[Film] Southland Tales, de Richard Kelly (2006)

2008, Californie. Une attaque nucléaire surprise a précipité l’Amérique dans la guerre. Pour répondre à la pénurie de carburant, la compagnie US-ident élabore un générateur d’énergie inépuisable, qui fonctionne sur les flux de l’Océan mais altère imperceptiblement la rotation de la Terre. Bientôt, la réalité s’en trouve bouleversée, en particulier les vies de l’acteur d’action amnésique Boxer Santaros, de l’ex-star du X Krysta Now et des frères jumeaux Roland et Ronald Taverner, dont le destin se confond avec celui de l’humanité toute entière…


Avis de Rick :
C’était le soir d’Halloween, et plutôt que de ressortir les classiques que je connais par coeur (oui, j’avais prévu de regarder Halloween, Hellraiser et Possession), j’ai décidé de ressortir un film mal aimé, et que forcément, j’adore ! Richard Kelly, après son premier film en 2001, qui n’était nul autre que le chef d’œuvre Donnie Darko, avait tout ce qu’il lui fallait. Une bonne réputation, la confiance des studios, un chef d’œuvre derrière lui. C’est en 2005 qu’il commence le tournage de son nouveau projet : Southland Tales, réunissant un casting pour le moins surprenant : Dwayne « The Rock » Johnson dans le rôle d’un acteur amnésique, Sarah « Buffy » Michelle Gellar dans le rôle d’une ex star du porno et Sean « American Pie » William Scott pour les rôles de deux jumeaux, et des seconds rôles nombreux et savoureux, et tout aussi inattendus, allant de Mandy Moore à Justin Timberlake en passant par Christophe Lambert. Le film sera alors présenté au festival de Cannes de 2006, et reçu un accueil glacial, l’œuvre étant considérée brouillonne, trop longue (2h40), parfois incompréhensible et immature.

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Tout l’inverse de Donnie Darko. Il faut dire que la copie présentée était une copie de travail non finalisée au niveau des effets spéciaux. Universal qui avait les droits se débarrasse du film, racheté par Sony. Le film reparti alors pendant un an avec son réalisateur en salle de montage (le deal était d’écourter un peu le métrage contre plus d’argent pour les effets visuels). Comment toute la crédibilité d’un réalisateur peut-elle s’écouler en un instant ? CANNES ! Entièrement remonté, c’est le 9 novembre 2007 que le film fit alors son apparition sur les écrans américains, dans un tout nouveau montage de 2h24. À l’arrivée, on se prend une grosse claque, tant le film est varié, traite de différents sujets, les acteurs sont tous à contre-emploi, tout le monde manipule tout le monde, la fin du monde approche, la réalité rejoint la fiction, et l’œuvre s’avère beaucoup plus mature et complexe que ne l’était Donnie Darko, tout en faisant preuve la plupart du temps d’un humour bon enfant et de scènes WTF parfois proches du nanar et pourtant, Southland Tales n’a rien du nanar !.

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Tout commence par une sorte de vidéo de vacances. C’est une fête, les gens boivent, rigolent. Nous sommes en 2005, tout va pour le mieux, jusqu’à une attaque nucléaire au Texas. Après cet évènement, nous sommes invités à suivre via différents écrans de télévisions l’avancement de la situation mondiale, de la troisième guerre mondiale, de fin 2005 à Mi-2008. Le procédé fait d’ailleurs penser à Starship Troopers. L’histoire commence véritablement, nous sommes en 2008, et bien que beaucoup de choses semblent futuristiques, le futur n’est pas si différent de notre monde actuel, avec les élections qui auront lieu l’année qui vient, la manque de liberté. Une voix off nous guide, celle de Justin Timberlake, et nous présente l’aventure qui nous attend : nous allons suivre le parcours de Boxer Santoros. Ce jeune homme, joué par Dwayne Johnson, est un acteur, amnésique, qui avait disparu en plein désert du Texas. Là, il se réveille sur la plage, à Los Angeles. Avec Krysta Now, une ex-star du porno se reconvertissant dans des shows télévisés, il a écrit un scénario racontant la fin du monde à travers les yeux d’un flic de Los Angeles, paranoïaque schizophrène ayant un don. À entendre Santoros expliquer son personnage, de vagues souvenirs du précédent film de Kelly nous viennent à l’esprit, comme si le personnage que l’on nous décrit, il s’agissait de Donnie Darko, plus âgé. La ressemblance avec l’œuvre s’arrêtera en partie là, même si les deux films racontent la fin du monde, et finalement, nous racontent l’histoire d’une faille dans le continuum espace-temps. Pour pouvoir atteindre un niveau de réalisme dans son histoire (celle du film que Santoros veut tourner, pas le film en question), au niveau de son interprétation future et de sa réalisation, vu qu’il compte également le réaliser, Santoros va demander à un flic de l’emmener en patrouille. Ce flic, ce sera Roland, mais les choses se compliquent, puisque Roland est manipulé pour un groupe politique, et que son frère jumeau, Ronald, est retenu en otage.

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Le film va alors se transformer en chassé-croisé politique, militaire et comique. Nous ne vivons plus dans un monde sûr, nous sommes sur écoute en permanence, nous sommes filmés, des gardes sont sur les toits des immeubles armés de fusils plutôt sophistiqués avec une très longue vue. Tout le monde va servir ses propres intérêts, et ce ne sera pas toujours facile de différencier les enjeux de chacun dés la première vision du métrage, voir même la seconde, tant celle-ci se fait dense (parfois trop). Une chose est sûre : la fin du monde approche. La faute à un nouveau générateur d’énergie canalisant le flux de l’océan, et empêchant par la même occasion la rotation de la Terre. Aucun doute à ce sujet, la politique de l’Amérique en prend un sacré coup, et les personnages au pouvoir ne sont pas tout roses. Chacun agira pour lui, et Santoros se retrouvera vite perdu, d’autant plus qu’il sort d’une amnésie, et que son passé va refaire surface au fur et à mesure de l’avancée de cette longue et tortueuse histoire. Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être, et le spectateur n’a pas fini d’être surpris, entre l’histoire complexe, les personnages savoureux évoluant dans cette histoire sérieuse et pourtant entrecoupée d’humour, et les différents personnages secondaires.

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Parmi eux, on trouvera Justin Timberlake en vétéran de la guerre d’Iraq, passant maintenant son temps au bord de la plage avec son fusil, Holmes Osborne (qui jouait le père de Donnie Darko) en sénateur, mais également la chanteuse Mandy Moore en épouse de Santoros et fille du sénateur et Christophe Lambert en vendeur d’armes qui n’accepte pas les chèques. Mais fournir une œuvre aussi dense et complexe de 2h24 était un pari très risqué, que Richard Kelly parvient avec brio à relever, grâce à une maîtrise de la mise en scène, du montage, et des émotions que celui-ci véhicule, ainsi que des notes d’humour fort bienvenues. Ainsi, en plein contexte sérieux, voir même par moment dramatique, le film nous montrera une publicité ou deux voitures s’accouplent et y prennent beaucoup de plaisir, ou une femme menaçant de se suicider demandant à Santoros de baisser son pantalon en pleine rue pour que celle-ci puisse lui faire une fellation. Southland tales se révèle donc une œuvre réfléchie et intelligente, dont tous les secrets ne se révéleront pas d’eux même à la première vision, mais qui néanmoins n’a jamais peur de franchir les limites, celles du bon goût. On n’échappera pas à certains défauts, à force de vouloir en faire trop cependant, certains moments paraissant un peu brouillons. Divertissement, œuvre politique, comédie musicale, science fiction, anticipation, drame, tout est là, avec un casting surprenant. L’œuvre pourra parfois se révéler un peu brouillonne, mais étrangement, c’est cela qui lui donnera tout son charme. Sans oublier la bande son signée Moby, magique !

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LES PLUSLES MOINS
♥ Un film passionnant et ambitieux
♥ La musique de Moby
♥ Les différents acteurs souvent à contre-emploi
♥ Le magnifique final
⊗ Quelques moments brouillons
Un film extrêmement ambitieux dans sa construction, son histoire, et ses différents personnages. Le fond politique et ce jeu de manipulation est intéressant, d’autant plus que l’émotion est présente. La bande son signée par Moby continue de prolonger le plaisir. Une œuvre inoubliable dont il faudra plusieurs visions pour en percer les différents mystères, si l’on adhère.

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southland-talesTitre : Southland Tales
Année : 2006
Durée : 2h24
Origine : U.S.A.
Genre : Science Fiction
Réalisateur : Richard Kelly
Scénario : Richard Kelly

Acteurs : Dwayne Johnson, Sarah Michelle Gellar, Sean William Scott, Kevin Smith, Beth Grant, Janeane Garofalo, Mandy Moore, Christophe Lambert, Holmes Osborne, Miranda Richardson et Justin Timberlake

 Southland Tales (2006) on IMDb


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Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

5 Comments

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  1. Tient alors encore un film « lisse, fade, censuré ».

    Putain dix comme ca file d’accord avec ta critique on en prend plein la tronche pendant 2h20 et quel pied super original, fou, bien réalisé avec des personnages pas possible.

    J’entend pas mal de gens qui ce plaignent du manque d’originalité des film de studio et quand il y en a un il ce fait massacrer va comprendre.

    Mai il fait quoi Richars Kelly rien depuis 2009.

  2. Je viens de supprimer tes commentaires au mauvais endroit 😉

    Oui sans faire exprès en plus, ça rebondit plutôt bien sur le fameux com…

    Vrai que ça fait 10 ans, que ça passe vite bordel. C’est exactement la réaction que j’ai eu en revoyant ce film. Quand on nous sert enfin un produit différent, mais en plus bien foutu et couillu, on se plaint encore… Je n’ai de plus jamais vraiment compris les critiques assassines pour ce film. On peut ne pas y adhérer je comprend, mais de là à le descendre en flèche en critiquant son propos, sa mise en scène, les acteurs, je sais pas, c’est juste de l’acharnement…

    Kelly depuis THE BOX (que j’avais moyennement aimé, je devrais lui laisser une seconde chance), il n’a rien réalisé je crois, juste lancé sa boite Darko Entertainment (qui a produit de supers trucs comme GOD BLESS AMERICA). L’accueil pas forcément bon (autant en critique que au box office) de SOUTHLAND TALES et THE BOX a du calmer un peu sa carrière et rendre les financements plus difficiles à trouver, dommage 🙁

  3. The box j’aime bien très sage rien d’exceptionnel mais une bonne idée et puis cette fin putain quand même.

    Kelly plus de film mais si il en produis de bon c’est déjà pas mal.

     

     

  4. Je vais devoir me le refaire, je n’ai aucun souvenir de la fin… Je me souviens que par contre, la reconstitution d’époque, jusqu’aux couleurs utilisées, était très réussie.

  5. Honte à moi. J’ignorais jusqu’à l’existence même de ce film. Je vais essayer de le visionner dans un futur proche !

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