinéma et on se retrouve avec un mélodrame de guerre bien plus romanesque, plus proche de la sensibilité de Hark que les deux premiers films qui aussi bien visuellement et narrativement sortaient plus de l’esprit de John Woo. Considéré par certains comme un opus raté, chef d’œuvre réussi de bout en bout pour d’autres, Le Syndicat du Crime 3 ne laisse clairement pas indifférent et bien qu’il ait quelque part du mal à s’insérer dans la saga à cause de son ton très différent, il n’en reste pas moins un film aux nombreux atouts et même si son score au box-office est le plus faible des trois films, il demeure malgré tout très honorable pour l’époque avec environ 18.5M$HK au box-office de Hong Kong. La romance a ici une place importante avec un personnage féminin fort interprété par Anita Mui, Hark essaie d’expliquer le look iconique que le personnage de Mark arbore dans le premier film et, bien que différente des deux premiers films, la mise en scène est très soignée et bien plus typique des folies visuelles de Tsui Hark. Le Syndicat du Crime 3 est moins débridé, mais on gagne ici en maturité, Malgré tout, force est de constater que les scènes d’action sont loin d’égaler la puissance et l’émotion de celles de John Woo.
Retrouvez ici notre chronique du troisième film.
Le Syndicat du Crime est un des films de Hong Kong les plus importants des années 80, créant à lui tout seul le genre du heroic bloodshed, mais servant également de matrice pour deux des films les plus impressionnants de John Woo, The Killer et A Toute Épreuve. Le film aura d’ailleurs même droit à un remake indien en 1994, Aatish : Feel the Fire réalisé par Sanjay Gupta, un remake coréen en 2010 mis en scène par Song Hae-Sung (avec John Woo en producteur exécutif), et les Chinois feront également leur version en 2018 avec Ding Sheng à la barre. Mais l’impact va au-delà de l’Asie puisqu’au aussi bien Quentin Tarantino ou Robert Rodriguez se sont inspirés du genre heroic bloodshed pour leurs films Reservoir Dogs et Desperado, Luc Besson n’a pas hésité à citer John Woo comme référence pour son succès international Léon et clairement les sœurs Watchowski ont vu en boucle certains des films de John Woo, dont Le Syndicat du Crime, pour leur Matrix, aussi bien pour les fusillades que pour le look de certains personnages. Aujourd’hui encore, aussi dans de la série B que dans des plus grosses productions, il n’est pas difficile de reconnaitre des scènes d’action s’inspirant de films tels que A Toute Épreuve, The Killer et donc bien entendu Le Syndicat du Crime tant les codes établis par John Woo sont reconnaissables immédiatement.

La trilogie Le Syndicat du Crime est disponible en coffret collector blu-ray (74.99€) ou en coffret collector blu-ray 4K (84,99€) au design assez similaire en continuant sur la même lancée, en termes de patte graphique, que leurs précédentes éditions de films de John Woo et/ou Chow Yun-Fat, à savoir un blanc très sobre mais très classe avec des écritures noires. Chacun des trois films est présenté dans un digipack 3 volets, illustré aux couleurs des films, le 2ème et le 3 film ayant droit à un blu-ray bonus rien que pour eux. En plus des trois films, on retrouve un livret de 44 pages sur du papier de très bonne qualité, 9 photos promotionnelles au format carte postale (3 pour chaque film), ainsi que trois posters double face, avec d’un côté une affiche française et de l’autre côté l’affiche originale. Chaque film est proposé en VF et VOSTFR en DTS-HS Master Audio 5.1, au format d’imahe 16/9 – 1.85:1.
Les bonus sont très nombreux et se composent aussi bien d’anciens bonus déjà présents sur l’édition DVD, mais également tout un lot de bonus faits pour l’occasion, provenant soit de l’édition américaine de chez Shout, soit créés par Metropolitan / HK Video comme le désormais classique HK Visited avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon. Il est à noter que sur le disque bonus du 2ème film, on retrouve la copie de travail longtemps perdue contenant plus de 30 minutes d’images inédites. Dans celui du troisième film, on retrouve également le montage taïwanais qui comporte pas moins de 10 minutes en plus.

Voici la liste complète :
Bonus LE SYNDICAT DU CRIME :
– Better than the Best : interview du réalisateur John Woo
– Between Friends : rencontre avec Terence Chang
– Thoughts on the Future : entretien
– Better and bombastic : Gareth Evans à propos du film et de John Woo
– Bandes-annonces
– Galerie d’images
Bonus LE SYNDICAT DU CRIME 2 :
DISQUE 1
– Better than ever : entretien avec l’historien du cinéma Frank Djeng
– Hong Kong Confidential avec Grady Hendrix
– Bandes-annonces
– Galerie d’images
DISQUE 2
– Le Syndicat du crime 2 Workprint : la copie de travail longtemps perdue contenant plus de 30 minutes d’images inédites
– A tumultuous Tomorrow : interview du réalisateur John Woo
– HK revisited avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon
Bonus LE SYNDICAT DU CRIME 3 :
DISQUE 1
– Third time lucky : interview avec les scénaristes Jason Lam Kee-To et Lau Tai-Muk
– All our Tomorrows : l’histoire d’une franchise avec l’universitaire Gilbert Po
– Nam Flashbacks : entretien avec l’universitaire Aurélie Basha I Novosejt
– Hong Kong Confidential avec Grady Hendrix
– Bandes-annonces
– Galerie d’images
DISQUE 2
– Le Syndicat du crime 3 : le montage taïwanais
– Master class de John Woo au Festival Lumière 2025
Bien qu’onéreux pour quiconque a des finances limitées, ce coffret Le Syndicat du Crime est tout bonnement un must have pour les amateurs de la trilogie, pour les amateurs de John Woo et même pour les amateurs de cinéma tout court qui pourront comprendre d’où vient l’inspiration de certains de leurs films d’action préférés. Complète, avec un joli packaging de qualité, cette édition remplacera sans souci votre édition DVD et prônera fièrement sur votre étagère aux côtés des magnifiques éditions de The Killer, A Toute Épreuve ou encore Une Balle dans la Tête.


























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