[Film] Yellow River Fighter, de Cheung Sing-Yim (1988)

Ma Yi est un maître d’arts martiaux vivant à la fin de la dynastie Tang. Après avoir sauvé un prince, il provoque la colère d’un seigneur cruel qui massacre sa famille et son village. Animé par la vengeance, Ma Yi traverse un pays ravagé par les guerres et les complots politiques, affrontant de redoutables ennemis tout en cherchant justice.


Avis de Cherycok :
Dans les années 70 et 80, Hong Kong domine outrageusement le cinéma d’arts martiaux avec des chorégraphies très travaillées et/ou ultra rapides, avec l’avènement de Jackie Chan et autres Sammo Hung, des cascades modernes. Mais la Chine continentale tente d’imposer malgré tout son propre style, peut-être plus académique et imprégné de wushu. On a par exemple pu le voir avec la saga Shaolin qui a révélée Jet Li. C’est au metteur en scène Cheung Sing-Yim, qui a réalisé Shaolin Temple (1982) ou Kids From Shaolin (1984), à qui on doit cette « mise à jour » du cinéma martial chinois, et en 1988 il revient avec Yellow River Fighter, porté par l’excellent Yu Cheng-Hui (le méchant de Shaolin Temple), très bon film à la croisée du drame historique et de l’épopée chevaleresque qu’on pourrait regarder comme un Shaw Brothers des années 70 mais avec les techniques des années 80 et qui préfigure la nouvelle vague de wu xia pian du début des années 90 à Hong Kong. Un petit joyau méconnu ? Pas loin…

Lorsqu’on regarde Yellow River Fighter, il est facile de voir les inspirations de Cheung Sing-Yim. Les scènes d’action mettant en scène de nombreux cavaliers armés semblent renvoyer au cinéma d’Akira Kurosawa, en particulier Ran (1985) qui a rencontré un joli succès en Chine. Le héros qui devient aveugle une grande partie du film semble faire écho à la célèbre saga des Zatoichi et son masseur aveugle. Enfin, on sent que Cheung Sing-Yim s’est inspiré du western spaghettis dans l’ambiance générale du métrage, avec ces paysages désertiques, avec ce personnage qui aurait très bien pu être interprété par Clint Eastwood si on avait été en Italie dans les années 60, ou tout simplement ce dernier plan final et son héros s’en allant au loin avec le coucher de soleil. Le film est porté par un génial Yu Cheng-Hui qui, par son énorme charisme et ses talents martiaux assez impressionnants, crève l’écran à chacun des plans. Il arrive à apporter à cet épéiste vengeur une grande dignité et une certaine gravité et souvent, sans même aucune parole, il est très facile de savoir par quelles émotions passe son personnage. Le casting dans son ensemble est intéressant. On regrettera juste que le sidekick dont le héros se voit affublé, bien qu’utile à plusieurs reprises dans le film, devienne rapidement énervant, possédant tous les tics et clichés des habituels side-kick qui sont là pour amener une touche d’humour au film. Souvent gesticulant, parlant beaucoup et fort pour pas grand-chose, il est clairement le seul point réellement négatif du film, bien qu’il devienne plus intéressant lors du dernier acte, lorsque le film change de direction pour adopter un ton plus sombre. Oui, le seul point négatif car tout le reste du film fait preuve d’un vrai sérieux et d’une réelle efficacité au point que j’affirme sans trembler des genoux que Yellow River Fighter fait partie des meilleurs wu xia pian de Chine Continentale.

Déjà, visuellement, Yellow River Fighter se démarque des autres films du genre. Il y a ces déserts magnifiques, certes, mais aussi ces décors glacés qui donnent à certaines scènes un look détonant et cette fameuse « rivière jaune » du titre, impressionnante par son débit d’eau, en particulier lorsque les protagonistes se battent juste devant. Le film se fait coloré, lorgnant même du côté de la Shaw Brothers et leurs décors « carton-pâte » pastels le temps de quelques scènes, et il est réellement agréable pour les yeux. Les scènes avec de nombreux figurants sont assez impressionnantes, comme par exemples ces charges à cheval lors de l’introduction et on sent que tout a été fait pour que Yellow River Fighter ait un minimum de gueule. On sent le savoir-faire technique derrière ce film qui avait clairement envie de rivaliser avec ses homologues hongkongais passés. Le savoir-faire, il est également là au niveau des très nombreuses scènes d’action. Certes, les combats montés avec de très nombreux figurants pourront paraitre parfois un peu brouillon, mais lorsque le nombre de protagonistes est réduit, c’est du tout bon. Les combats sont nerveux, intenses, dynamiques et privilégient l’efficacité au spectaculaire. Les combattants vont utiliser tout un panel d’armes plus (griffes d’ours accrochées à des chaines) ou moins (sabres et lances) exotiques et Yellow River Fighter se fait parfois même relativement violent, voire gore, le temps de quelques plans, et se montre même sans pitié avec les personnages. Il faut dire que le film se démarque par son intrigue assez sombre et même déprimante dans son dernier acte, et personne ne semble jamais à l’abri d’une mort soudaine et atroce, comme si là aussi le film voulait se démarquer de la norme. Vraiment, Yellow River Fighter est une très bonne découverte et est vivement conseillé à tous ceux qui croient qu’ils ont fait le tour des wu xia pian et on regrette que la Chine ne nous ait pas donné plus de films de cet acabit dans les années 80/90.

LES PLUS LES MOINS
♥ Visuellement réussi
♥ Les nombreux combats
♥ Yu Cheng-Hui, très charismatique
♥ Un film ambitieux
♥ Bien rythmé
⊗ Le side-kick énervant
⊗ Les combats montés un peu brouillons

Yellow River Fighter est un excellent wu xia pian chinois capable de rivaliser avec les meilleurs représentants du genre hongkongais. Une bien jolie surprise du réalisateur du Temple de Shaolin et de sa suite.

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • Yu Cheng-hui, qui incarne le héros du film, est connu pour ses rôles de méchant et pour être un « maître de l’épée ». Yu Chenghui a commencé à pratiquer les arts martiaux dès son plus jeune âge ; il est un disciple de l’école de la Mante. Il a souvent été sollicité comme chorégraphe d’action pour des films wuxia avant de se lancer progressivement dans le cinéma. Yellow River Fighter est le premier film dans lequel il incarne le personnage principal.


Titre : Yellow River Fighter / The Fourth Disciple / 黃河大俠
Année : 1988
Durée : 1h35
Origine : Chine
Genre : Wu Xia
Disponibilité : DVD (import)
Réalisateur : Cheung Sing-Yim
Scénario : Wong Mak-Chuen

Acteurs : Yu Cheng-Hui, Chunyu Shan-Shan, Jin Demao, Wan Qiong, Zhao Zhi-Gang, Ji Chun-Hua, Yu Hai, Sun Jian-Kui, Liu Huai-Liang, Hu Jian-Qiang, Hung Yan-Yan


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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