[Film] The Mission, de Johnnie To (1999)


Monsieur Lung, un chef de triade respecté, vient tout juste d’échapper à un assassinat qui le visait, dans le restaurant de Gros Chung, le Superbowl. Afin de jouer la carte de la discrétion pour retrouver le commanditaire de cette tentative de meurtre, son bras droit Franck fait appel à Curtis, un de ses anciens hommes de main devenu depuis simple coiffeur. Lorsque celui-ci arrive au bureau de Lung, il se voit chargé d’une importante mission : suivre le parrain nuit et jour. Et pour se faire, il devra faire équipe avec d’autres cracks, son ami James, Mike ainsi que Roy et son jeune protégé Shin. Mais après une nouvelle tentative d’assassinat qu’ils font échouer de justesse, des tensions naissent dans le groupe.


Avis de Cherycok :
Autant j’ai vu des milliers de films, autant il y a plein de classiques que j’ai toujours évités, car toujours désireux de découvrir des films dont personne ne parle, afin de les faire découvrir à mon tour. On peut trouver le principe étrange mais c’est ainsi que je fonctionne et je découvre du coup, des années après tout le monde, des films tels que Les Incorruptibles, L.A. Confidential ou encore Les Affranchis. Pour le cinéma asiatique, c’est la même chose. Ça fait bien 30 ans que je regarde des films de Hong Kong, et il y a plein de classiques que je n’ai jamais voulu voir à l’époque. Du coup, je me rattrape aujourd’hui et c’est ainsi que je découvre en ce début 2022 un des classiques du cinéma de Johnnie To, The Mission, premier film du réalisateur à être sorti sur les écrans de cinéma français. Et quel pied !

Le scénario est on ne peut plus simple. Un chef de triade échappe à un assassinat. Il fait appel à un groupe de « professionnels » pour le protéger lui et sa femme H24 et leur demande de trouver qui veut sa peau. Voilà, c’est tout. Oui, il est presque inexistant et pourtant cela ne gêne à aucun moment. Pourquoi ? Parce que cela va permettre à Johnnie To de centrer son film sur ses nombreux personnages, bien les développer, bien les caractériser, développer les relations qui vont naitre entre eux, qu’elles soient amicales ou conflictuelles. Alors on va assister à des moments de vie tout simples : une discussion dans une cuisine, des rigolades lorsque l’un d’entre eux « piège » la cigarette d’un autre, une partie de « foot » avec une boule de papier chiffonné, le partage d’un repas, ou d’une bière au bord de la piscine, … Ou des moments un peu plus tendus, comme lorsqu’ils s’énervent pour X ou Y raison, lorsque l’un d’eux fait quelque chose que d’autres jugent inadmissible. Et si ces scènes fonctionnent autant, c’est parce que le travail des acteurs est tout bonnement excellent. Anthony Wong est tout en retenue, Francis Ng constamment sur le fils du rasoir, prouvant une fois de plus leur talent. Les autres ne sont pas en reste, avec par exemple un Roy Cheung bien moins cabotinant qu’à l’accoutumée et nous prouvant qu’il est tout aussi crédible lorsqu’il reste calme et posé. Jackie Lui s’en sort également bien dans le rôle du jeune premier qui a mis toute sa loyauté en son mentor. Simon Yam, omniprésent à cette époque, fait du Simon Yam comme on l’aime. Lam Suet est comme à son habitude, tout en bonhomie avec son visage rondouillard, dans un rôle qui préfigure celui qu’il tiendra dans PTU quelques années plus tard. Johnnie To a clairement un talent pour créer des personnages mémorables et The Mission en est l’exemple même.

Mais un autre de ses talents, c’est de créer des scènes d’action percutantes. Car The Mission, ce n’est pas que de la parlotte et du développement de personnages. C’est aussi des gunfights venant casser un rythme faussement lent. Et quels gunfights ! Ils sont tout simplement sublimes, eux aussi très statiques dans la façon dont ils sont mis en scène, que ce soit celui contre le sniper, celui dans l’usine désaffectée ou celui dans le gros supermarché, mais pourtant réellement intenses car, une fois de plus, To met les personnages au centre de ses scènes d’action. Jeux sur les regards, partie de cache-cache, dans des herbes hautes, derrière des poteaux, derrière des voitures, avec presque rien To arrive à faire naitre une grande tension et un climat des plus pesants. Sa réalisation est d’ailleurs à saluer. Que ce soit juste pour capturer des moments de vie ou pour filmer des échanges de coups de feu, sa mise en scène fait preuve d’une réelle maitrise (To est d’ailleurs considéré et cité comme référence par de nombreux réalisateurs). Les cadrages sont souvent ingénieux et le résultat est visuellement réussi. La musique tient également une place importante avec un thème récurrent du début à la fin. Elle pourra paraitre étrange au début, absurde même, tant ces notes façon synthétiseur Bontampi paraissent inadéquates et simplistes, mais pourtant ça fonctionne et ça reste en tête des heures durant après avoir vu le film.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un casting impeccable
♥ La mise en scène
♥ Cette musique entêtante
♥ Les gunfights
⊗ Scénario simpliste
Avec peu de moyens, Johnnie To met en scène un The Mission de haute volée. Un film simple mais ultra efficace qui marque les esprits grâce à ses scènes d’action percutantes et ses personnages très réussis. Clairement un des meilleurs polars de la fin des années 90.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Martin Chappell, ingénieur du son sur Time and Tide de Tsui Hark, a conçu les effets sonores de The Mission. Il a poussé le vice jusqu’à créer un son distinct pour chaque revolver des membres de l’équipe de Curtis.

• Pour ce film, Johnnie To a remporté le prix du meilleur réalisateur aux Hong Kong Film Awards de 2020. Le film était également nominé dans 4 autres catégories, celui du meilleur acteur de second rôle pour Lam Suet, meilleures chorégraphies de l’action pour Cheng Ka-Sang, meilleur montage pour Andy Chan, et meilleur bande originale pour Chun Chi-Wing.

• Une petite erreur grossière s’est glissée dans le film lors du gunfight dans l’entrepôt. Pendant la fusillade, une fenêtre est trouée par des tirs. Quelques coups de feu plus tard, elle est de nouveau intacte.



Titre : The Mission / 鎗火
Année : 1999
Durée : 1h24
Origine : Hong Kong
Genre : Triades
Réalisateur : Johnnie To
Scénario : Yau Nai-Hoi, Milkyway Creative Team

Acteurs : : Anthony Wong, Francis Ng, Simon Yam, Jackie Lui, Roy Cheung, Lam Suet, Eddy Ko, Wong Tin-Lam, Sato Keiji, Paco Yick, Ai Wai, Jerome Fung

 The mission (1999) on IMDb


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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Feroner
10 janvier 2022 18:26

Je me rapelle qu’a l’époque d’HKmania t’avais pas vu time and tide, c’est toujours le cas ? J’avais beaucoup aimé a l’époque il y a 20 ans!!! Le coup de vieux que je viens de prendre. Faut que je le revois mais les captures ca pue le dvd début 2000. C’est marrant car a l’époque j’y connaissais pas grand au ciné HK j’avais pas capté qu’il y avait plein d’acteur connus.

Feroner
Reply to  Cherycok
11 janvier 2022 8:12

Jay Chou ? Il est pas dans Time and Tide.

Feroner
11 janvier 2022 15:18

C’est vrai que Wu Bai n’a rien d’exceptionnel et d’ailleurs le casting de Time and Tide est assez étrange. À part Anthony Wong il n’y a pas d’acteu0rs connu ou confirmés car Nic Tse était pas connu a l’époque.

Raph
Raph
11 janvier 2022 20:19

C’est marrant, j’ai également vu le film pour la première fois y a pas si longtemps que ça. Et la mise en scène m’a scotché, les scènes d’action sont limite des parties d’échec, presqu’un rpg tactique 😀 . J’ai jamais eu l’occasion de m’intéresser à Johnnie To. Les seuls films que j’avais vu de lui dataient d’avant (The Heroic Trio, Justice my Foot…) et quand il a explosé dans les années 2000, je m’étais déjà « éloigné » du ciné HK, honte à moi 😀 Du coup je découvre son oeuvre que depuis quelques mois (Breaking News m’a également scotché niveau mise en scène) !

Nasserjones
11 janvier 2022 22:40

Film culte pour moi. Quand je l’ai vu pour la première, j’ai tellement aimé le personnage de Francis Ng en gangster nerveux et impatient que depuis je met toujours sa tête en avatar sur tout les forums où je vais.
Johnnie To me manque terriblement. Dans les années 2000, il avait remplacé John Woo dans mon cœur. Chaque année, il sortait au moins un polar qui me faisait plaisir. A hero never die, Where a good man goes, The mission, Fulltime killer, PTU, Breaking news, Élection 1 et 2, Exilé, Vengeance, Mad detective, j’ai aimé chacun de ces films. Depuis Drug war je ne le retrouve plus. Pourtant il cherche toujours à faire des films originaux. Quand tu regardes Three, Office ou Chasing dreams, tu sens toujours cette volonté de faire des films différents, mais ça ne fonctionne plus, on dirait qu’il a perdu son inspiration.

Nasserjones
Reply to  Cherycok
12 janvier 2022 1:21

Chasing dreams est sympa. C’est un curieux mélange de comédie romantique/comédie musicale et film de mma. C’est un peu dans la ligné de certains de ses films plus légers comme Throw down ou Running on karma mais c’est quand même dans le polar que je rêve de le voir faire un vrai come back.

Feroner
12 janvier 2022 7:11

Je pense que ca m’intéresse plus le polar. Il est vieux et tourne plus beaucoup. Chassing Dream m’a déprimé déjà To qui fait un film Chinois et je peut pas supporter la pop asiat. Le MMA pareil j’aime pas pourquoi ils font plus de film de Kung Fu.
The office c’est le dernier que j’ai aimé une comédie musicale cynique j’ai trouvé ça super original et superbement filmé

Last edited 4 mois Il y a by Feroner