Alors qu’une étrange brume engloutit une métropole futuriste et libère une présence mortelle insaisissable, une jeune femme troublée part à la recherche de son père. Au cours de cette quête, son destin croise celui d’un GI américain engagé dans un voyage désespéré pour arracher sa fille de l’Enfer.
Avis de Rick :
Quand le festival de Cannes a annoncé son line-up pour 2026 avec l’annonce du nouveau film de Nicolas Winding Refn, j’étais, comme certains, aux anges. Car son dernier long métrage, il date de 2016, 10 ans déjà, c’était The Neon Demon. Et car souvent, le festival de Cannes est, pour Refn, un bon indicateur des goûts du public, des critiques, et des miens. Only God Forgives en 2013 a été hué, le public n’a pas suivi, et j’ai adoré. The Neon Demon a été un poil mieux reçu, mais est passé finalement totalement inaperçu. Refn, depuis 10 ans, il s’était réfugié dans le monde des séries TV, lui permettant d’expérimenter plus tout en continuant à affiner son style visuel. Ce qui donnait souvent aux deux séries qu’il a livrées, Too Old to Die Young pour Amazon et Coppenhagen Cowboy pour Netflix, un style bien à lui, des qualités grandes, mais aussi déjà des grosses lacunes, et des signes de fatigues. Oui, visuellement, c’était fou, mais finalement c’était exactement ce qu’on attendait du réalisateur. Scénaristiquement, un peu la même chose, avec des personnages peu bavards, des histoires simples, de la violence, du sexe, mais aussi un attrait de plus en plus prononcé pour l’abstrait. Ce qui était parfois, ironiquement, un bon point, et un très mauvais. Un bon car sur une série TV, excédant pour la première les dix heures, il y avait un point d’encrage suffisamment fort pour que le public s’accroche. Oui, c’était souvent lent, étiré à l’extrême, mais certains épisodes de Too Old To Die Young restent pourtant gravés dans ma mémoire (les épisodes 1, 3, 4 et 5 notamment). On bascule plus facilement dans l’absurde et l’abstrait lorsque l’on a quelque chose à laquelle se raccrocher, comme une histoire simple mais limpide, des personnages simples dont on comprend les motivations, à défaut de les valider. Une durée longue permet donc tout ça, et ce même si pour les deux séries, Refn se plantait à chaque fois sur l’épisode final, en laissant toute la place à l’abstrait, et donc, en nous donnant limite une sensation de foutage de gueuler. Un « tout ça pour ça » ? Son retour au cinéma avec une durée courte (1h50 ici) était bon signe. Le résultat n’en est que plus décevant. Car je voulais l’aimer son Her Private Hell, tous les voyants étaient même au vert. D’où l’immense déception. Si son film ne sera pas le pire de l’année, il restera ma plus grande déception de l’année.

Pourtant oui, tous les voyants étaient au vert. Le style habituel du réalisateur, avec mouvements de caméra lents et atmosphériques, personnages parfois peu bavards, néons bleus et roses en pagaille. Et puis il y avait aussi par-dessus le verni visuel la musique de Pino Donaggio, dont les musiques pour certains Brian De Palma restent encore aujourd’hui parmi mes musiques de films préférées. Si en plus, on met devant la caméra de Refn la jeune Sophie Thatcher, qui se fait de plus en plus remarquer par le public et le milieu, entre Heretic et Compagnion, c’était super. Et il ne faut pas oublier la promesse initiale du métrage en prime, sources de grands fantasmes, avec la promesse d’un slasher (ou giallo, vu les couleurs), où un tueur en cuir tue des jeunes femmes, le tout mixé avec de la science-fiction, puisque le tout se déroule dans une étrange ville futuriste entourée par une brume tout aussi étrange. Seulement, passé les premières minutes il est vrai magistrales, entre les plans d’ensemble, la musique, la première apparition de Sophie Thatcher, puis la découverte de quelques environnements, entre néons agressifs et décors à la géométrie étrange mais parfaitement adaptés à l’univers, le tout s’effondre bien vite. On a souvent reproché à Refn d’avoir des scénarios tenant sur un post-it, depuis son Guerrier Silencieux en 2009 (Drive en 2011 est presque l’erreur de parcours en fait). Et dans le fond, c’est le cas. Que ce soit l’histoire de son guerrier vikings qui se lance dans un voyage, son conducteur silencieux qui tombe amoureux, le cycle de la violence dans un milieu mafieux en Thaïlande ou bien les méfaits du milieu de la mode, les histoires chez Refn sont toujours très simples, et ce depuis son premier film, Pusher. La différence, c’est que l’on peut toujours trouver en fond des motifs et thèmes venant donner de l’épaisseur, à l’univers ou aux personnages. Her Private Hell semble privé de ça et ne ressemble qu’à une coquille vide, très belle à regarder et très agréable à écouter, mais qui ne raconte rien, nous laisse constamment à sa porte, et n’hésite pas à aller dans l’abstrait le plus total, en tournant le dos aux conventions habituelles du cinéma (la narration, tout ça), mais en ne comblant tout ça avec rien du tout.

Il y aura bien, à intervalle régulier, quelques moments pour venir nous sortir de notre torpeur, ou de notre ennui, comme le premier meurtre, assez surprenant dans sa violence et rappelant, dans la pratique, quelques œuvres d’Argento ou de De Palma (l’héroïne voyant le meurtre de loin, à travers sa fenêtre), ou alors le final, qui lui parvient à faire monter la sauce, majoritairement grâce à la musique de Pino Donaggio, toujours en forme, mais ces moments sont trop éparpillés, et ne servent ni un propos, ni une histoire, pas même un personnage ou une ambiance. La promesse de giallo, ou de slasher, elle est d’ailleurs souvent balayée puisque Refn semble finalement trop peu intéressé par cet aspect, préférant aller par moment jusqu’à se caricaturer lui-même (ce que beaucoup lui reprochaient déjà depuis des années, et là pour la première fois, je suis d’accord avec eux). Une caricature qui amène parfois des fautes de goût, mais aussi un rythme batard, car puisque le spectateur n’a rien pour se raccrocher, les 1h50 du métrage deviennent longues et interminables. Ce n’est pas faute de multiplier les personnages, les points de vue, de tenter de caser plusieurs intrigues personnelles dans le métrage, en plus du mystérieux tueur, et d’un univers entier à poser, mais la sauce ne prend pas puisque les scènes s’enchainent sans forcément tenter de nous accrocher autre que par des lumières et des sons. Alors oui, le résultat est triste, quelques images marquent vraiment la rétine, Sophie Thatcher est comme souvent très bien, mais tout ça, c’est au service au final d’un métrage qui n’a pas grand-chose à raconter, tout en tournant intégralement le dos au côté bis des genres auxquels il veut rendre hommage. Oui, les meurtres sont rares, la violence pas si radicale que ça, tout comme la sexualité en réalité, comme si Her Private Hell avait honte de ce qu’il était censé être, et tentait donc maladroitement de tout vouloir intellectualiser. Et se plante dans les grandes lignes.

| LE MEILLEUR | LE PIRE |
| ♥ De très belles images ♥ La musique de Pino Donaggio ♥ Sophie Thatcher dans le rôle principal ♥ Quelques bonnes scènes, il faut bien l’avouer |
⊗ Un film creux et vide ⊗ Un rythme lancinant raté ⊗ Plusieurs intrigues qui ne mènent à rien ⊗ Un côté abstrait prononcé mais vain ⊗ Caricatural parfois, des fautes de goût par endroit aussi |
| Après 10 ans d’absence au cinéma, Nicolas Winding Refn revient avec Her Private Hell, et se plante. S’il est toujours là pour livrer une esthétique bien connue (et réussie), a pu en plus avoir quelques noms salvateurs devant et derrière la caméra, ça ne cache pas qu’il continue sur sa lancée après ses deux séries, allant plus loin dans l’abstrait, mais en réduisant tout ça sur un métrage de cinéma, il retire tout ce qui permet au public d’entrer dans son univers. Ne reste donc que le vide. | |

Titre : Her Private Hell
Année : 2026
Durée : 1h50
Origine : Danemark / Etats Unis
Genre : Retour médiocre au cinéma
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Nicolas Winding Refn et Esti Giordani
Avec : Sophie Thatcher, Charles Melton, Havana Rose Liu, Kristine Froseh, Kutsuna Shiori, Yamada Aoi, Dougray Scott, Diego Calva et Nishijima Hidetoshi
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