[Film] Stand By Me, de Rob Reiner (1986)

Gordie Lachance se souvient. En ce lointain été 1959, en Oregon, il a 12 ans et, avec ses trois inséparables copains, Chris, Teddy et Vern, il se lance dans une expédition peu banale : retrouver le corps de Ray Brower, un adolescent porté disparu. Tous quatre espèrent ainsi faire la une des journaux…


Avis de Cherycok :
Stephen King écrit en 1982 Different Seasons, un recueil de quatre nouvelles dont trois ont été adaptées au cinéma. Rita Hayworth and Shawshank Redemption a donné en 1994 The Shawshank Redeption, sorti chez nous sous le titre Les Évadés ; Apt Pupil a accouché de Apt Pupil (1998), Un Élève Doué en France ; The Body a été adapté sous le titre Stand By Me en 1986. Et je ne découvre ce dernier qu’aujourd’hui, 40 ans après sa sortie. Adepte de quiz sur le cinéma, Stand by Me est une jaquette que je voyais souvent passer, toujours refroidi par le fait que les héros étaient des enfants, car la seule chose de pire qu’un acteur qui joue mal, c’est un acteur enfant qui joue mal. Mais à force de le voir passer, je me suis dit que j’allais mettre mes aprioris de côté et me lancer. Parce que Stand By Me a quand même un statut de film culte outre-Atlantique. Après visionnage, la première question qui m’est venue en tête était « Pourquoi je n’ai pas vu ce film avant !?! ». Oui, j’aurais aimé le découvrir en même temps que des titres désormais culte pour moi comme Les Goonies, Willow ou Les Gremlins, lorsque j’avais 9/10ans dans les années 80/90 (bouh le vieux !). Parce que Stand By Me, c’était vraiment très bien et cette œuvre mélancolique sur l’amitié et la fin de l’enfance m’a embarqué avec elle de la première à la dernière seconde.

Stand By Me est réalisé par Rob Reiner qui signe ici son troisième film juste avant ses cultes Princess Bride (1987) et Quand Harry Rencontre Sally (1989). Stand By Me est souvent comparé aux Goonies de Richard Donner sorti un an avant et le rapprochement est effectivement facile à faire. Dans les deux films, il est question d’un groupe d’enfants qui partent à l’aventure à la recherche de quelque chose qui n’a pas encore été trouvé et qui vont se retrouver confrontés à un groupe d’adultes qui cherchent la même chose. Mais ça, c’est sur le papier seulement car on se rend vite compte que le film de Rob Reiner est souvent l’exact opposé du film de Donner. Oui, les deux films parlent malgré tout souvent de la même chose, abordant par exemple tous les deux les thèmes de l’amitié, celui du passage de l’enfance à l’adolescence, de la confrontation avec le monde des adultes, de la marginalité et du fait d’accepter les différences, avec des enfants qui vont comprendre au cours de leur périple que leur enfance est en train de leur échapper. Sauf que là ou Richard Donner, sous la houlette de Steven Spielberg, nous pond un film riche en aventures extraordinaires, avec grottes, pièges, bateau pirate, et autre trésor faramineux, Rob Reiner va privilégier la nostalgie, la mélancolie, dans un film qui a une vraie gravité cachée sous son humour et son énergie. Les deux films nous racontent un parcours initiatique, oui, mais Stand By Me l’aborde sous un angle réellement différent. Ici, le véritable sujet est la mort, celle qui fascine les jeunes enfants lorsqu’ils se lancent dans leur périple. Ils veulent trouver le corps de cet enfant disparu avant tout le monde afin de devenir les héros de leur petite ville et pouvoir vivre une histoire qu’ils pourront raconter plus tard, mais la découverte qu’ils pensaient exceptionnelle va finalement faire ressortir toute leur fragilité, modifiant à jamais leur façon de voir le monde. Si le film fonctionne autant, c’est parce qu’il est raconté à hauteur d’enfant. Le narrateur est certes un des enfants qui a depuis bien grandi, il raconte malgré tout cette histoire avec ses souvenirs à lui, ses souvenirs d’enfant de 12 ans. Le travail sur l’écriture de ce quatuor d’enfants d’ailleurs est à saluer, à la fois simple et étonnement soigné, chacun ayant une histoire bien à lui, une fragilité qui lui est propre et une manière différente de réagir à la violence du monde qui les entoure.

Le casting est d’ailleurs remarquable. Si on analyse les dialogues froidement, ils sont souvent très écrits, parfois volontairement un peu trop grossiers ou à l’inverse beaucoup trop philosophiques pour sortir de la bouche d’enfants de cet âge. Et pourtant, les jeunes acteurs leur donnent une telle spontanéité qu’ils semblent devenir parfaitement naturels. Dans un groupe d’amis garçons comme le film nous le présente, on veut souvent passer pour plus mûr que son âge, et c’est sans doute la raison des insultes ou de certaines postures beaucoup trop adultes qu’ils ont, peut-être par mimétisme de ce qu’ils voient, mais leurs réactions physiques et leurs moments de paniques face au danger et aux imprévus rappellent constamment leur âge. Et on prend un réel plaisir à non pas les voir vivre des aventures spectaculaires dans des décors qui le sont tout autant à la façon des Goonies, mais juste à les voir marcher le long de ce chemin de fer, à se raconter des histoires autour d’un feu de camp en pleine forêt, à essayer de se mettre la tête sous l’eau alors qu’ils viennent de tomber dans un marais plein de sangsues, à se confier les uns aux autres sur leur famille dysfonctionnelle le temps d’un tour de garde. Stand By Me ne cherche clairement pas à multiplier les péripéties et une grande partie du récit est justement consacré à ces longues marches, à ces discussions, à ces disputes. Il n’y a pas d’évènement majeur dans le film, simplement une histoire qui se consacre sur l’amitié. L’aventure avance au rythme des enfants et si la réalisation de Rob Reiner est si simple, si classique, ne cherchant jamais le spectaculaire ou à caser des effets de style, c’est justement parce qu’elle est au service de ses personnages. Elle veut les faire vivre dans le cadre, au rythme de leur voyage et de leurs émotions. Même le climax, la découverte du corps, n’est jamais empreint d’un triomphe quelconque, il est au contraire mis en scène comme une désillusion. Ce qui va suivre est d’ailleurs très doux-amer. Cette aventure a soudé les quatre amis, mais ils se sont également rendu compte que cela les a transformés pour toujours. Oui, on pourra reprocher au film d’avoir une vision parfois très idéalisée de l’amitié, et certaines scènes semblent d’ailleurs là uniquement pour provoquer une réaction émotionnelle forte chez le spectateur. Mais la sincérité des acteurs, la cohérence avec laquelle les différentes thématiques du film sont abordées, et cet équilibre quasi parfait entre l’humour et la noirceur de certaines scènes font de Stand By Me un film à voir au moins une fois pour tout amateur de cinéma.

LES PLUS LES MOINS
♥ Le quatuor d’acteurs principaux…
♥ Des personnages très attachants
♥ La réflexion sur le passage à l’âge adulte
♥ La mise en scène au service des personnages
♥ Une bande originale excellente
⊗ … mais des seconds rôles peu développés
⊗ Une intrigue trop classique ?

Stand By Me est un film à la fois drôle, cruel et mélancolique, dont les plus grandes forces sont sa simplicité et sa richesse émotionnelle. Un récit initiatique à la fois proche et aux antipodes des Goonies, et surtout un film profondément attachant.



Titre : Stand By Me / Compte sur moi
Année : 1986
Durée : 1h29
Origine : U.S.A
Genre : Récit initiatique
Réalisateur : Rob Reiner
Scénario : Stephen King, Raynold Gideon, Bruce A. Evans

Acteurs : Will Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O’Connell, Kiefer Sutherland, Casey Siemaszko, Gary Riley, Bradley Gregg, Jason Oliver Lipsett, Marshall Bell


5 1 vote
Article Rating

Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire