[Film] Above the Knee, de Viljar Bøe (2024)

Amir a un terrible secret : sa jambe gauche commence à noircir. Ce pourrissement insidieux gagne du terrain, menaçant d’engloutir son corps tout entier. À moins qu’il ne trouve un moyen de s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard.


Avis de Cherycok :
J’en ai déjà parlé, mais j’ai tout un tas de films durant moins de 1h30 afin de coller parfaitement à ma pause méridienne au travail. Car non, il n’y a pas forcément besoin de 2h36 pour raconter une histoire qui se tient de A à Z et ça me permet d’assouvir mon besoin irrépressible de voir des films de manière régulière. Mon dévolu s’est porté tout récemment sur Above the Knee, dernier film en date du réalisateur norvégien Viljar Bøe, qui avait marqué les esprits en festival avec son film précédent Good Boy et son homme-chien, malaisant à souhait malgré un humour noir bien présent. Avec Above the Knee, il continue son exploration des troubles identitaires et va continuer de filmer le malaise jusqu’au point de rupture 1h16 durant, dans ce qui va s’avérer au final un film loin d’être parfait, mais pourtant des plus intéressants. Alors clairement, Above the Knee risque de dérouter et de déranger, mais pour ceux qui aiment le cinéma qui gratte, qui dérange, qui fait ressentir des choses, il y a fort à parier que ce film fasse son office.

Une paroi rocheuse nue craque de manière inquiétante et audible, émettant des grincements et des craquements humides tandis qu’on voit tomber une pierre maculée de sang. Dans une maison de banlieue tout à fait ordinaire, un homme se fait un garrot à la jambe gauche, boit une rasade d’alcool et commence à se scier la jambe au-dessus du genou. Deux scène qui ouvrent Above The Knee, sans qu’on comprenne le rapport entre les deux, puis on nous présente Amir, un jeune homme vivant avec sa copine dans ladite maison de banlieue. Tout semble aller pour le mieux mais non, Amir est atteint d’un trouble qui le hante de plus en plus, la dysphorie d’intégrité corporelle. Sous ce nom un peu barbare se cache un vrai problème psychologique dans lequel une personne ressent un décalage profond et persistant entre son corps réel et l’image qu’elle a de son vrai corps, souvent lié au désir d’avoir un ou plusieurs membres amputés ou une partie du corps non fonctionnelle. Les personnes concernées décrivent souvent ce membre comme ne leur appartenant pas ou étant en trop, ce qui génère une détresse importante. Sans traitement réel à ce jour, les causes de ce symptôme restent mal comprises, possiblement neurologiques et psychologiques liées à la représentation corporelle dans le cerveau. Une thématique peu ou pas traitée au cinéma qui va être ici au centre du film puisque le personnage d’Amir pense voir sa jambe pourrir petit à petit et nourrit le désir secret de se débarasser de ce bout de corps qui l’encombre et qui lui occupe l’esprit à longueur de journée. Mais comment faire ? Comment faire passer ça pour un accident ? Comment vont réagir ses proches ? Malgré son apparence calme et presque dénué d’émotions, Amir est constamment pris entre l’enclume et le marteau et lorsque sa problématique vire à l’obsession et que ses hallucinations de jambe qui pourrit deviennent de plus en plus fréquentes, il est bien décidé à passer à l’acte. Viljar Bøe va mettre en scène son film comme un compte à rebours, avec ledit compte à rebours qu’on va voir écrit à l’écran de manière régulière jusqu’au jour J qualifié « d’accident ». Ce système, couplé aux très récurrents courts flashbacks sur la falaise ensanglantée ou sur la jambe d’Amir, installe une tension sourde et apporte au spectateur la « satisfaction » de voir un plan, certes égoïste et étrange, se mettre en place méthodiquement jusqu’à son terme.

Et c’est d’ailleurs le principal problème de Above The Knee, ses trop nombreux flashbacks et la façon dont il s’attarde à outrance sur cette jambe. Certes, c’est au centre du récit, ça aide à installer une ambiance malaisante et tendue, mais ça donne aussi l’impression que Above The Knee ressemble à un court ou moyen métrage qu’on aurait artificiellement étiré pour péniblement arriver à 1h15 génériques compris. Malgré tout, Above The Knee fait les choses comme il faut pour maintenir l’attention du spectateur. La mise en scène est bonne et la photographie réussie, tout comme la bande originale, souvent très subtile, qui contribue également à la narration avec par exemple ces sons aigus durant les flashbacks qui font prendre conscience aux spectateurs à quel point il est difficile de vivre avec ce genre de pensées et à quel point ce symptôme pèse sur l’esprit d’Amir. Bien que ce dernier ne soit au final que peu approfondi, on vit avec lui cette descente aux enfers, on vit avec celui cette intériorisation de son mal-être jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le contenir et qu’il commence à devenir irritable, se montrant d’un coup brusque avec son patron (et également ami) et sa petite amie Kim. Quelque part, Above the Knee a un côté terrifiant car tout du long, on nous interroge si Amir va trouver la paix s’il se fait amputer la jambe et quels seront les impacts sur sa vie, il nous interroge sur la façon dont nous réagirions nous, spectateurs, si un proche était atteint du même syndrome qui est clairement difficile à comprendre ou à accepter. Above the Knee est un film qui tend vers le bodyhorror mais évite le piège du pur film du genre voyeur ou gore. On ne nous montre ici presque rien, et quand le moment fatidique arrive, on reste sur du hors champ, car ce n’est pas ce qui intéresse le réalisateur qui privilégie la longue descente aux enfers aux effets visuels chocs, ce qui au final s’avère payant avec cette ambiance froide, épurée, parfois clinique, comme pour retranscrire l’isolement mental du personnage principal. Above The Knee aborde les thèmes de la honte, de la solitude, du décalage complet entre son corps et la vision qu’on en a, mais sans jamais rendre l’ensemble artificiel et sans jamais diaboliser le personnage d’Amir qui au final ne cherche pas à se détruire par haine de soi, mais à se corriger pour correspondre à l’idée mentale qu’il a de sa propre identité. Le sourire qu’il arbore sur la peinture qu’il peint nous le fait comprendre en un seul plan.

LES PLUS LES MOINS
♥ Bien mis en scène
♥ Une tension bien gérée
♥ L’ambiance froide et pesante
♥ Les thématiques abordées
⊗ S’étire parfois artificiellement
⊗ Une caméra parfois trop tremblotante
⊗ Des personnages secondaires un peu plats

Entre drame intime et thriller psychologique, Above the Knee manque parfois d’ampleur, mais avec sa thématique rarement traitée au cinéma, il demeure une bobine des plus intéressantes pour qui n’a pas peur d’être mis dans une position inconfortable.



Titre : Above the Knee
Année : 2024
Durée : 1h16
Origine : Norvège
Genre : Jambe gênante
Disponibilité : SVOD (ShadowZ)
Réalisateur : Viljar Bøe
Scénario : Viljar Bøe, Freddy Singh

Acteurs : Freddy Singh, Julie Abrahamsen, Louise Waage Anda, Viggo Solomon, Halfdan Hallseth


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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