Provinces-Unies d’Amérique, an 2000. La vingtième édition de la Course Transcontinentale est sur le point d’être lancée. Cinq bolides conduits par un couple pilote-navigateur doivent traverser le pays d’est en ouest et marquer le plus de points… en écrasant des piétons ! Le jeune fougueux Machine Gun Joe est déterminé à s’imposer face au héros national Frankenstein. Mais les participants ignorent qu’un groupe de résistants s’est formé afin de mettre un terme à cette ignoble course…
Avis de Cherycok :
J’avais vu les quatre films de la saga Death Race initiée en 2008 par Paul W.S. Anderson. J’avais vu Death Race 2050 (2017) qui est la suite / remake de l’original Death Race 2000, sorti à l’époque chez nous sous le titre La Course à la Mort de l’An 2000. Mais je n’ai jamais vu ce dernier, alors que c’est de lui dont tout est parti. Très joli succès à l’époque, rapportant 14M$US pour un budget inférieur à 1M$US malgré les critiques presse catastrophique, La Course à la Mort de l’An 2000 est une production Roger Corman devenue culte au fil des années, réhabilitée depuis par certains journalistes. C’est quoi Death Race 2000 ? C’est une série B complètement délirante aux forts relents de bande dessinée, tellement généreuse et jouissive dans son délire qu’on lui pardonne aisément ses errances « bis ». Un film qui montre toute l’impertinence et le côté « sale gosse » d’un Roger Corman en pleine possession de ses moyens.

Alors que la sortie du Robberball (1975) de Norman Jewison approche à grands pas, Roger Corman souhaite surfer sur la vague et veut lui aussi un film de sport futuriste. Il achète les doits de la nouvelle Le Pilote (The Racer en VO) de Ib Melchior et va en reprendre les prémisses mais va changer les personnages et les incidents qu’il s’y passe afin de coller à sa vision des choses. Prévu au départ comme un film très sérieux, Corman préfère finalement en faire une comédie noire et fait réécrire le scénario. Après plusieurs refus de la part de Steve McQueen ou encore Peter Fonda pour incarner les rôles principaux, tous jugeant le scénario ridicule, c’est finalement David Carradine, fraichement sorti de son rôle dans la série Kung Fu et voulant changer l’image que la série lui avait donné, et le tout jeune Sylvester Stallone, encore peu connu à l’époque, qui se retrouvent en tête d’affiche. La réalisation est confiée à Paul Bartel, acteur qui s’est aussi essayé à la réalisation avec des films tels que Private Parts (1972) ou Cannonball (1976), et la production est lancée. Tout un tas de voitures sont fabriquées sur mesure à partir de bouts de véhicules existants et on va utiliser des caméras sous dimensionnées afin de donner l’illusion que les voitures étaient plus rapides qu’elles ne l’étaient réellement. Comme ces voitures n’étaient pas autorisées à rouler en ville, une partie du tournage s’est faite à la sauvage, sans autorisation et quand on voit la gueule des engins, ça a dû faire tout bizarre aux passants du coin. Et donc c’est quoi La Course à la Mort de l’An 2000 ? Comme son nom l’indique, c’est une course, qui se déroule dans un futur dystopique, une course où, pour marquer des points, il faut écraser des gens. Plus la victime est jeune ou vieille, plus cela rapporte de points. Un vieux rapporte 100 points, un enfant de moins de 12 ans en rapporte 70, là où un adulte plus classique en rapporte beaucoup moins. Il est à noter qu’à âge égal, une femme rapporte plus de points. C’est une course où c’est chacun pour soir et la rivalité entre les pilotes est grande, entre chambrage, concours de qui a la plus grande, ce qui fera que tous les coups sont permis dans leurs voitures customisées façon Les Fous du Volant. Comme si cela ne suffisait pas, une sorte de résistance s’est organisée contre ces courses retransmises à la télévision, et tout un pan de la population essaie de pirater les signaux vidéo, voire tentent de faire crasher les voitures pour tuer les pilotes.

Les personnages sont bien entendus volontairement très stéréotypés, ce qui rend les courses encore plus cartoons qu’elles ne le sont déjà. En résulte un divertissement aux scènes souvent jouissives, parfois bien violentes, tant elles s’amusent à malmener la bien-pensance, tant le film ne s’interdit pas grand-chose pour y aller à fond dans la satire et dans l’impertinence pur jus. Sans trop en dévoiler, citons par exemple une journée un peu spéciale dédiée à l’euthanasie, des fans qui se sacrifient pour que leur idole ait plus de points, ou encore un public complètement hypnotisé par leur petit à écran à l’idée de voir du sang et des morts. La Course à la Mort de l’An 2000 est radical dans ses idées et ses propos et c’est sans doute ce qui lui a valu d’être descendu en flèche par les critiques de l’époque. Tout le monde en prend pour son grade, du gouvernement américain alors que le pays est en pleine période de dépression à la sortie du film, aux médias dont les maitres mots sont audience et argent, en passant par les évènements sportifs d’envergure ultra populaires aux States mais aussi à leurs commentateurs qui sont tournés en dérision. On retrouvera le même genre de critiques plus tard dans des films comme Running Man ou Marche ou Crève. Ce sont d’ailleurs exactement les mêmes thématiques qui sont abordées dans la suite made in Corman, Death Race 2050 (2017), avec un humour tout aussi bête et méchant, là ou la saga de Paul W.S. Anderson se fait bien plus neutre, bien plus aseptisée. Alors certes, La Course à la Mort de l’An 2000 est bien plus efficace et fun lors des scènes de courses que dans les entre-deux, plus calmes et posés, mais même là, il y a une belle brochette de scènes improbables, voire très funs, qui égratignent pas mal le système en place de l’époque. Cinquante ans après, certains trouveront peut-être le film un peu désuet visuellement, mais le côté « sale gosse » de Corman fonctionne pourtant toujours autant et, quelque part, est toujours complètement d’actualité à une époque où les grandes multinationales prônent l’abrutissement de masse et le contrôle des populations par les médias. C’est sûr, ce n’est pas du grand art, malgré une mise en scène des plus honnêtes, mais La Course à la Mort de l’An 2000 vaut son pesant de cacahuètes et mérite clairement son statut de film culte.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ La satire ♥ Le look des bolides ♥ Le casting qui s’amuse ♥ Les courses ♥ L’ambiance générale |
⊗ On sent les limites du budget ⊗ Un jeu d’acteur pas toujours au top ⊗ Trop gentillet dans la violence graphique |
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| Production Corman culte, La Course à la Mort de l’An 2000 est un gros fuck au système américain en place à l’époque. Un film de sale gosse souvent jouissif, certes kitch mais ô combien fun. Une très bonne petite série B. | |

LE SAVIEZ-VOUS ?
- D’après Roger Corman, plusieurs des voitures fabriquées sur mesure présentées dans le film ont ensuite été vendues à des musées automobiles pour un prix nettement supérieur au coût de leur construction.
- L’apparition du personnage de bande dessinée Judge Dredd a été inspirée par les visuels de David Carradine dans le rôle de Frankenstein dans ce film. Sylvester Stallone, qui incarnait Machine Gun Joe dans le film, incarnera plus tard le juge Dredd dans sa première adaptation cinématographique, Judge Dredd (1995).
Titre : La Course à la Mort de l’An 2000 / Les Seigneurs de la Route / Death Race 2000
Année : 1975
Durée : 1h19
Origine : U.S.A
Genre : Satire fun
Disponibilité : DVD / Blu-ray
Réalisateur : Paul Bartel
Scénario : Robert Thom, Charles B. Griffith
Acteurs : David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove, Louisa Moritz, Don Steele, Joyce Jameson, Carle Bensen





















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