[Film] Paranoïa, de Steven Soderbergh (2018)

Une jeune femme, convaincue d’être harcelée, est enfermée contre son gré dans une institution psychiatrique. Alors même qu’elle tente de convaincre tout le monde qu’elle est en danger, elle commence à se demander si sa peur est fondée ou le fruit de son imagination…


Avis de Rick :
Soderbergh est un réalisateur qui a toute mon affection depuis son premier film en 1989, Sexe Mensonges et Vidéo, que j’adore. Réalisateur difficile à mettre dans une case, puisqu’il aime beaucoup de choses, traite de sujets hyper variés, et est autant à l’aise dans de grosses productions (les Ocean’s) que des micro budgets (les excellents Bubble et The Girlfriend Experience). Et surtout, Soderbergh aime expérimenter. Et comme il est touche à tout, ça fonctionne la plupart du temps. Oui pas tout le temps, car son Full Frontal qui testait les caméras Mini-DV, j’ai trouvé ça insupportable. Mais comme Soderbergh, en plus d’être réalisateur, est très souvent son propre directeur de la photo et monteur (sous pseudos), il sait ce qu’il veut. Unsane, renommé Paranoïa pour la future sortie Française, c’est une de ses nouvelles expérimentations, son nouveau film à micro budget. Car Unsane, c’est un film au bas budget de 1,2 millions de dollars, soit pas des masses, tourné en seulement 10 petits jours, et surtout, tourné avec un iPhone 7 Plus. Oui, rien que ça. Et vu le sujet de son nouveau film, on peut même dire que le choix de l’appareil n’est pas anodin et permet de renforcer les différentes ambiances du métrage. Nous y suivons Claire Foy, jouant Sawyer Valentini, une jeune femme à problèmes qui nous apparaît dés le départ comme un peu déstabilisée. Froide au travail, souvent seule dés qu’elle n’est pas sur ce lieu de travail sauf pour passer des appels à sa mère à l’autre bout du pays, même ses soirées amoureuses ne fonctionnent pas très bien. Lorsqu’elle va voir une psy et lui raconte une partie de ses problèmes, la chance lui tourne le dos, et en signant un papier sans avoir tout lu, voilà Sawyer enfermée dans un hôpital psychiatrique, entourée de personnages hauts en couleur.

Immédiatement, on comprend que le tournage en mode iPhone 7 permet de semer le doute chez les spectateurs. La folie erre dans les couloirs de cette institution, Sawyer se croit enfermée par erreur. Est-ce le cas, ou non ? Autour d’elle, les personnages semblent fous. On y reconnaîtra d’ailleurs Juno Temple (Magic Magic, Horns, Dirty Girl) en fille assez perchée qui cherche toujours les embrouilles. Les choix de mise en scène de Soderbergh donnent un aspect plutôt étrange à cette première partie, comme si ce que nous voyons est dans un sens trop réel pour être faux. Sans pour autant que l’image fasse vidéo de vacances, loin de là, Soderbergh soignant tous ces cadrages, ainsi que sa photographie, pour livrer un résultat ultra propre mais allant dans le sens du propos du film. Sauf que durant sa seconde partie, le propos change radicalement, sans que l’enveloppe visuelle autour elle ne change, et pourtant, encore une fois, ses choix renforcent une nouvelle fois le propos. Une fois que Soderbergh et ses deux scénaristes ne veulent plus forcément jouer sur ce qui est vrai ou pas, ou disons le clairement, sur le Paranoïa comme l’indique le titre français de l’œuvre, ils rentrent dans le cœur du sujet, certes plus simple sur le papier, mais loin d’être inintéressant, puisque Unsane parle en réalité d’un stalker, David. Après avoir donc égratigné les instituts psychiatriques et le business derrière tout ça, le métrage change et part dans une critique du harcèlement moral voir physique, et surtout, avec sa mise en scène à l’iPhone 7 et son côté réaliste, nous force presque à adopter le point de vue du stalker. Et ça, c’est plutôt déstabilisant. Certains regretteront peut-être ce découpage en deux parties, et cette seconde partie sans doute plus terre à terre, mais elle suit le propos de la mise en scène, et surtout, à mes yeux en tout cas, s’avère bien plus terrifiante, car bien plus réaliste.

Le fait que l’on se dise simplement que cette histoire pourrait nous arriver, à nous, ou un de nos proches, que des stalkers totalement perdus comme ça peuvent vivre dans notre voisinage, voilà quelque chose de bien plus terrifiant qu’un fantôme et un jumpscare putassier dans ta face. Sans pour autant aller dire que Unsane fait peur, ou qu’il est un film d’horreur, il tient plus du thriller qui ne met pas toujours à l’aise, et c’est sa plus grande force. Ou du moins une de ses plus grandes forces, car il y a beaucoup de bien à dire de Unsane. Entre ses acteurs franchement excellents (Claire Foy, Joshua Leonard et Juno Temple en tête), la mise en scène ultra travaillée malgré son format casse gueule au début mais finalement totalement en adéquation avec ce que le film raconte, ses moments durs et de tensions qui augmentent dans la seconde partie du film. Certes, par moment, en embrassant le côté série B volontairement, avec le lieu de l’action même, Unsane ne surprend pas toujours. Oui, dans la première partie, Unsane accumule quelques clichés prévisibles du notamment au lieu (l’hôpital psychiatrique, les fous, le personnage que personne ne croit, et que l’on drogue et isole du coup), mais pourtant, pour moi, ça fonctionne, même si la seconde partie a eu un bien plus grand impact émotionnel. Voir Soderbergh revenir à la mise en scène après une pause, continuer d’expérimenter tout en montrant qu’il n’a rien perdu de son savoir faire, cela me fait de toute manière extrêmement plaisir.

LES PLUSLES MOINS
♥ De très bons acteurs
♥ La mise en scène au service du propos
♥ Par moment déstabilisant
⊗ Quelques clichés prévisibles
note8
Unsane (Paranoïa) n’est sûrement pas le meilleur film de Soderbergh ou le meilleur film sur le sujet, mais il fait bien les choses, et ses choix, autant stylistiques que scénaristiques, sont bien souvent justifiés et donnent un métrage parfois déstabilisant, voir flippant par instant.



Titre : Paranoïa – Unsane

Année : 2018
Durée :
1h38
Origine :
U.S.A.
Genre :
Suspense
Réalisation : 
Steven Soderbergh
Scénario : 
Jonathan Bernstein et James Greer
Avec :
Claire Foy, Sarah Stiles, Joshua Leonard, Juno Temple, Jay Pharoah et Amy Irving

 Unsane (2018) on IMDb


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Paganizer
22 juillet 2018 19:19

En fait, je connais assez peu le cinéma de Soderbergh, en dehors des “Ocean’s” qui sont plutôt pas mal, “Traffic” que je trouve excellent, et le biopic sur Che Guevara avec B. Del Toro qui est très bon, mais dans lequel j’ai eu du mal à rentrer..
Et pourtant je suis assez branché biopic.

En effet, c’est un cinéaste plutôt eclectique et touche-à-tout et ses réalisations sont en général de qualité.
Il faudrait que je me penche sur ce Paranoïa si l’occasion se présente.

Paganizer
23 juillet 2018 2:57

Effets Secondaires, je ne connais pas du tout..à voir donc !
Contagion me tentait quand il est sorti, mais j’ai lu quelques mauvaises critiques qui m’ont fait hésiter, et des amis me l’ont déconseillé en disant qu’il était trop académique et manichéen…donc j’ai un peu zappé du coup !
Mais je le croise souvent en occaz dans les Cash, à 1 ou 2€, donc, ça vaut le coup que je le chope…au pire, si je n’adhère pas, ce sera un moindre mal vu qu’il ne m’aura pas coûté grand-chose.

Matt
Matt
1 août 2018 9:23

Soderbergh est, je l’avoue, un réalisateur que je connais très mal. Je crois que je n’ai vu que son “Traffic” qui commence à dater, même si c’est surement un des films que je préfère sur le thème des cartels de la drogue.

Il est possible aussi que j’ai vu Erin Brockovich mais je ne me souviens pas de quoi parle le film^^

J’avais entendu parler de ce Paranoia justement à cause (ou grâce) à cette idée de filmer le tout avec un iphone. Je ne voyais pas forcément l’intérêt de faire ça à part montrer que c’était possible de faire un film avec du “petit” matériel mais apparemment ça a un intérêt dans le film. Tant mieux.

Ce réalisateur semble en effet avoir une filmo variée. Il a même fait un film de baston/action avec Gina Carano (Haywire). Je me demande ce que ça vaut.