[Film] Grandma and her Ghosts, de Wang Hsiao-Ti (1998)

Un petit garçon de 5 ans part vivre chez sa grand-mère dans une petite ville de Taïwan. Peu après, il découvre que non seulement sa grand-mère tient un stand de nourriture, mais qu’elle est aussi douée pour capturer les fantômes. Un jour, il libère par inadvertance un fantôme féroce, qui libère à son tour tous les autres…


Avis de Cherycok :
Les meilleures surprises sont celles qu’on n’attend pas, quel que soit le domaine, et le cinéma ne fait pas exception à cette règle. Et c’est pour ça que j’aime me lancer dans des films que personne ne connait, pour tomber sur des petites pépites méconnues, ou tout du moins des bons films dont personne ne parle afin de, à mon tour, vous les faire découvrir via ces quelques lignes. Aujourd’hui, fait rare pour être signalé, c’est un dessin animé, en provenance de Taïwan, sorti en 1998. Oui, un dessin animé alors que ce n’est clairement pas la spécialité du site. Oui, mais un dessin animé qui sur le papier m’a immédiatement parlé, car traitant des mêmes thématiques qu’un sous-genre du cinéma de Hong Kong que j’apprécie particulièrement, la ghost kung fu comedy. Alors point de kung fu ici, mais des fantômes, de la comédie, et les thématiques de la vie, la mort et l’au-delà abordées via le prisme des croyances locales. Et puis, bien que complètement inconnu par chez nous, Grandma and her Ghosts est un film d’animation important à Taïwan, culte pour certains, qui a longtemps été compliqué à voir jusqu’il y a quelques années où il a eu droit à une restauration 4K et même une sortie blu-ray dans son pays.

A la fin des années 90, l’industrie de l’animation taïwanaise est presque inexistante, quasi exclusivement cantonnée à sous-traiter des studios américains et japonais. C’est là que le gouvernement fait son apparition et souhaite que Taïwan ait son mot à dire en termes d’animation, et pourquoi pas même concurrencer le Japon à ce jeu-là. Le projet est confié à la réalisatrice Wang Hsiao-Ti et au scénariste Wong Lai-Ming et c’est ainsi que né en 1998 Grandma and her Ghosts. Mais créer un film d’animation à Taïwan à la fin des années 90 n’était pas chose aisée et l’équipe du film n’avait tellement pas d’expérience dans le domaine au point que, pour certains aspects, ils ont dû faire appel à des studios coréens pour les épauler. Le film a été un joli succès critique à l’international, raflant des prix dans divers festivals (Vancouver, Chicago, …), et est aujourd’hui considéré comme un chef d’œuvre local, pionnier dans sa façon de raconter l’identité et le folklore de Taïwan, parfois comparé à certains films du studio Ghibli. Pourtant, à sa sortie, Grandma and her Ghosts a clairement manqué de reconnaissance et a même créé une polémique. En effet, alors que le film était le grand favori pour le prix de la Meilleure Animation aux Golden Horse Awards, qui sont les récompenses taïwanaises qui récompensent les films d’expression chinoise (qu’ils viennent de Taïwan, Hong Kong, Singapour, Chine, …), le jury a refusé de lui attribuer la récompense, qualifiant le film de « propagande pour les superstitions féodales » et d’être « régressif pour la société », laissant la catégorie vacante cette année-là. L’identité populaire et religieuse des classes rurales sur lesquelles s’attarde l’animé n’a clairement pas caressé dans le sens du poil l’élite taïwanaise de l’époque. Mais au final, Grandma and her Ghosts, ça raconte quoi ? Eh bien c’est l’histoire d’un petit garçon qui se voit obligé de passer quelques jours chez sa grand-mère bizarre dans un petit village et qui va comprendre que sa grand-mère est bien plus qu’une marchande de poisson. Mais surtout, du haut de ses cinq ans, il va apprendre ce qui se cache derrière les notions de « vie », de « mort » et « d’au-delà », et ça va changer sa façon de considérer sa grand-mère mais aussi sa vision de voir les choses.

Alors soyons clairs tout de suite, si Grandma and her Ghosts est parfois comparé à des films du studio Ghibli, ce n’est pas pour sa technique. Certes, tout ce qui est décors et arrière-plan tient plutôt bien la route, avec même de jolis plans d’ensemble. Certaines scènes sont étonnement soignées, comme par exemple celles qui impliquent le chat possédé. Mais en termes de design de personnages et surtout en termes d’animation pure, on sent clairement que Grandma and her Ghosts n’a pas bénéficié d’un énorme budget et qu’il n’y avait pas de grands spécialistes à la barre. C’est plus au niveau de l’importance culturelle de l’histoire, ici résolument ancrée à Taïwan, avec une forte saveur de spiritualisme concernant la mort et l’au-delà, que l’animé est marquant. La grand-mère du jeune héros est un prêtre taoïste qui célèbre des cérémonies pour les défunts afin de libérer les esprits et de les aider à poursuivre leur chemin vers l’au-delà. On parle de la fête des fantômes au mois de juillet avec une porte vers l’au-delà qui va rester ouverte tout le mois. Il est question de fête du Pudu, un évènement où chacun amène à manger pour les fantômes esseulés qui errent perdus dans l’entre-deux. On y retrouve ces esprits maléfiques enfermés dans des jarres scellées par des talismans ou encore la célèbre épée en saule des prêtres taoïstes que les amateurs de ghost kung fu comedy hongkongaises ont pu voir moult fois. Forcément, ce film parle au public chinois, et pour les néophytes, il permet de comprendre un peu plus tout ce folklore local autour de la mort. Mais surtout, Grandma and her Ghosts est un film vraiment tout mignon, rempli de bons sentiments, sans le côté dégoulinant de la chose. Certes, nous sommes ici en face d’un film pensé pour les plus jeunes, mais au final on se laisse emporter quel que soit notre âge par les aventures colorées de ce jeune garçon certes parfois un peu énervant, mais qui découvre tant de chose dans ces vacances forcées chez sa grand-mère bizarre. Il règne dans ce film une certaine insouciance et surtout une grande accessibilité même pour ceux qui seraient étrangers à toutes les thématiques abordées. Il n’y a rien d’épique ici, jusque dans son final peut-être un peu précipité, juste une petite escapade énergique, mignonne et souvent amusante dans laquelle les larmes d’une grand-mère et l’empathie d’un jeune enfant sont la solution à tous les maux. Il y a parfois juste besoin de simplicité et de sincérité pour passer un bon moment, et il y a tout ça dans Grandma and her Ghosts.

LES PLUS LES MOINS
♥ Les personnages
♥ Des décors réussis
♥ Les thématiques abordées
♥ Très coloré
♥ Tout le folklore taïwanais
⊗ Une animation rudimentaire
⊗ Quand même pour les plus jeunes
⊗ Une fin peut-être un peu trop rapide

Culte à Taïwan, au point d’être restauré en 4K, et pourtant totalement méconnu dans le reste du monde, Grandma and her Ghosts est un film d’animation à la fois mignon et sociologiquement fort, qui permet de comprendre l’âme de Taïwan.

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • Plus de 30 ans après, une suite va voir le jour. Prévue pour 2026, elle devrait s’appeler Granny and Magic Sprout.


Titre : Grandma and her Ghosts / 魔法亞媽
Année : 1998
Durée : 1h24
Origine : Taiwan
Genre : Ghost comedy
Disponibilité : Blu-ray (import)
Réalisateur : Wang Hsiao-Ti
Scénario : Wong Lai-Ming

Acteurs : Wen Ying, Hsu Chieh-Hui, Helena Law, Michael Huang, Lo Pei-An, Chen Yu-Hsun, Wang Ming-Tai, David Chao, Hsu Fu-Chun, Chang Ko-Chung, Lee Hsiao-Ping



















0 0 votes
Article Rating

Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires