[Film] Savages, de Oliver Stone (2012)


Deux jeunes dealers de marijuana doivent secourir leur petite amie commune, le jour où celle-ci est enlevée par un cartel mexicain.


Avis de Rick :
Ce n’est un secret pour personne, Oliver Stone a perdu depuis de très longues années de sa superbe. Lui qui avait commencé si fort au début des années 80/fin des années 70, autant comme réalisateur que comme scénariste (en scénariste, on lui doit Midnight Express, Scarface L’année du Dragon, rien que ça, et même en producteur, on lui doit par exemple Blue Steel et Freeway), il avait au début des années 2000 finit par chuter, comme bon nombre de réalisateurs de son époque au final (De Palma, Carpenter, Argento, son cas n’est pas isolé). Son cas n’est donc pas si difficile à comprendre, mais c’est tout de même triste, car que l’on aime ou pas son cinéma souvent rentre dedans, il faut avouer qu’avec autant d’œuvres fortes derrière lui. Platoon, Wall Street, Né un 4 Juillet, JFK, Tueurs Nés. Même U-Turn en 1997, film pour une fois sans message ou aspect politique et social, simple polar, était une grande réussite. Mais après le très sympathique L’Enfer du Dimanche en 1999, c’est la chute. Alexandre en 2004 c’était très très moyen, Wold Trade Center en 2006 pas mieux, W en 2008 n’a pas mit tout le monde d’accord (je n’ai pas vu cet opus), quand à Wall Street 2, c’était une suite inutile, qui commençait bien avant de chuter dans les bons sentiments. Et puis j’ai lâché alors la carrière de tonton Stone. Alors qu’en 2012, il retournait au polar comme il avait pu le faire avec U-Turn et Tueurs Nés avec Savages, doté d’un casting 4 étoiles. Savages donc, ça parle de deux mecs un peu opposés qui sont meilleurs potes. Ben est cool et aide la planète, tandis que Chon est un vétéran de la guerre et règle les soucis par la violence. Ensembles, ils font pousser la meilleure marijuana de la côté Ouest des Etats Unis, et se partagent en plus la même petite amie, O (pour Ophélie). Mais leur herbe est tellement bonne qu’elle attire un cartel Mexicain dirigé par Elena, qui compte leur proposer un deal qu’ils ne peuvent pas refuser en soit.

Sauf qu’ils refusent, sinon nous n’aurons pas de film, ou du moins pas de film intéressant, et voilà que tout s’enchaîne. Les coups bas, les kidnappings, les meurtres, fusillades, vols. Savages ne raconte rien de nouveau, et en soit, on peut se demander pourquoi Oliver Stone a voulu adapter ce roman de Don Winslow. Et bien justement, un peu à la manière de U Turn (mais en moins bon, quand même), Oliver Stone a vu là matière à faire un film efficace, un polar basé avant tout sur ses personnages et à l’action donc au final plutôt rare mais efficace, et qui collait parfaitement à son style de mise en scène. Car si on pouvait penser que Stone s’était calmé avec les années, on retrouve là pourtant clairement son style pas toujours subtil et rentre dedans que beaucoup aimaient par le passé. Un réalisateur se raccrochant à sa gloire passée ? Peut-être, et en soit, c’est réussi pour moi, le film du haut de ses 2h11 n’est clairement pas désagréable à suivre. Stone nous livre quelques idées de mise en scène bien plaisantes, les acteurs font pour la plupart de l’excellent boulot même lorsqu’ils en font des tonnes, l’ensemble est rythmé, la violence frontale et peut faire mal par moment, et ce dés le début. Taylor Kitsch (John Carter, Battleship, du grand cinéma !) et Aaron Taylor-Johnson (Kick-Ass) campent les héros de cette fable avec brio, tandis que leur lien, l’amour de leur vie, O, est jouée par Blake Lively, certes un poil en dessous des autres, mais que Stone rend hypnotique à l’écran. Le reste du casting n’est pas en reste, et on ne pourra que regretter que certains soient autant en retrait. Benicio Del Toro est génial en homme de main des Cartel, John Travolta en agent des Stups ripoux et Salma Hayek en boss du cartel en font tous les deux des tonnes, et c’est souvent délicieux à l’écran. Le casting ne s’arrête pas là, et on regrette donc de voir certains acteurs ne faire que de la figuration, notamment Emile Hirsch (génial dans Killer Joe). Mention en tout cas à la scène que Travolta et Del Toro partagent dans le troisième acte, jouissive de par l’humour qui se dégage de leur jeu.

Mais voilà, au-delà de ses personnages et de leurs acteurs, Savages ne raconte rien de nouveau ni rien d’ambitieux. Une histoire de drogue et de kidnapping, avec son lot d’hommes de mains qui utilisent des silencieux pour faire taire des témoins gênants, ou des machettes pour décapiter sauvagement leurs ennemis. Et face à une telle violence, les personnages doivent s’adapter et devenir eux aussi des sauvages. Oui, rien de nouveau sous le soleil, et pourtant, ça fonctionne, grâce à l’énergie du casting et d’Oliver Stone. Plans parfois bien cut, inserts originaux dans l’écran, plans de coupes bien trouvés, couleurs ultra saturées ou passage au noir et blanc pour certains plans, on retrouve clairement là le Stone du milieu des années 90, énervé, débordant d’énergie, et qui en fait des tonnes. Et comme à cette époque, il ne recule devant rien lorsqu’il s’agît de filmer frontalement les scènes de violence (ça fait parfois mal). En ce sens, Savages reste bien le (petit) retour d’Oliver Stone, et son meilleur film en 13 ans, depuis l’Enfer du Dimanche donc. Autant un retour aux sources vers son cinéma des années 90 qu’un film plutôt récréatif, qui ne raconte rien de neuf, mais où tout le monde semble s’éclater, du casting à Oliver Stone. On pourra aussi citer une OST allant du génial au moins bon mais collant toutefois aux scènes, et une voix off sans doute de trop dans un métrage qui n’en avait pas besoin. Mais voilà, moi ça m’a éclaté durant 2h11, et de la part d’Oliver Stone, ça me fait terriblement plaisir. Et ça me donne envie de voir son film le plus récent, Snowden.

LES PLUSLES MOINS
♥ Le casting
♥ Une mise en scène bourrée d’idées
♥ Un rythme plaisant
♥ Une violence frontale
♥ Un solide polar de série B
⊗ Une voix off inutile
⊗ Rien de bien neuf sur le sujet
Savages ne raconte rien de nouveau sur la drogue et la violence, mais Oliver Stone et son casting semble s’éclater, livrant un film rythmé, violent, parfois drôle et bourré d’idées de mise en scène.



Titre : Savages
Année : 2012
Durée : 2h11
Origine : U.S.A
Genre : Policier
Réalisateur : Oliver Stone
Scénario : Shane Salerno, Don Winslow et Oliver Stone

Acteurs : Blake Lively, Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Benicio Del Toro, Shea Whigham, JohnTravolta, Salma Hayek et Emile Hirsch

 Savages (2012) on IMDb


Galerie d’images :

Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de Lynch, Carpenter, Cronenberg, Refn et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.

Les derniers articles par Rick (tout voir)

11 Comments

Add a Comment
  1. Alors ce film j’ai pas compris le délire de la double fin. J’ai pas trop aimé ça.
    Oui le casting est bon. Mais sinon l’histoire d’amour chelou de hippie des héros m’a ennuyé et…voilà quoi
    J’en suis sorti avec un bof.
    Et cette fin genre “houlà on tue tout le monde, on choque…mais en fait non on fait retour rapide” ça marche pas pour moi.

  2. Roh comment ça SPOILE le final 😀
    J’aime bien cette double fin. le procédé est certes facile, mais j’y ai vu une petite critique de la part d’Oliver Stone, qui a souvent livré des finals sombres où les personnages meurent. Du coup il te livre d’abord la fin qu’on attend de lui et que le public veut, avant de te livrer sa fin à lui. Du coup ça ne m’a absolument pas dérangé. Après je préfère de très loin dans le genre un Tueurs Nés et U-Turn de la part de Stone, mais retrouver son énergie après tant de mauvais films ou films insignifiants, ben j’ai grave adhéré.

  3. Pas encore vu (ni lu vos commentaires du coup) mais tu m’as donné envie Ricky !

    Par contre j’ai vraiment aimé Alexandre mais je suis un fan d’antiquités , spécialement période Hellénistique , donc ça aide .

    Pour le reste d’accord , le Stone pour moi c’est (ou était) fini depuis 15 ans …

    Stone … U-turn… dr pepper … distributeur … ghoulish !?!
    Tout est relié !!!

  4. Oui, j’ai écris du coup SPOILE en majuscules par précaution 😉

    Alexandre j’admet ne pas l’avoir revu depuis un bail, mais j’en ai vraiment un souvenir très mitigé. À retenter ?

    Oh bordel, j’avais pas fait le rapprochement, alors que j’adore ce film ! Attention aux distributeurs Ghoulish, souvent quand on a soif, quelque chose de terrible va venir nous mettre des bâtons dans les roues !!! Tiens, envie de le revoir encore plus.

    1. Mouais…tu parles d’un spoil.
      Justement c’est un fake final.
      Et moi je veux bien qu’on fasse 2 fins mais mieux intégrées que ça.
      Tiens bah dans la montagne du tigre de Tsui Hark, une fin est la vraie fin l’autre telle qu’elle a été racontée ou fantasmée par le petit fils d’un des héros.
      Là c’est quoi ? D’un coup c’est un jeu vidéo avec multiples fins comme ça sans raison ? On recule et on recommence ? J’aime pas^^

    2. Merci pour le signalement d’ailleurs 😉

      U-turn ça fait une semaine que je me dit que je dois le rererevoir … ce casting de malade et cette ambiance !!

      Après Alexandre en dehors de la reconstitution et quelques fulgurances magistrales , est il est vrai assez bancale , donc c’est plus mon petit coeur d’historien qui parle , le fan de cinéma te dira que tu as raison donc pas la peine de t’infliger ça.

  5. Beaucoup aimé ce film ok c’est pas original mais je m’en fous les polars et les films de gangsters c’est mon genre de film préféré en plus c’est bien réalisé avec des personnages pas possible et un gros casting . L’histoire d’amour à trois ca m’a plus et c’est rare venant d’un pays aussi puritain. Spoiler la double fin comme Mat j’aime pas, pour moi ils sont mort c’est ce qui ce passe quand tu t’en prend a un cartel, ce happening est juste ridicule.
    En plus c’est devenu rare les films de gangsters ricain qui ne soit pas un nanar d’action. En général quand j’en regarde un bon c’est presque toujours asiatique ou européen.

    1. Surtout que moi ça me laisse surtout l’impression que le réalisateur ne sait pas comment finir. Alors il tourne plusieurs fins et…t’es censé choisir ? C’est un peu un aveu d’incompétence “euh je sais pas comment finir mon film”
      Et si c’est un message meta à l’encontre des fans d’Oliver Stone, ben c’est pas mieux. J’aime pas quand un réal nous sort du film pour faire un clin d’oeil ou une blague à ses fans. Je suis pas censé savoir en tant que spectateur que les fans ont ralé sur les fins tragiques et que du coup ce happy end est là pour leur faire un clin d’oeil…

      1. Ca vient peut être de la production ou d’une projection test. Ca rare une grosse prod avec une fin triste. c’est adapté d’un livre ou ils meurent a la fin pour moi il y a aucun doute ils sont mort.

        1. Aucune idée du coup si ça vient de Stone ou de la production (ça reste un gros studio derrière, et vu le casting et la gueule du film je pense que le budget était plus que confortable). Et n’ayant pas lu le roman, même si pour le coup ça me tenterait bien tiens.

  6. Happy End pas happening.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *