[Film] Motor City, de Potsy Ponciroli (2025)

Un ancien détenu tout juste libéré de prison parcourt les rues sombres de Détroit pour traquer les criminels qui l’ont piégé. Guidé par une soif d’injustice et de vengeance, il cherche à détruire l’organisation responsable de son incarcération. Son objectif ultime est de retrouver la femme qu’on lui a enlevée avant sa condamnation.


Avis de Cherycok :
Une jaquette bien faite, c’est une jaquette qui attire l’œil, et celle de Motor City, nouveau film en date de Potsy Ponciroli dont je vous avais déjà parlé lors de mon texte sur son avant dernier film, Greedy People, avec son jaune La Poste, son Alan Ritchson sautant en arrière en tenant un shotgun à la main, et son aspect général faisant penser à une bonne grosse série B d’action, tu parles que ça m’a attiré l’œil. Je me suis même empressé de le voir le jour même, après un trailer semblant confirmer certaines choses. Et je ne m’attendais pas du tout au spectacle que j’allais voir, un spectacle complètement clivant, qui va clairement diviser et qui a même commencé car le film a fait un score catastrophique au box-office, n’arrivant même pas au 3M$US de recettes au box-office pour un budget estimé à 30M$US. Pourquoi est-il aussi clivant me direz-vous ? Tout simplement parce que Motor City fait le choix de rendre son film presque muet, avec à peine 5 lignes de dialogues, et de ne faire passer la narration que par l’image et la musique. Un choix osé, pas abouti à 100%, mais qui pourtant permet à Potsy Ponciroli d’accoucher d’un film qui ne ressemble à aucun autre.

Décrit par certains, un peu à tort, comme un film à mi-chemin entre John Wick et Drive, Motor City est sur les rails depuis plus de 15 ans. Le scénario de Chad St. John figurait sur la fameuse Black List (les meilleurs scénarios d’Hollywood pas encore produits) depuis 2009 et dès 2011, il est annoncé que Warner adapte en film le scénario et que c’est déjà en développement, avec Albert Hughes (From Hell, Le Livre d’Eli) à la réalisation et Chris Evans (Captain America) en protagoniste principal. Finalement, Chris Evans est écarté du projet, et c’est tour à tour les noms de Dominic Cooper (la série Preacher) et Jake Gyllenhaal (Source Code), pour donner la réplique à Amber Heard (Aquaman) et Gary Oldman (Leon), ce dernier interprétant le rôle de l’antagoniste. Pour cause de souci de calendrier, c’est Gerard Butler (300) qui est évoqué pour jouer le rôle principal et Adrien Brody (The Brutalist) pour celui du méchant. Le début de la production prévu pour septembre 2012 est finalement retardé, Joel Silver, qui produisait le film via sa société Dark Castle Entertainment, n’arrive pas à s’entendre avec Warner qui lui donne gentiment l’ordre de dégager, et le projet est au point mort jusqu’à ce qu’en mai 2023, il refasse parler de lui. Il est annoncé qu’Alan Ritchson (la série Reacher) a été choisi pour le film et que c’est Timur Bekmambetov (Night Watch, Day Watch) qui le mettra en scène, avant qu’il ne soit remplacé en 2024 par Potsy Ponciroli, et que Shailene Woodley, Ben Foster et Pablo Schreiber avaient rejoint le casting. Après une tournée en festival en 2025, le film sort enfin dans les salles US mi-2026 et autant les critiques spécialisées ont plutôt aimé le film, autant c’est le grand écart pour les notes des spectateurs, certains affirmant que l’expérience avait été géniale, d’autres que c’était le pire film qu’ils avaient vu cette année. Comme souvent, la vérité se situe entre les deux mais en ce qui me concerne, je penche plutôt du côté positif de la balance. John Woo avait déjà expérimenté un film où les dialogues sont quasiment absents avec Silent Night et son héros qui se retrouvait sourd dès le premier acte du film. Ici, c’est un parti pris dès le départ, avant même que quoi que ce soit ne commence, et ce parti pris, c’est ce qui va être à la fois sa grande force, mais aussi à la base des faiblesses de Motor City.

Ici, point de voix off ou de monologue de fond explicatif, point de texte nous fournissant un contexte, le but est que la narration soit purement visuelle et sonore. Greg Silverman, un des producteurs du film, a expliqué que l’absence de parole permettrait aux spectateurs du monde entier de vivre l’histoire de la même manière, indépendamment de la langue ou de l’origine culturelle. Plutôt que de considérer l’absence de parole comme une limitation, tout a été fait pour s’appuyer sur la performance physique, la photographie, la musique et la conception sonore pour porter le récit. La bande originale est d’ailleurs assez géniale pour qui aime un tant soit peu la musique des années 70, de Fleetwood Mac à Moody Blues en passant par Donna Summer ou David Bowie. Tout est étudié pour avoir un impact émotionnel maximal, le silence lui-même est ici un outil de narration très important et, afin que les images s’accordent parfaitement aux sons / musiques, c’est le monteur du film qui a assumé le rôle de superviseur musical sur Motor City. Ce qu’on gagne en implication du spectateur, obligé d’analyser chaque plan, de pourquoi telle musique, de pourquoi tel regard de ce personnage, on le perd un peu en naturel. Le film est souvent un régal pour les yeux car la mise en scène de Potsy Ponciroli est très soignée, mais cela pose plusieurs problématiques. Un film qui ne parle pas oblige le scénario à être simple, ici même un peu simpliste. Les personnages sont donc très stéréotypés, les enjeux sont très basiques (une histoire de vengeance), et il y a un côté artificiel qu’on ne peut s’empêcher de voir. Cela reste assez étrange un échange entre deux personnages sans aucun dialogue, juste avec des petits gestes de mains ou des expressions faciale (car il faut bien que le public comprenne). Mettre des musiques qui correspondent à ce qu’il se passe est intéressant, mais faire résonner à plein volume dans un commissariat Nights in White Satin de Moody Blues, c’est assez particulier. Il y a du coup un côté double tranchant à ce refus de traiter la narration avec des dialogues et on comprend que ça divise, mais pourtant, avec ses images superbes retranscrivant parfaitement les 70’s, son rythme languissant avant de laisser exploser la rage de ses personnages dans un troisième acte plein de très bonne action, et son casting qui a sincèrement de la gueule malgré parfois des perruques assez étranges, Motor City a quelque chose de complètement envoûtant. Oui, c’est certainement trop long pour ce que cela raconte, oui, on n’a jamais la réponse à pourquoi le réalisateur et son scénariste ont choisi de raconter l’histoire de cette manière, mais la conception artistique saisissante et le pari audacieux ont fini par emporter l’adhésion.

LES PLUS LES MOINS
♥ Une mise en scène très soignée
♥ Le dernier acte, brutal
♥ Un trio de tête compétent
♥ La bande son
♥ L’idée de départ, couillue
⊗ Des moments un peu artificiels
⊗ Un scénario presque simpliste
⊗ Manque de profondeur émotionnelle

Avec Motor City, Potsy Ponciroli créé et suit ses propres règles en termes de narration et le résultat est un film hypnotisant qui ne craint pas de prendre des risques audacieux, pas même celui de perdre des spectateurs en cours de route.



Titre : Motor City
Année : 2025
Durée : 1h43
Origine : U.S.A
Genre : La vengeance en silence
Réalisateur : Potsy Ponciroli
Scénario : Chad St. John

Acteurs : Alan Ritchson, Ben Foster, Shailene Woodley, Lionel Boyce, Amar Chadha-Patel, Pablo Schreiber, Dominic Bogart, Mister Fitzgerald, Rafael Cebrian, Ben McKenzie


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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