[Film] Mermaid, Le Lac des Âmes Perdues, de Svyatoslav Podgaevskiy (2018)


Alors qu’il profite d’une baignade nocturne dans un lac, Roman fait la connaissance d’une étrange inconnue qui cherche pourtant à le séduire. Depuis cette rencontre, le jeune homme semble avoir contracté une maladie rare et des évènements surnaturels liés à une légende familiale font leur apparition. Sa fiancée Marina va tout faire pour le libérer de cette malédiction ancestrale. Son amour sera-t-il assez fort pour le sauver ?


Avis de Rick :
Sorti en France chez Wild Side sous le nom Mermaid, Le Lac des âmes Perdues, il est assez rare de voir des films Russes débarquer chez nous pour passer à côté. Il faut dire que comme partout, il y a à boire et à manger en Russie. De l’actionner bourrin pas terrible (22 Minutes), de la copie US (Guardians), des métrages ambitieux visant l’international (Nightwatch, Nightwatchmen), mais également des métrages horrifiques s’encrant dans leur culture (l’excellent III, disponible sur Netflix). Néanmoins, l’âge d’or du cinéma Russe semble bien dans le passé. Devons nous reparler ici de l’œuvre de Tarkovsky, ou encore du culte Viy, qui a eu droit à une nouvelle version en 2014 en coproduction avec l’Ukraine et la République Tchèque ? (et dont une suite est annoncée avec un casting assez étonnant pour une telle production). Mais ici, nous devons parler du film Mermaid, de Svyatoslav Podgaevskiy. Un film aux moyennes plutôt basses sur internet, et qui s’est souvent fait défoncer par une partie du public, parfois pour des raisons justifiées, et parfois absolument pas. Mermaid, contrairement à ce que son titre laisse penser, ne va pas nous parler d’une sirène. Pour ça, il y a le film Serbe Nymph, mais vu la catastrophe, non, oublions le. Car Mermaid ne parle pas vraiment d’une sirène, mais plutôt d’une créature issue du folklore Russe, qui ressemble beaucoup plus à une nymphe, ou à une succube, se déplaçant dans l’eau. On nous explique le principe de la légende dès le début du film, avec cette succube donc qui séduit les hommes, et leur demande si ils l’aime. Si la réponse est oui, la jolie demoiselle emmène l’homme dans l’eau pour le tuer. Le cas contraire, si l’homme résiste, la succube viendra prendre ce qui compte pour lui, pour se venger. Et d’emblée, on se rend compte que Mermaid possède pas mal de points communs avec le précédent film du réalisateur que j’aurais vu dans la foulée, The Bride.

À savoir, grosse modo, une intro assez longue présentant la légende et mettant clairement en confiance, une mise en scène fluide et très agréable, un joli montage, une photographie à tomber par terre, peu de personnages, peu de lieux, une actrice principale (encore jouée par Viktoriya Agalakova) qui se donne à fond, des influences venant d’Amérique ou d’Asie, des jumpscares, et un final décevant. Oui, comme The Bride. Seulement comme si le réalisateur avait quelque peu apprit de ses erreurs, il limite ici la casse lors du final, heureusement. Bref, passé l’introduction magnifiquement filmée et photographiée malgré le budget plus que limité du film (un peu plus d’un million d’après des sources peu sûres), l’intrigue reprend des années plus tard pour nous présenter nos deux personnages principaux qui sont sur le point de se marier, Roma et Marina. Et forcément, Roma va partir avec ses amis pour enterrer sa vie de garçon, et faire la rencontre du monstre du métrage. On se rend immédiatement compte que malgré la légende Russe, le réalisateur fait le choix d’une esthétique léchée, d’une composition du cadre et une utilisation des jumpscares très Américaine, et qu’il filme son monstre comme un fantôme issue du folklore Japonais. Et pourtant, ça fonctionne, le film s’avère plutôt efficace, et les quelques tentatives de jumpscares, bien que parfois un peu trop nombreuses, fonctionnent pour la plupart. Sans révolutionner le genre, Svyatoslav Podgaevskiy a un réel savoir faire visuel et sait mettre son ambiance en avant malgré des lieux parfois minuscules et peu nombreux, des personnages qui ne dépassent rarement les 5 ou 6 acteurs, et une économie de moyens 90% du temps..

Clairement, c’est du très bon boulot, et même musicalement, le film tient la route. Les deux principaux reproches que j’aurais lu un peu partout sur le film concerne son côté effrayant, avec des jumpscares donc, et un final un peu trop démonstratif, et la qualité des acteurs. Pour le premier point, je dois bien avouer que ce n’est pas toujours parfait, et que dans ces derniers instants, le film tente encore une fois d’en faire trop, et montre beaucoup plus souvent sa créature, rendant d’ailleurs sa « défaite » un peu trop simpliste et tirée par les cheveux. Mais comparé à The Bride, le réalisateur limite la casse, les faux pas sont moins nombreux, et surtout s’étirent moins sur la durée. Par contre, en ce qui concerne les acteurs, je les ai trouvé très bons pour la plupart, et très investis, en particulier encore une fois Viktoriya Agalakova, qui se donne même encore plus à fond que dans the Bride. Sur ce point donc, j’ai envie de dire que le Russe (tout comme pas mal de langues de ces pays d’Europe de l’Est), c’est comme les langues Asiatiques, totalement différentes jusqu’à leur construction des langues latines. Ce qui donne le plus souvent des doublages calamiteux où l’on a l’impression de voir des gros débiles à l’écran. Vous trouvez les acteurs mauvais ? Arrêtez de vous infligez des doublages tout pourri, voilà, c’est tout. Certes le personnage de Roma n’est pas le meilleur au monde, et d’ailleurs, tous les efforts du scénario semblent aller vers le personnage de Marina, mais rien de catastrophique pour autant. Mermaid est un film de série B solide, très joliment filmé, et qui tient en haleine sur sa courte durée qui ne dépasse même pas 1h30.

LES PLUSLES MOINS
♥ Encore une magnifique photographie
♥ Mise en scène solide
♥ Quelques très bonnes scènes
♥ Viktoriya Agalakova investie
⊗ Assez classique et prévisible
⊗ Les derniers instants, moins convaincants
Malgré son titre un peu trompeur, Mermaid est une très solide série B qui a bénéficiée d’un grand soin dans son visuel, son interprétation et même son design sonore. Certes il reste plutôt classique et son final est un brin convenu, mais on passe un bon moment.



Titre : Mermaid, Le Lac des Âmes Perdues – Русалка: Озеро мёртвых
Année : 2018
Durée : 1h27
Origine : Russie
Genre : Fantastique
Réalisateur : Svyatoslav Podgaevskiy
Scénario : Natalya Dybovaya, Svyatoslav Podgaevskiy et Ivan Kapitonov

Acteurs : Viktoriya Agalakova, Efim Petrunin, Sofia Shidkovskaya, Nikita Elenev, Sesil Plezhe, Igor Khripunov et Evgeniy Koryakovskiy

 The Mermaid: Lake of the Dead (2018) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

10 Comments

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  1. Je vois qu’une fois de plus, les russes livrent un film avec un superbe visuel. C’est très souvent le cas, même dans leurs navets…

  2. C’est vrai que le peu de films Russes récents que j’ai pu voir, visuellement c’est toujours hyper beau. Après, pas de bol, j’ai l’impression qu’une malédiction s’abat sur nous : tu ne regardes que les mauvais, et je ne vois que les bons (III) ou sympathiques comme celui-ci haha !
    Donc oui, magnifique photographie, mise en scène plutôt bonne, actrice super jolie (oui je ne serais jamais objectif, tu connais mon faible pour les femmes d’Europe de l’Est lol), c’est bien Russe 😀

  3. C’est pas vrai, j’avais trouvé La légende de Viy très chouette ^_^

  4. Oui oui c’est vrai, pardon. L’exception qui confirme la règle ! Mais bon, du Russe va arriver encore prochainement 😉

  5. Possiblement de mon coté aussi car j’en ai quelques uns en stock ^^

  6. Tiens, mais c’est sorti en DVD chez nous ça ? Je suis étonné.
    Pourquoi pas ? ça peut être sympa.

  7. Yes c’est sorti tout récemment chez Wild Side, DVD et beau Blu-Ray avec copie nickel (qui met super bien en valeur la photographie du film).
    J’ai vu The Bride du même réal avec la même actrice, moins convaincant avec un final bien raté, mais sympa malgré tout.

    1. Il se fait pas mal défoncer aussi The mermaid…
      Enfin disons que ça semble diviser pas mal le public.

      1. Ouais j’ai vu ça. Beaucoup de critiques françaises critiquent les acteurs, mais en VO, je les ai trouvé très bons pour la plupart, et l’actrice principale super investie. La meilleure critique que j’avais lu, c’était sur le site bluray.com, qui disait d’ailleurs que même le doublage anglais était moyen et qu’il fallait le regarder en VO.
        Après c’est sûr, ça révolutionne pas le genre, mais c’est plutôt bien foutu, court, bien emballé. Moi ça me fait plaisir de découvrir ce genre de petits films méconnus venant de pays dont finalement on voit peu de films.

        1. Oui j’aime bien aussi chercher les “perles rares”^^ C’est comme ça que je suis tombé à la base sur les Ginger Snaps et autre téléfilms comme “she creature” de Sebastian Gutierrez(ou il est question d’une sirène pour de vrai là^^…mais le titre VF “la sirène mutante” est juste atroce, on croirait un nanar de série Z…)

          Bon je vais choper le film sur le net, et si j’aime bien je prendrais le DVD.^^

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