Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage…
Avis de Cherycok :
Malgré son premier film passé inaperçu, DRIB (2017), le norvégien Kristopher Borgli fait une entrée assez fracassante au Festival de Cannes en 2022 avec Sick of Myself, un film corrosif qui allait à fond dans la satire et qui a même remporté le Grand Prix Nouveau Genre à l’Étrange Festival. Le film lui ouvre les portes d’Hollywood et, appuyé par Ari Aster (Hérédité, Midsommar) et le studio A24, il signe son premier film américain avec Dream scénario (2023), avec Nicolas Cage, autre satire de la société américaine un poil moins convaincante mais tout aussi caustique et inconfortable que le précédent. Il revient cette année, toujours sous la houlette de A24 et Aster, avec The Drama, un film qui a dû déstabiliser tous ceux qui, à la vue de l’affiche avec Zendaya et Robert Pattinson complices et souriants, sans s’être renseigné, ont crû qu’ils allaient voir une comédie romantique un peu cul-cul. Oui, dans le fond, c’est une comédie romantique. Sauf que passé à la moulinette de Kristopher Borgli et son goût pour la satire sociale malaisante, le résultat est tout autre…

The Drama est clairement un des succès surprises de ce début d’année 2026, engendrant pas moins de 130M$US au box-office mondial pour 28M$US de budget et, oui, il a dû en surprendre certains avec son scénario qui ose beaucoup de choses, et surtout qui ose aller là où ça pique, là où ça gratte, et un réalisateur qui prend un malin plaisir à éviter que le spectateur s’installe dans un certain confort. Le film nous raconte la semaine au départ idyllique d’un couple éperdument amoureux qui précède leur mariage. Il l’aime, elle l’aime, rien ne semble pouvoir égratigner cet amour. Et pourtant, un jour, alors qu’ils font la dégustation du menu du mariage avec un couple d’amis qui sont également leurs témoins, quelque chose va venir bousculer toutes les certitudes, changer le regard de certains, et potentiellement mettre en péril leur mariage. Etant donné que The Drama mise sur un évènement précis qui va changer tout le cours de l’histoire, nous resterons ici volontairement vague sur l’évènement en question et sur ce qui va suivre. The Drama joue la carte de la bombe à retardement. On devine que, suite à l’évènement en question qui va tout changer, que ça va péter, et que ça va péter fort. On ne sait pas quand ni comment, mais en attendant que le film arrive, ce goût prononcé du réalisateur de mettre le spectateur dans le même inconfort que ses personnages va prendre tout son sens dans un film qui va à la fois être sombre, tordu, mais aussi parfois assez bouleversant. La satire va ici être féroce et Kristoffer Borgli, comme dans ses précédents films, va gratter le vernis pour faire ressortir les peurs, les angoisses, les incertitudes et les travers de ses personnages, ici un couple idéal issu de la bourgeoisie. J’ai pu lire que The Drama était « une grenade dégoupillée enveloppée dans du papier cadeau », et cette expression représente parfaitement ce qu’est le film. Borgli va gentiment démolir tous les codes de la comédie romantique et va poser de vraies grandes questions thématiques que peu ont jusque-là osé aborder et surtout traiter de la sorte. Avec sa culture norvégienne très différente des Etats-Unis, il va proposer une vision bien à lui des institutions américaines et aborder des thématiques qui peuvent clairement piquer un peu au point d’interroger le spectateur lui-même. Que ferait-on si on était à la place de tel ou tel personnage ? Est-ce qu’on peut vivre normalement après ce genre de révélation ?

The Drama parle de racisme, de violence scolaire, de puritanisme moral, des impulsions humaines les plus sombres, de comment des personnages apparemment très ouverts d’esprits paniquent dès qu’on vient ébranler leurs certitudes. Le film force ses personnages à juger, mais quelque part il force également le spectateur à juger, comme s’il nous tendait un miroir un peu cruel. En faisant avouer au personnage d’Emma quelque chose d’inavouable, il révèle le pire chez les autres, l’hypocrisie chez ses amis qui vont juger sans se poser de questions, mais aussi le désarroi chez Charlie avec qui elle vit, qui va rentrer dans une spirale dans laquelle il ne semble plus pouvoir sortir, le plongeant dans un cauchemar éveillé en pleine guerre psychologique avec sa future femme, avec cette question qui arrive forcément « Est-ce qu’on connait finalement la personne avec qui on partage notre quotidien ? ». Comme Kristoffer Borgli sait manier cet humour malaisant à la perfection et qu’il arrive à garder malgré tout un bon équilibre entre ton léger et thématiques sombres, on ne peut s’empêcher de rire, certes jaune, devant certaines scènes, et ce en partie grâce au talent du duo Robert Pattinson / Zendaya. L’alchimie entre les deux acteurs est palpable, mais surtout ils livrent une prestation de très haut niveau. Zendaya est tout en retenue et arrive parfaitement avec un regard, une posture ou un silence à faire ressentir la colère, la perte de dignité ou la honte de son personnage. Pattinson est génial en homme qui se découvre terrorisé, amoureux certes, mais quelque part pris au piège, perdant petit à petit le sens commun au fur et à mesure que la date du mariage approche. On va se mettre tour à tour à la place de chacun d’eux et aucun n’a une place agréable et confortable, tout comme le spectateur qui va lâcher des rires gênés, comprenant que lui aussi a droit à la poudre à gratter que le réalisateur s’amuse à saupoudrer sur son scénario et ses personnages. La mise en scène intelligente et millimétrée de Kristoffer Borgli va elle aussi dans ce sens, n’hésitant pas à appuyer là où il faut quand il faut pour accentuer le malaise, aussi bien par l’image, avec des plans travaillés où les personnages ne sont pas toujours en bonne posture, mais aussi tout un travail sur la musique qui sait parfaitement quand elle doit appuyer ou, à l’inverse, se faire plus silencieuse car, oui, le silence créé souvent lui aussi le malaise. Lorsque le final arrive, alors qu’on pensait qu’on ne pouvait pas aller plus loin dans ce malaise avec un réalisateur qui va utiliser l’humour non pas pour désamorcer quelque chose mais pour rendre la tension encore plus tordue, on est encore plus surpris par la gêne mémorable dans laquelle il fourre ses personnages, et nous avec par conséquent. Et dans un paysage cinématographique saturé de films souvent moralement asceptisés, The Drama fait sincèrement du bien tant il nous fait passer par toutes les émotions sans jamais se retenir. Oui, ça pique, ça gratte, mais quand un film nous fait ressentir plein de choses, c’est qu’il a réussi son pari non ?

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Un excellent duo d’acteurs ♥ La mise en scène intelligente ♥ Un inconfort assez jouissif ♥ L’implication du spectateur ♥ La tension qui monte crescendo |
⊗ Une ultime scène qui pourra diviser ⊗ Un inconfort qui ne plaira pas à tous |
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| Avec The Drama, Kristoffer Borgli signe un film dans la lignée de Dream Scenario et Sick of Myself. Le film va diviser tant il provoque, perturbe et met le spectateur dans l’inconfort tout en l’amusant et en lui amenant de l’émotion. Oui, c’était vraiment très bien. | |

LE SAVIEZ-VOUS ?
- La partition complète a été enregistrée avec seulement 3 joueurs de flûte dans les studios d’Abbey Road en une journée.
- Le film de Louis Malle auquel le personnage de Charlie fait référence à propos du gars qui tente de rejoindre la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondial, qui est rejeté et qui devient un collaborateur nazi est Lacombe Lucien (1974).
Titre : The Drama
Année : 2026
Durée : 1h45
Origine : U.S.A
Genre : Fausse Rom-Com
Disponibilité : DVD / Blu-ray
Réalisateur : Kristoffer Borgli
Scénario : Kristoffer Borgli
Acteurs : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie, Hailey Gates, Sydney Lemmon, Hannah Gross, Anna Baryshnikov, Jordyn Curet, Michael Abbott Jr.


















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