[Film] Kung Fu Soccer, de Stephen Chow (2026)

Suite spirituelle à Shaolin Soccer (2001) du même Stephen Chow, Kung-Fu Soccer suit l’équipe d’Emei, une équipe de foot féminine chinoise qui se donne pour objectif de dominer le football féminin grâce aux arts martiaux chinois. L’équipe menée par Shuangshuang et Yu Long va devoir affronter toute une série d’adversaires aux techniques diverses lors d’un grand tournoi qui va mettre à rude épreuve leur amitié.


Avis de David Vergne :
Chow must go On
Stephen Chow. Pour tout amateur de cinéma de Hong Kong, évoquer son nom suffit pour faire apparaître un sourire. Après quasiment 40 ans de carrière devant et derrière la caméra, cet homme est responsable de certains de mes plus grands fous rires face à un écran. Du concept farfelu à la parodie foutraque, de la romcom au blockbuster friqué, Stephen Chow a enquillé séries B et chefs-d’œuvre, donnant ses lettres de noblesse au mo lei to. From Beijing with Love, King of Comedy, Fight Back to School, Chinese Odyssey, Love on Delivery, God of Cookery… la liste est trop longue. Le gag improbable qui tue, le timing du nonsensique, le pipi caca universel, la méchanceté gratuite mais exaltante, le constat social et la critique assassine de la société hongkongaise, son cinéma a toujours du cœur et toujours au bon endroit, (même si on touche le zizi des petits garçons comme dans King Of Comedy). C’est populaire, engagé, pas toujours tendre avec ses compatriotes ou collègues mais terriblement honnête envers son public.

Quand t’as des acteurs capables de tout (Shaolin Soccer, 2001)

Couplé au savoir-faire local et toujours bien entouré (sa clique d’acteurs habituelle, des chorégraphes (Ching Siu-tung, Yuen Woo-ping), ou réalisateurs (Gordon Chan à Wong Jing)), Chow n’a fait que grandir en tant que réalisateur hongkongais, livrant son magnum opus avec Kung Fu Hustle en 2004. Continuant sur sa lancée de Shaolin Soccer (2001), ce film est la célébration du cinéma d’arts martiaux, le tribut envers ses aînés, l’incarnation de son amour total du cinéma, de la comédie musicale au film de kung-fu en passant par le cartoon live grâce à des sfx enfin au niveau. Chow montrait une nouvelle voie pour le blockbuster local, techniquement à jour, un peu plus poli (Shaolin Soccer était encore un peu gritty et bien plus méchant) mais totalement exportable tout en gardant son identité propre. Puis arrive CJ7 (2010), un projet incompréhensible, un crash artistique. Il rebondira avec son diptyque Journey to the West (2013) avorté (il ne réalisera que le premier volet) et surtout le méga succès de The Mermaid (2016), techniquement dégueulasse mais très énervé et totalement hongkongais dans l’esprit. New King of Comedy en 2017 était sa dernière réalisation avant l’annonce de ce Kung-Fu Soccer. Un glissement vers l’allégeance totale à Pékin, qui prend ici la forme de la monstruosité du divertissement moderne.

Shaolin Sucker

On a donc une fausse suite à Shaolin Soccer, qui s’inscrit dans une démarche dégoulinante d’opportunisme : timing de sortie dans la foulée de la Coupe du monde de foot 2026, réactivation d’un succès vieux de 25 ans avec le retour du réal, et emballage avec agenda du jour et casting full féminin. Le premier film présentait des PERSONNAGES tous cassés, hyper attachants et suintant le malaise de son époque : leurs talents pour leurs boxes respectives étant devenus inutiles dans le HK des années 2000, un monde vendu au capital et à la croissance. Il n’y avait plus de place pour la tradition. C’était le combat du personnage de Stephen Chow, montrer que les arts martiaux pouvaient cohabiter avec la modernité en utilisant la vitrine du football. Il concluait d’ailleurs son film avec les salary men/women utilisant les arts martiaux dans leur quotidien. Oubliez tout ça. Ici, on a une équipe qui sait déjà jouer au foot, et c’est des bêtes de kung-fu avec comme seul objectif de démontrer la supériorité de leur art martial sur tous les autres (coucou Pékin). Et voilà, c’est tout. Pas d’apprentissage (ni foot ni kung-fu), pas de question autour de quoi que ce soit, ni aucun enjeu autre que « c’est nous les plus fortes ».

Le binôme interprété par Zhang Xiaofei et Dilraba Dilmurat a un peu de passif (amis depuis l’enfance, trahison, on s’aime plus, mais en fait si) mais pour le reste, c’est des personnages fonction avec juste un attribut pour faire avancer l’histoire à un moment (l’aveugle rigolote, la bipolaire deus ex machina). Elles ont toutes la même tronche, sont totalement interchangeables et n’ont aucun timing pour l’humour. On ne parlera même pas des adversaires : l’équipe coréenne Ewha, nom d’une université à Séoul, montre des potiches semi-escort/semi-K-pop stars tricheuses et les Australiennes sont des bourrines sous stéroïdes…

C’est un plan du film, pas de FIFA 2012

Toute l’équipe chinoise est par contre irréprochable (coucou Pékin bis). Malheureusement aucune n’existe au-delà de la mignonnerie, ça récite des dialogues de merde dans des situations de merde filmées dans des lieux de merde (un bureau en plastique, une salle de presse en plastique, un vestiaire en plastique) avec une lumière de merde. Il y a bien quelques traces de Stephen Chow via la présence de certains caméo d’acteurs (Carina Lau ou Fung Hun-min) ou certains gags visuels (les tabassages à répétition du coach et la scène où il crache des « pistaches », la blessure du beau gosse de service après avoir reçu des claques et sa fuite de bave, les rares scènes) qui rappellent un peu le Chow qu’on a connu mais c’est environ 3 minutes sur 1h40. Il n’y a aucune impro possible avec des acteurs aussi mauvais, aucun découpage qui marche et encore moins d’idée purement visuelle pour proposer un rire. Tout est plat, étriqué et cheap. Un naufrage. Mais un naufrage High Tech.

High Tech AI

Kung-Fu Soccer est écrit en 2023. Un casting géant est lancé sur toute l’année 2024 pour « trouver des footballeuses et artistes martiaux exceptionnelles » (Spoiler, il n’y aura ni arts martiaux ni football à l’écran). Le tournage se déroule entièrement à Shenzen (du moins dans un entrepôt) de mars à juin 2025. Le film est le plus gros budget de la carrière de Chow avec 400 millions de yuan (50 millions d’euros) et tout ceci fait l’objet d’annonces en fanfare. Jusqu’à ce qu’on apprenne que la moitié du budget est dédiée au SFX générés par IA. Et là, les portes de l’enfer s’ouvrent…

Lors des scènes de match, hormis les actrices (quand ce ne sont pas des doublures numériques chewing-gum comme en 2001) et la pelouse moquette fluo, TOUT est full CGI. On a des tribunes remplies de silhouettes floues multicolores (en rendu 720p FIFA 1997), tous les effets de vitesse, de feu, d’animaux (les immondes chemises tigres et dragons des années 2000 prennent vie lors du climax) ou encore la pauvreté des cadres, tout pue l’IA. Tout est vu et revu, remâché et revomi dans des compositions numériques renvoyant aux heures sombres du cinéma de Roberto Rodriguez. Oubliez le côté cheap et destroy des SFX du premier qui propulsait le film sur le terrain de l’animé, avec une idée par plan, une construction en power up et un narratif autour de mouvements spéciaux (le film de kung-fu quoi). En 2026, c’est une compétition de laideur numérique, qui singe maladroitement quelques idées du premier. Il n’y ici ni substance, ni enjeux ni dramaturgie, juste un enchaînement de plans timer pour faire des reels de 10 secondes sur Tik Tok.

Si encore on était dans la pure vallée de l’étrange et que Chow s’éclatait avec une IA foutraque, on aurait pu avoir un spectacle tout pété mais fun. Que nenni. On a juste un malaise et un ennui profond. Personnellement, j’y ajoute la tristesse de voir Chow me hurler « je m’en bats les couilles de toi spectateur ». Puis arrive le générique de fin, et on voit le « Directed by Stephen Chow » suivi de « Co-directors : Tze-Chung Lam, Zhengyu Lu, Pengfei Qin ». Voilà, Chow a pris la thune, jeté 3 idées et laissé ces coréalisateurs torcher ça avec 3 prompts d’IA (dé)générative. Il enchaîne maintenant sur Kung Fu Hustle 2, projet lui aussi annoncé comme « suite spirituelle », avec cette fois une héroïne dans un cadre contemporain…

LES PLUS LES MOINS
♥ 3 scènes qui ressemblent à du Stephen Chow ⊗ Tout le reste

Après presque une décennie d’attente, le retour de Stephen Chow est un faux film de son auteur, mais peut être un vrai film de l’industrie du futur. Kung-Fu Soccer est d’une tristesse sans larme. Un produit infâme pour nécrophile, moche et techniquement indigent mais surtout pas drôle. Un polissage en règle d’un classique de 25 ans avec les impératifs actuels. Ng Man-Tat doit faire des roulades dans sa tombe.



Titre : Kung Fu Soccer / 功夫女足
Année : 2026
Durée : 1h51
Origine : Chine
Genre : Ratage quasi total
Réalisateur : Stephen Chow
Scénario : Stephen Chow, Hunny Ho, Neil Wong

Acteurs : Zhang Xiaofei, Dilraba Dilmurat, Zhang Yixing, Carina Lau, Hu Yu’an, Sisley Choi, Ai Mi, Xuere, Ni Hao, Hong Lei, Isabelle Zhang, Lai Jiatong, May Li, Wan Yitong


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Auteur : David Vergne

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