[Film] L’Homme Invisible Apparait, de Nobuo Adachi (1949)

Un voleur de bijoux apprend qu’un scientifique travaille sur une formule d’invisibilité qui l’aiderait dans ses méfaits.


Avis de Cherycok :
Au même titre qu’un Jules Verne, Herbert George Wells est un des piliers fondateurs de la science-fiction moderne avec des livres comme La Machine à Explorer le Temps (1895) ou La Guerre des Mondes (1898), maintes fois adapté au cinéma. Mais il y a une autre de ses œuvres qui a eu droit à de nombreuses adaptations cinématographiques, c’est L’Homme Invisible, publié en 1897, dont la plus célèbre est peut-être celle de 1933, sobrement intitulée L’Homme Invisible, réalisée par James Whale. Mais il n’y a pas que les Etats-Unis qui y sont allé de leur version puisque la figure de l’homme invisible a eu droit à sa version au Japon, dès 1949, qui en reprend tous les codes, des bandages à la formule irréversible en passant par la dimension tragique de l’œuvre. Ne surpassant jamais l’adaptation originale, The Invisible Man Appears propose pourtant un point de vue intéressant, bien qu’hésitant constamment entre film de science-fiction et polar noir avec une intrigue policière à la Hitchcock, ce qui donne l’impression d’un film qui a le cul entre deux chaises. Néanmoins, ses 1h22 sont des plus agréables.

L’Homme Invisible Apparait est considéré comme le premier film de science-fiction majeur produit au Japon et va être au final un terrain de jeu pour le spécialiste des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, futur créateur de Godzilla, qui va jouer avec toutes les techniques et tous les subterfuges pour mettre en images cet homme invisible qu’on ne voit justement pas à l’écran. Une assise de chaise qui semble s’enfoncer seule, des objets flottants à travers une pièce, des empreintes dans le sable, ou encore une cigarette allumée qui semble tenir toute seule dans les airs au milieu de volutes de fumée. On y retrouve par exemple également le fameux « débandelettage » qu’on peut apercevoir dans presque toutes les adaptations de l’œuvre, très visuelle, et sincèrement plutôt impressionnante pour l’époque, tout comme les disparitions qui sont encore honnêtes presque 80 ans plus tard. Le look de l’homme invisible reprend celui du film original, avec ses lunettes de soleil, son chapeau, ses gants et son grand manteau, comme s’il fallait ne pas trop s’éloigner de son modèle américain. Ce L’Homme Invisible Apparait n’est d’ailleurs à aucun moment connoté Pays du Soleil Levant », comme si le film voulait s’inscrire dans la série de pseudos suites américaines qui ont vu le jour les décennies suivant la sortie de l’opus original. Visuellement, le film est très agréable, avec un réalisateur qui tente tout un tas de chose, en jouant par exemple avec les reflets, avec les plans inclinés, en s’amusant à plusieurs reprises avec la vue à la première personne pour bien capter les expressions et les émotions des personnages confrontés à l’homme invisible. Voir des vêtements qui bougent tout seul ou du mobilier se renverser comme par magie, ça doit procurer de la peur et force est de constater que cette peur est parfaitement retranscrite par un casting qui joue le jeu à fond, bien qu’au final, l’homme invisible utilise peu cette capacité au service de l’action, le film préférant se concentrer sur la mise en place d’une atmosphère un peu particulière, mais surtout son intrigue policière.

Le scénario s’attarde beaucoup sur ce collier de pierres précieuses, presque comme si nous étions dans un film de casse, avec une couche de whodunit car la narration interroge dans cesse le spectateur pour savoir s’il sait qui se cache sous les traits de cet homme invisible et sur le pourquoi il veut ce collier. Sauf que, rapidement, l’intrigue devient un peu trop complexe pour son propre bien et certains rebondissements sont un peu over the top au point que cela fait perdre de temps à autres de la cohérence au récit. Mais à trop vouloir en faire, la question de la transparence passe presque au second plan, au point que personne ne semble réellement s’étonner de la transparence de ce qu’ils ont en face d’eux. C’est dommage car en nous présentant un homme bon qui, avec cette invisibilité qui agit sur son système nerveux, bascule peu à peu dans la violence jusqu’à une fin tragique rappelant certains autres films de science-fiction des années 50, L’Homme Invisible Apparait se faisait assez prenant. Sauf qu’au final, on est plus dans une intrigue policière avec des gangsters que dans un vrai film de science-fiction avec un maniaque invisible en liberté. Néanmoins, les 1h22 que dure L’Homme Invisible Apparait sont des plus agréables et l’importance qu’à le film dans le cinéma japonais, surtout pour le spécialiste des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, en font une bien belle curiosité et un visionnage est clairement recommandé pour qui aime un tant soit peu les films de SF rétro façon Hammer. C’est loin d’être parfait, mais ça n’a malgré tout pas à rougir de la comparaison avec l’œuvre originale et ses « suites ».

LES PLUS LES MOINS
♥ Des effets spéciaux réussis
♥ Bien mis en scène
♥ Des effets de style intéressants
♥ Plutôt prenant
⊗ Pas très original
⊗ Le thriller prend trop le pas sur la SF

L’Homme Invisible Apparait, c’est la réponse japonaise au célèbre L’Homme Invisible (1933) de James Whale. C’est surtout une bobine éminemment sympathique qui, malgré ses presque 80 ans, fait encore aujourd’hui parfaitement le boulot.


L’HOMME INVISIBLE APPARAIT est sorti chez en blu-ray Roboto Films en combo avec L’HOMME INVISIBLE CONTRE LA MOUCHE HUMAINE au prix de 30. Il est disponible à l’achat ici : roboto-films.fr

Version Originale DTS-HD Master Audio 2.0 sous titrée français – BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1920×1080/24p – Format 1.37:1 respecté – Noir et Blanc

En plus du film, on y trouve : Présentation du film par Fabien Mauro, Bandes annonces.



Titre : L’Homme Invisible Apparait / The Invisible Man Appears / 透明人間現わる
Année : 1949
Durée : 1h22
Origine : Japon
Genre : Adaptation nipponne
Réalisateur : Nobuo Adachi
Scénario : Akimitsu Takagi

Acteurs : Kanji Koshiba, Chizuru Kitagawa, Takiko Mizunoe, Ryûnosuke Tsukigata, Daijirô Natsukawa, Kichijiro Ueda, Shosaku Sugiyama, Mitsusaburo Ramon


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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