[Film] Manhunt de John Woo (2017)


Du Qiu, avocat d’une grande firme pharmaceutique japonaise, est accusé à tort du meurtre de sa femme. Il parvient à prendre la fuite pour tenter de faire la lumière sur cette machination.


Avis de Rick :
Ah John Woo ! De longues années que tous ses fans attendaient son retour au polar Hard Boiled qui a fait sa réputation, qui nous l’a fait découvrir, qui nous l’a fait l’aimer. Le Syndicat du Crime, The Killer, Une Balle dans la Tête, À Toute Épreuve. Que de grands moments de cinéma, qui paraissent tous si loin. Alors forcément, l’annonce d’un nouveau John Woo, qui serait un polar avec son lot d’action, le tout étant un remake (ou une réadaptation d’un livre, au choix) d’une œuvre Japonaise, avec un casting mêlant Japonais, Chinois et Coréens, ça faisait envie, et on s’est tous jetés dessus, les yeux pleins d’étoiles, avec l’espoir de retrouver nos ralentis ultra violents lors de gunfights avec vol de colombes. Le verdict après 1h46, ben on a eu ce qu’on voulait dans le fond, mais pas vraiment comme on s’y attendait. Manhunt, c’est donc l’histoire d’une traque. Un flic (Yamura, joué par Fukuyama Masaharu) traque un avocat (Du Qiu, joué par Hanyu Zhang) accusé, à tort évidemment, du meurtre d’une femme à Osaka. Tout le monde semble être après le pauvre homme, entre les flics intègres, les flics ripoux, des tueuses à gages, et les hauts gradés d’une firme pharmaceutique contrôlée par ce bon vieux Kunimura Jun (Outrage, Why Don’t You Play in Hell ?, Ichi the Killer). Tous les éléments sont là pour un polar, une traque rythmée et inoubliable, de la poursuite, du gunfight et bien plus, avec comme terrain de jeu Osaka, ce qui est plutôt plaisant et nous change de l’habituelle Tokyo. Alors pour ce qui est du rythme, sans faute, John Woo maîtrise son film, sait quand il faut nous mettre une poursuite, de la fusillade, poser son intrigue, révéler ses enjeux. Mais au niveau du reste, il faut bien avouer que ça coince, et que le spectateur peu voir pas habitué au cinéma de John Woo va fuir en courant.

En fait, même le fan de John Woo un tant soit peu pointilleux sur la qualité pourra grincer des dents. Car au-delà des éléments qui font le cœur de son cinéma Hard Boiled, et du rythme du film, Manhunt accumule les faux pas, et parfois, les moments embarrassants. Le bon truc par contre, c’est qu’il le fait dés sa scène d’ouverture. Au moins, on sait dans quoi on se lance. Quand le film débute, on rencontre notre héros, et deux tueuses, Rain (Ji-Won Ha) et Dawn (Angeles Woo). Et on trouve déjà le premier défaut du film. Des erreurs de casting, il y en a. Ji-Won Ha a beau être mignonne comme tout, les deux sont peu crédibles en tueuses, et Woo aura beau nous les mettre flingues en main à trucider du Yakuza au ralenti, ben, non, c’est plutôt risible. Beaucoup de choses à dire d’ailleurs sur le casting, puisqu’à part Hanyu Zhang, généralement bon en toute circonstance, en anglais comme en chinois, et bien, la plupart des acteurs doivent parler deux langues. Au choix, le chinois et l’anglais, ou le japonais et l’anglais. Et la plupart du temps, quand ça passe en anglais, ça perd de la crédibilité. Mais bon, passons sur les acteurs, et venons en à l’histoire. On retrouve des thèmes chers à Woo, avec l’amitié entre un flic et sa proie, tout ça tout ça, le tout sur une traque, un complot pharmaceutique, un super médicament qui donne des supers pouvoirs (ouais ouais véridique), et… non, impossible de prendre cette histoire au sérieux. Si la traque qui a lieu sur la première heure passe, la dernière partie mettant en avant le complot, le médicament, des méchants très méchants et tout ça, ça ne passe pas. Ça a un côté très comics, voir très jeu vidéo dans son approche visuelle de l’histoire, et c’est étrange, rigolo parfois. Mais bon, il y a l’action vous me direz. Oui, il y en a, beaucoup. C’est d’ailleurs le plus souvent là où le film fait plaisir.

Des fusillades, des poursuites en jet ski, à pieds, en moto, et même du combat à mains nues. Oui il y a de quoi faire avec Manhunt. Même si tout n’est pas convaincant, la faute à certains fonds verts littéralement hideux, notamment lors de la scène en jet ski, ou à un montage étrange, comme s’il manquait certains plans. Reste que la fusillade dans la grande maison est assurément le meilleur moment du film. Et que serait un film de John Woo sans ses fusillades, ses ralentis, son sens esthétique… Malheureusement, si John Woo fait du John Woo, il en fait parfois des tonnes à ce niveau là. En résulte par exemple l’embarrassante scène des colombes, colombes qui d’ailleurs viendront dans le film deux fois. Mais John Woo va plus loin, allant parfois jusqu’à s’auto citer jusqu’à plus soif, avec des idées, des plans qui rappellent la bonne époque, ou même certains dialogues, lorsque tardivement, un des personnages lancera un « let’s hope for A BETTER TOMORROW ». Oui, ça va jusque là. De la carrière de John Woo, Manhunt se place comme une œuvre très référentielle, mais surtout comme son œuvre la plus fragile. Oui car avant, soit c’était très bon, soit c’était très mauvais (Hmmm, Paycheck ?). Là dans Manhunt, le meilleur peut côtoyer le pire, parfois même dans la même scène, voir dans le même plan. Une œuvre du coup très facile à détester, assez difficile à vraiment aimer, mais qui a pourtant ses bons moments. Parfois on jubile, et parfois, ça en fait trop. Mais de là à dire que le film est bon…

LES PLUSLES MOINS
♥ Un métrage bien rythmé
♥ La fusillade mi-parcours
♥ Généreux
⊗ Une histoire dure à prendre au sérieux
⊗ Quelques CGI discutables
⊗ Souvent over the top
⊗ Quand ça parle en anglais
Œuvre bancale par excellence, Manhunt est le retour de John Woo à son genre de prédilection. Et… c’est moyen, en étant gentil. Beaucoup de choses ne vont pas, dans le montage, le casting, son histoire, son climax. Mais John Woo se fait plaisir, et parfois, ça fonctionne et on en prend pleins les yeux. Mais juste, parfois.



Titre : Manhunt
Année : 2017
Durée : 1h46
Origine : Hong Kong / Chine
Genre : Policier
Réalisateur : John Woo
Scénario : John Woo d’après Nishimura Jukô

Acteurs : Hanyu Zhang, Fukuyama Masaharu, Stephy Qi, Ji-Won Ha, Kunimura Jun, Angeles Woo, Takenaka Naoto, Kurata Yasuaki et Saitô Takumi

 Manhunt (2017) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

4 Comments

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  1. Oui c’est assez nul du John Woo en mode quasi nanar mais que ca fait du bien de retrouver son style car c’est du pur John Woo avec des perso trop fort et rien que pour ca j’ai passé un très bon moment devant ce film.

    1. Perso si Woo ne m’implique pas émotionnellement , il aura beau user de tout son génie de mise en scène cela me laissera de marbre. (Les associés ou Mission impossible 2 en sont de parfait exemple)

      Après quand il réussit à me captiver , alors là c’est souvent l’uppercut en plein coeur !!! (Syndicat du crime et Une balle dans la tête for ever <3 )

  2. Faze, j’ai un peu le même souci que toi. Pour ça que Les Associés, même si pas dégueu non plus, m’a laissé de marbre. Mission Impossible 2 totalement, en plus qu’il soit trèèèèèèèès long à démarrer. J’ai aussi un souci avec Le Syndicat 2, et ça, ça a fait polémique quand j’en avais parlé à l’époque 😀
    Par contre Une Balle dans la Tête, chef d’oeuvre !

  3. Ce film, dès la première bande annonce m’a un peu fait peur. J’ai eu direct l’impression que Woo voulait faire du Woo comme à l’ancien temps car il savait que c’est ce que les gens voulaient. Et du coup, ca faisait un peu forcé. Du coup, je n’ai pas vu le film…

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