[Film] The Stuff, de Larry Cohen (1985)

Un nouveau produit fait fureur dans les familles américaines : The Stuff, une sorte de yaourt dont le succès touche tout le pays. Mais cette substance, à l’origine inconnue, provoque chez ceux qui la consomment une violente addiction. Un enquêteur, mandaté par des industriels de l’alimentation, va tenter d’en savoir plus.


Avis de Cherycok :
Des films avec de la nourriture qui tue, il y en a eu quelques-uns. Parmi les plus célèbres, on pourra par exemple citer Le Retour des Tomates Tueuses, dans lequel on retrouve George Clooney (1988) dans un de ses premiers rôles, les très Z L’Attaque de la Moussaka Géante (1999), qui vaut un visionnage rien que pour son titre, The Gingerdead Man (2005), dans lequel un bonhomme en pain d’épice fait un certain nombre de victimes, ou encore plus près de nous le japonais Dead Sushi (2012) et ses sushis qui ne vont pas se laisser manger comme ça, ou encore le décevant mais bien barré L’Attaque des Donuts Tueurs (2016). Oui, je sais, tous ces titres font rêver. Mais il y en a un dont j’entends parler depuis longtemps et que je n’avais jusque-là jamais pris la peine de regarder, c’est The Stuff (1985) et son yaourt / crème glacée qui fait des victimes dans tous les States. Oui, vous avez bien lu, un yaourt tueur. Enfin, c’est plus compliqué que ça mais c’est comme ça que ça a été vendu. C’est réalisé par le très intéressant Larry Cohen, ça a au fil des années acquis un statut de film culte, et ça vient fraichement de sortir chez nous en blu-ray chez Rimini Editions. Laissez-vous tenter, c’est aussi délicieux que ça en a l’air.

The Stuff est un film qui a mis longtemps à se concrétiser et qui a surtout eu une production chaotique. En 1983, on entend parler du projet avec un budget de 10M$, mais au fur et à mesure, le budget s’amenuise, passant un an plus tard à 3.5M$ pour finir à 1.7M. Sans doute que les producteurs se sont finalement dit qu’un film avec un yaourt qui allait rendre accro voire tuer les gens qui l’ingurgitaient, c’était peut-être un peu osé de lui donner 10M$. Mais Larry Cohen (Le Monstre est Vivant, Epouvante sur New-York) semble s’en accommoder, bien qu’il n’arrive pas à réunir le casting qu’il souhaite au départ, la production lui imposant en plus certains acteurs un peu plus bankables. Budget bien plus riquiqui que prévu, toute l’équipe va devoir faire preuve d’ingéniosité et de débrouille pour mettre en scène les plans impliquant des effets spéciaux, les économies seront de mise dès qu’il y en aura l’occasion, mais Larry Cohen tient les délais et le film sort dans les temps. Malheureusement, The Stuff est loin d’être un succès, la faute peut-être à une promotion qui le vendait comme une bobine horrifique, alors qu’il tient clairement plus de la comédie satirique. Car oui, derrière cette histoire de yaourt, dont on garde la recette secrète, rendant les gens accrocs, au point de ne plus se nourrir exclusivement de ça, mais qui au final ronge de l’intérieur ceux qui l’ingurgitent, se cache une critique et une satire mordante de la société américaine, du consumérisme de l’époque de Reagan, en particulier de la malbouffe et de toute la publicité qu’il y avait autour. Une époque où la nourriture industrielle vide de sens séduisait plus par son marketing que par sa véritable nature (ici, une forme de vie sortant du sol de la Terre sans qu’on sache pourquoi ou comment). The Stuff arrive à parfaitement retranscrire cet aveuglement collectif face à un produit dangereux mais extrêmement rentable, comment la population est manipulée par la publicité, pour au final un film bien plus intelligent et impertinent qu’il n’y parait, façon film de sale gosse dans lequel Larry Cohen vise juste en jouant à fond la carte de l’ironie et qui aujourd’hui encore, à une époque où la malbouffe est rentrée dans les mœurs, reste très pertinent.

Avec son budget réduit plus de 5 fois par rapport à ce qui était prévu, Larry Cohen assume pleinement le statut de série B de son film et y va à fond, entre le personnage complètement barré qui sert de héros au film, scènes improbables avec cette mélasse blanchâtre, et effets spéciaux pratiques souvent réussis et qui n’ont pas trop vieillis à part quelques incrustations un peu hasardeuses. The Stuff déconstruit complètement la figure du héros, avec ici un personnage central qui est clairement une grosse raclure, un enquêteur privé désabusé et cynique, à moitié alcoolique, uniquement motivé par l’argent, incarné à la perfection par un Michael Moriarty (Pale Rider, A l’Epreuve du Feu) qui semble s’amuser comme un petit fou en livrant une performance excentrique assez savoureuse. Les personnages secondaires sont dans la même veine et participent à l’identité un peu étrange du film. En termes de réalisation, Larry Cohen propose quelque chose de propre et soigné, qui vaut clairement le coup d’œil pour ses effets pratiques avec des effets spéciaux signés par David W. Allen (Hurlements, Puppet Master) et Jim Danforth (Le Choc des Titans, Invasion Los Angeles), deux spécialistes entre autres de la stop-motion qui se sont occupés ici des marionnettes, mais aussi des effets de mouvement du fameux yaourt The Stuff lorsque celui-ci se déplace et/ou attaque, allant jusqu’à même concevoir une pièce capable d’être tournée dans tous les sens afin que le spectateur ait l’impression que le yaourt s’accroche au plafond ou monte sur les murs. Huit tonnes de mousse anti-incendie ont d’ailleurs été utilisées pour représenter ce « stuff » se déplaçant et faisant des victimes. Oui, une fois de plus, c’est le système D qui prime, mais un système D qui, comme dit plus haut, rend bien à l’écran malgré quelques incrustations foireuses de personnages en premier plan. Ces petits ratés des SFX donnent un côté parfois un peu brouillon à l’ensemble, mais cela participe au final au charme de ce genre de production 80’s qui n’avaient peur de rien, qui osaient un peu tout tant que l’idée de départ faisait délirer. Nous sommes d’accord que The Stuff n’est clairement pas un chef d’œuvre du 7ème art, ni même un indispensable du cinéma horrifique des années 80. Mais en se montrant plus intelligent que la moyenne, en osant aller à fond dans la satire sociétale avec un ton irrévérencieux, il s’avère être un très bon divertissement qui vaut clairement le coup d’œil.

LES PLUS LES MOINS
♥ La satire réussie
♥ Une bonne mise en scène
♥ Le système D pour les effets spéciaux
♥ Des personnages funs
⊗ Quelques SFX vieillots
⊗ Un montage parfois chaotique

S’imposant plus comme une charge virulente contre les dérives du capitalisme américain des années 80 que comme un vrai film d’horreur, The Stuff a acquis au fil des années un statut de film culte et s’avère être un vrai bon divertissement.

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • Qu’il s’agisse des industries pharmaceutiques, des agences gouvernementales, du FBI, de l’industrie agroalimentaire ou des médias, Larry Cohen s’est fait une spécialité de retourner les codes du cinéma de genre contre le pouvoir et les grandes entreprises. Une posture proche de celle de George Romero, avec qui il partage cette capacité à faire de l’horreur populaire un vecteur de critique sociale mordante, souvent teintée d’un humour noir très new-yorkais.


THE STUFF est sorti le 7 août 2026 chez Rimini Éditions en édition collector limitée blu-ray + dvd au prix de 24.99€. Il est disponible à l’achat ici : Fnac.com

16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 1.85:1 – Anglais / Français DTS-HD Master Audio Mono – Sous-titres français

En plus du film, on y trouve : Livret de 24 pages écrit par Marc Toullec, Présentation du film par Mylène Da Silva de la chaîne Welcome to the Primetime BITCH (13’24).


Titre : The Stuff
Année : 1985
Durée : 1h27
Origine : U.S.A
Genre : Yaourt tueur
Réalisateur : Larry Cohen
Scénario : Larry Cohen

Acteurs : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Scott Bloom, Danny Aiello, Patrick O’Neal, James Dixon, Alexander Scourby, Russell Nype, Gene O’Neill


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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