Bristol, les années 1800. Issu d’un milieu modeste, Jem Belcher rêve depuis sa plus tendre enfance de marcher dans les pas de son grand-père. Comme lui, il veut vivre de ses poings. S’il bénéficie de ses conseils, sa mère l’avertit que ce n’est pas vraiment un exemple à suivre, celui-ci ayant aussi tendance à boire et à végéter au plus bas de l’échelle sociale. Tout change lorsque, à 19 ans, Jem croise le chemin de Bill Warr, un entraîneur en quête de talents à former. Bien que ce dernier tienne sa promesse en faisant de lui un champion, Belcher cède en même temps à l’ivresse des plaisirs de la bonne société londonienne…
Avis de Cherycok :
Depuis le succès planétaire de Rocky (1976), bien qu’il y en ait eu quelques-uns avant, les films de boxe ont eu le vent en poupe et ça fait presque 50 ans qu’on en voit fleurir régulièrement. Les cinq suites de Rocky, bien entendu, mais aussi des titres tels que Raging Bull, Million Dollar Baby, La Rage au Ventre, Fighter, Ali, Hurricane Carter, The Boxer, … et la liste est encore longue. Il y a les grandes réussites, qui sont devenus rapidement cultes. Il y a les ratés, qui parfois n’ont au final rien compris à la boxe. Et puis il y a des films comme Prizefighter, qui tente de faire les choses bien, qui est mené par quelqu’un qui a la boxe dans le sang et qui veut rendre hommage à ce sport brutal mais au final ô combien noble, mais qui, en plus d’une production chaotique, se prend les pieds dans les cordes et finit au tapis. Sans parler- de ratage total, Prizefighter est de ses films maladroits, trop imparfaits pour retenir réellement l’attention à défaut de proposer quelque chose d’intéressant.

Matt Hookings est un acteur gallois qui a commencé en tant que cascadeur sur des machines hollywoodiennes telles que Maléfique, Edge of Tomorrow ou encore Kingsman. Il a également fondé Camelot Films Limited en 2013, une société de production basée à Londres et à Malte qui a produit des films tels que Winter Ridge (2018), Classified (2024) ou encore prochainement The Awakening (2025). Mais Matt Hookings est aussi et surtout le fils de David « Bomber » Pearce, un éminent champion britannique de boxe poids lourd décédé en 2000 alors que Hookings avait 11 ans. Forcément, ce lien familial avec la boxe a profondément influencé sa passion pour ce sport et rapidement, il se met à imaginer des projets autour de la boxe. Il lui vient l’idée de faire un film sur les débuts de la boxe, et plus particulièrement un film explorant la vie de Jem Belcher qui est devenu au début du 19ème siècle le plus jeune champion du monde de tous les temps (encore aujourd’hui). Il produit le film, il en écrit le scénario, et il se donne le rôle principal, comme pour rendre hommage à son père décédé. Après quelques aléas de production, comme des soucis de finances manquantes, le film est prêt. Malheureusement, personne ne semble en vouloir et il ne sort dans les salles obscures qu’en Russie où il n’arrive qu’à engendrer 150000$ de recettes. Dans les autres pays du monde, c’est directement en VOD, sur Amazon Prime, que le film sort, puis finit par sortir en format blu-ray comme chez nous tout récemment sous la houlette de BQHL. Prizefighter est donc un biopic et on sent que Matt Hookings essaie de faire les choses bien. Déjà, situer son histoire dans une époque habituelle pour un film de boxe est assez osé, tout comme raconter l’histoire d’un boxeur certes mythique mais complètement inconnu du grand public. S’attribuer le rôle d’acteur principal, de scénariste et de producteur lui permet également d’amener sa vision à lui des choses sur le film, d’y injecter ses idées à lui. Et des idées, le film en a, mais malheureusement, il ne les exploite presque jamais et confier la réalisation de son bébé à Daniel Graham (Opus Zero, The Obscure Life of the Grand Duke of Corsica), obscur réalisateur de DTV, n’était pas le choix le plus judicieux.

Alors oui, il y a des choses sympathiques dans Prizefighter, à commencer par la présence de Russel Crowe (Gladiator). Certes, ce dernier ne semble pas toujours à fond dans ce qu’il fait et se contente de faire ce qu’il sait faire sans grand entrain, son charisme et sa présence massive font qu’il apporte toujours quelque chose aux films dans lequel il apparait. Certes, son temps de présence est limité mais qu’importe. On pourra également souligner la réussite du film pour dépeindre le côté sordide de la vie dans l’Angleterre Victorienne où la classe supérieure, raffinée et distinguée, utilisait les souffrances de la classe ouvrière comme source de divertissement. Malheureusement, il y a beaucoup d’ombres au tableau à commencer par Matt Hookings qui n’est au final pas très convaincant, manquant clairement de charisme pour incarner ce genre de personnage principal dont on raconte la vie. Certains personnages secondaires sont également tout bonnement sacrifiés, sans aucun développement. Un biopic du genre a besoin de développement, d’un minimum de profondeur mais aussi de construction, et sur ce dernier point, c’est également un peu problématique avec un scénario parfois bien trop rapide. La transition entre le Jim Belcher enfant et le Jim Belcher adulte se fait en une fraction de seconde et on a l’impression qu’il manque tout un pan de film. Le film se concentre beaucoup trop sur les excès que sa renommée a apporté à Jem Belcher et sur l’espoir de rédemption, mais il en oublie de s’attarder sur certaines étapes clés de sa vie. Et au final, le scénario devient assez fainéant, finissant par calquer celui de Rocky. Mais ce qui semble le plus étrange dans Prizefighter, c’est son visuel aux couleurs beaucoup trop saturées. On sent que le but est de donner un certain style visuel, mais ces couleurs poussées à l’extrême jusqu’à presque virer au fluo donnent un look très étrange au film ne nous donnant pas l’impression d’être en 1800. Il y a certes des éclairages sympathiques, avec des jeux d’ombre / lumière intéressants, mais l’ensemble est visuellement trop artificiel, comme si on avait voulu rendre le film plus cinématographique mais qu’ils s’étaient tout simplement ratés. Alors, oui, Prizefighter se suit malgré tout sans déplaisir, en partie grâce à des acteurs comme Russel Crowe et Ray Winstone (Les Infiltrés, Retour à Cold Mountain), et les amateurs de boxe y trouveront sans doute leur compte. Mais en l’état, c’est un semi-ratage.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Russel Crowe et Ray Winstone ♥ Le sous-texte du film sur les classes sociales ♥ Des scènes de boxe plutôt réussies |
⊗ Un visuel trop artificiel ⊗ Le manque de charisme de Matt Hookings ⊗ Un scénario et des persos pas assez développés |
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| L’idée de conter la vie du plus jeune champion de boxe au début du 19ème siècle était intéressante sur le papier, mais Prizefighter ne réussit pas tout ce qu’il entreprend. Le film se suit sans déplaisir, mais il reste relativement moyen. | |

LE SAVIEZ VOUS ?
• Le film diffère des évènements réels et prend même quelques libertés par rapport à l’historique de la boxe. Par exemple, le combat entre Pearce et Belcher ne s’est pas déroulé avec des gants, car ceux-ci ne sont devenus obligatoires qu’en 1865 et n’ont été utilisés en compétition qu’à partir de 1818.
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PRIZEFIGHTER est disponible en DVD (19.99€), Blu-ray (19.99€) et 4K UHD (29.99€) chez BQHL. Il est disponible à l’achat ICI. En plus du film, on y trouve : Interview de Jean-François Dickeli (24min) |
Titre : Prizefighter / Le Combattant / Prizefighter: The Life of Jem Belcher
Année : 2022
Durée : 1h47
Origine : Angleterre / U.S.A / Malte
Genre : Les origines
Réalisateur : Daniel Graham
Scénario : Matt Hookings
Acteurs : Matt Hookings, Ray Winstone, Russell Crowe, Marton Csokas, Jodhi May, Julian Glover, Steven Berkoff, Glen Fox, Ricky Chaplin, Lucy Martin

















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