[Film] Goké, Body Snatcher From Hell, de Hajime Sato (1968)

Les survivants d’un crash d’avion sont attaqués par une créature alien qui transforme ses victimes en vampires assoiffés de sang.


Avis de Hideko :
Petite pépite de série B de science-fiction japonaise, qui s’écarte des canons du fantastique japonais : il n’y a ni fantômes vengeurs, ni démons féminins (Snow woman de Tokuzo Tanaka), ni Yokai, ni de Godzilla ou autre Gamera. On a ici un « blob » extraterrestre phosphorescent et des soucoupes volantes. Le début commence comme dans un film catastrophe, dans un avion, avec une alerte à la bombe et un tueur, mais des signes annonciateurs nous font entrer rapidement dans la dimension fantastique qui donne tout son sens au film : oiseaux qui s’écrasent contre les hublots et ciel rouge dont se souviendra Quentin Tarantino dans Kill Bill : la scène dans l’avion, lorsque Uma Thurman se rend à Tokyo, reproduit quasiment à l’identique le plan de l’avion sur un ciel rouge qui, dans Goke, précède le crash, avec emploi d’une maquette d’avion (la scène ne dure que quelques secondes).

Si Tarantino fait un hommage évident à ce film imparfait mais étonnant, il est évident que Hajime Sato est influencé, lui, par « le magicien des couleurs » Mario Bava : ciels rouges, créature gélatineuse qui prend possession des passagers de l’avion et les transforme en vampires : la Planète des vampires du grand Mario (qui a inspiré le premier Alien) n’est pas loin, et il faut avouer que le travail des couleurs est très réussi : par exemple les ciels rose orangé lors de l’atterrissage forcé ou le monochrome rouge ultra saturé du générique – mais à la différence de Bava, Sato procède plutôt par surimpressions et trucages optiques (la soucoupe qui semble flotter au-dessus du décor), là où le réalisateur italien fait surtout confiance à son génie de l’éclairage et aux décors. Certaines de ces incrustations optiques font d’ailleurs penser à Hausu, le film culte de Obayashi : par exemple le plan très kitsch de la soucoupe volante jaune et rose qui emplit tout le champ, et le premier personnage « aspiré » qui se détache de manière très graphique, comme un dessin découpé et collé au-dessus du décor – technique très employée par Obayashi (un rapprochement d’autant plus troublant que, lorsque Hausu est sorti en 1977, il était accompagné d’une adaptation du scénario sous forme de roman… écrite par Hajime Satō ! Les deux films ont d’ailleurs été projetés le même soir lors d’une séance à l’Egyptian Theatre de Los Angeles le 23 septembre 2009).

Un autre aspect intéressant du film est sa référence aux horreurs de la guerre, qui lui donne un arrière-fond politique : Hiroshima à plusieurs reprises, et la guerre du Vietnam (une jeune américaine est dans l’avion pour aller récupérer le corps de son mari, un GI tué par des bombes au napalm). Les séquences construites avec des photogrammes teintés en rouge de la guerre du Vietnam qui défilent rapidement (et font penser aux montages de Fukasaku dans les années 70) donnent au ciel rougeoyant du début ainsi qu’au monochrome du générique une valeur traumatique, qui prendra tout son sens dans le final apocalyptique. Il est dommage que les trouvailles graphiques ne parviennent pas à s’articuler à une mise en scène qui devient vite répétitive et trop terne, surtout dans la deuxième partie. Mais le final apocalyptique, avec une terre décimée par les envahisseurs, est excellent. L’image de la bombe, encore sur une pellicule teinte en rouge, nous ramène au contexte historique et politique que nous avions perdu en cours de route. Il est probable que les photographies, à la fin du film, soient celles de corps gisants à Hiroshima ou Nagasaki, preuve une fois de plus que le cinéma japonais n’a jamais cessé d’être hanté par cette catastrophe originelle.

LES PLUS LES MOINS
♥ Le travail des couleurs
♥ L’influence de La Planète des Vampires de Bava
♥ Les incrustations très kitchs
♥ Le final post-apocalyptique
⊗ Une mise en scène terne
⊗ Quelques longueurs

Goke, Body Snatcher from Hell est bien un film catastrophe, autant qu’un film de science-fiction, mais c’est d’une catastrophe réelle qu’il parle et qui pourrait déboucher un jour, nous prévient le réalisateur, sur une véritable apocalypse.



Titre : Goké, Body Snatcher From Hell / 吸血鬼ゴケミドロ
Année : 1968
Durée : 1h24
Origine : Japon
Genre : SF / Horreur
Réalisateur : Hajime Sato
Scénario : Kyuzo Kobayashi, Susumu Takaku

Acteurs : Teruo Yoshida, Tomomi Satō, Hideo Kō, Masaya Takahashi, Nobuo Kaneko, Eizō Kitamura, Yūko Kusunoki, Kazuo Katō, Hiroyuki Nishimoto, Toshihiko Yamamoto


5 1 vote
Article Rating

Auteur : Hideko

S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire