[Film] Her Vengeance, de Lam Nai Choi (1988)

Après avoir tenu tête à une bande de malfrats à son travail, une jeune femme se fait agressée puis violer par cette même bande en représailles. Décidée à se venger, elle ira chercher de l’aide auprès d’un ancien ami devenu paraplégique. S’ensuit alors une quête de vengeance sanglante, enragée et désespérée..


Avis de John Roch :
En lançant Her Vengeance, il est légitime de s’attendre à une œuvre qui livre son lot de délires improbables tel que le grand, l’unique, le pape du Bis et grand fou de Lam Nai-Choi (ou Lam Ngai Choi, Nam Nai Choi, bref appelez le comme vous voulez) a le secret. Son CV comporte tout de même les démentielles Septième malédiction, La Légende du Phoenix, Erotic Ghost Story ou encore The Cat et The Story of Ricky, alors vous pensez bien qui si le sieur se lance dans le genre du rape and revenge avec un remake de la production Shaw Brothers de 1973 Kiss Of Death, on peut s’attendre à tout. Et pourtant, Her Vengeance est certainement le film le plus calme de Lam Nai-Choi, mais aussi le moins délirant (ou le moins débile c’est selon). Pas de quoi fuir, si Lam Nai-Choi accouche ici d’une œuvre qui ne correspond pas vraiment à ce qu’il a l’habitude de balancer, il n’en reste pas moins un chouette rape and revenge pas dénué d’intérêt, et de choses improbables parce que c’est bien connu : chassez le naturel, il revient au galop.

Her Vengeance est donc un rape and revenge classique, avec son viol et la vengeance qui en découle, dans la plus pure tradition du cinéma U.S des années 70 à La Dernière Maison Sur La Gauche et autres I Spit on Your Grave. Ici la vengeance de Chieh Ying, violée suite à une altercation avec cinq malfrats qui lui refilent par-dessus le marché une maladie vénérienne. Et puisque par le plus grand des hasards ces derniers sont aussi responsables de la mort de son père, elle obtient la bénédiction de sa sœur pour les faire payer avec l’aide de Hung, ancien frère d’arme du papa mais aussi ancien fiancé de la sœurette. Alors oui, toute cette histoire est grosse et improbable, pourtant Lam Nai-Choi va s’en servir pour créer, et réussir à instaurer, un coté dramatique. Il est d’ailleurs intéressant de noter et de souligner, on parle de Lam Nai-Choi et d’un catégorie 3, que le réalisateur expédie sa scène de viol en un temps record, sans complaisance aucune pour se focaliser avant tout sur son héroïne. Afin d’accomplir sa vengeance, Chieh Ying va changer de vie et reprendre le dessus sur son viol en trouvant un nouveau travail, en se faisant une amie, un petit copain et renouer des sortes de liens familiaux en la personne de Hung. Un nouveau gout à la vie contrebalancé par un sentiment de vengeance toujours présent qui va reprendre le dessus, avec tout ce que cela va apporter de conséquences sur son nouvel entourage. Un personnage torturé donc, campé par une Pauline Wong qui donne une vrai dimension Jekyll and Hyde dans son interprétation, entre le bonheur et la réalité de la violence quotidienne du monde, ce que ne manque pas de rappeler le développement en parallèle des cinq bad guys qui trempent dans des affaires louches qui vont du braquage au porno clandestin, bien qu’il faut reconnaitre que ces derniers, parmi lesquels sont présents Shing Fui-on, Kelvin Wong et Billy Chow, donnent dans le surjeu total. Dans Her Vengeance, il est donc bien question de Sa vengeance peu importe ce qu’il en coute, en témoigne un plan final loin d’être anodin et plutôt triste.

Passé ce côté dramatique qui fonctionne mais occasionne des longueurs en milieu de métrage, Her Vengeance reste un rape and revenge. Et de ce côté, on est servi. Non pas que le film soit ce qu’il y a eu de plus fou dans la catégorie 3, il est d’ailleurs relativement soft dans son domaine. Il n’empêche que Chieh Ying n’y va pas de main morte pour en finir avec ses antagonistes : oreille arrachée, pendaison à la ceinture, acide balancé à la tronche, pioche plantée en plein dos… Her Vengeance réserve son petit lot d’éclats de violence, qui culminent dans les dix dernières minutes complétement folles. Car peu importe si Lam Nai-Choi ait tenté de faire un film sérieux, chassez le naturel il revient au galop. On a donc le droit à des moments assez étranges, comme cette scène où Chieh Ying apprend d’un gynécologue légèrement fêlé qu’elle a le SIDA (rien n’est clair sur la maladie qu’elle a) part en vrille, ou ce moment où tout le sérieux du monde, elle demande à son nouveau boy-friend si sa blennorragie (la chaude pisse donc, quand je vous dis que sa maladie est indéterminée…) ne le dérange pas. Des notes d’humour que l’on peut qualifier de noires, de foirées, ou assumées dans un premier degré total, tant Her Vengeance ne prête pas à rire dans sa globalité. Mais la cerise sur le pompon, c’est Hung, interprété par Lam Ching-Ying. L’acteur et chorégraphe reste ici un pratiquant du Kung-Fu, mais en chaise roulante. Pourtant personnage tout aussi sérieux que le reste du métrage, il est pourtant impossible de ne pas pouffer de rire devant son entrainement au drift et à l’écrasement de cafard sur le toit d’un immeuble, ou de rester bouche bée face aux dix dernières minutes, pur monument d’action à la HK où sa chaise roulante sert d’arme fatale dans un cabaret qui renferme bien des surprises, et où l’expression prendre à la gorge prend tout son sens. Rien que pour ces dernières minutes de folie, Her Vengeance mérite le détour. Il serait cependant dommage de passer à côté de la subtilité dont Lam Nai-Choi fait preuve pour traiter son histoire.

LES PLUSLES MOINS
♥ Le coté dramatique qui fonctionne
♥ Pauline Wong est vraiment impeccable dans son rôle
♥ Les dix dernières minutes de folie
♥ Lam Ching-Ying
⊗ C’est un peu long
⊗ Passé Pauline Wong, ça surjoue à mort quand même
Quelle bonne surprise que ce Her Vengeance. Malgré quelques longueurs, Lam Nai-Choi prouve ici qu’il était capable de donner dans le Bis pur sans pour autant en oublier son histoire et son coté dramatique. Porté par une Pauline Wong habitée par son rôle, le métrage est tout aussi touchant que par moments improbable. Un film surprenant à plus d’un titre.

LE SAVIEZ VOUS ?
• il existe deux version du film: l’une de 75 minutes et l’autre de 85 minutes. Cette dernière contient des scènes supplémentaires mais est expurgée de toute violence. Une version non officielle dite uncut de 92 minutes peut être désormais trouvée.



Titre : Her vengeance / Xue mei gui
Année : 1988
Durée : 1h32
Origine : Hong Kong
Genre : Rape and Revenge
Réalisateur : Nam Lai Choi
Scénario : Suet Lai Woo

Acteurs : Pauline Wong, Lam Ching Ying, Elaine jin, Kelvin Wong, Fui-On Shing, Ming-Wai Chan, Shao-Chia Chen, Billy Chow

 Her vengeance (1988) on IMDb























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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Nasserjones
20 mai 2022 12:49

Un petit classique de la cat3 hongkongaise qui jouit d’une petite réputation dans le cercle des fans HK. J’en entends souvent y compris sur des sites anglophones.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Nasserjones
20 mai 2022 13:11

Vu y’a 20 ans et j’avais aimé à l’époque. Si mes souvenirs sont bons, j’avais mis 7 ou 7.5/10. C’est cool que tu ressortes ce film John 😉

Dr_Gonzo
Dr_Gonzo
21 mai 2022 12:35

Toujours pas vu celui-là, il serait temps

Feroner
Reply to  Dr_Gonzo
21 mai 2022 19:13

Pareil et j’ai ça sur mon PC depuis une éternité.

Rick
Administrateur
Reply to  Dr_Gonzo
21 mai 2022 20:11

Et bien nous sommes trois, je l’ai depuis des années et jamais lancé.

Dr_Gonzo
Dr_Gonzo
26 juin 2022 11:48

Excellent Rape and revenge. Toujours un plaisir de voir Lam ching ying. Même en fauteuil roulant, il assure, suffit de voir la scène où il s’entraîne et la scène de fin. D’ailleurs cette scène est assez trippante avec la préparation en amont des pièges à la MacGyver.
On est loin de certains films délirants du réalisateur (que j’adore) mais le film se tient bien dans l’ensemble et est très efficace dans son genre. J’aimerais bien une sortie en Blu Ray pour celui-ci.