[Film] Southbound, de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et Radio Silence (2015)

Cinq histoires s’entremêlent sur une route poussiéreuse du Sud des Etats Unis.


Avis de Rick :
L’exercice du film à sketchs est toujours risqué. Mais depuis quelques années, la mode revient, le film à sketchs n’est plus le lointain souvenir des années 80. Avant, nous avions donc Creepshow, Darkside, Cat’s Eyes et j’en passe, et à présent, nous avons V/H/S et ses deux suites, The ABC of Death et sa suite, Tales of Halloween, The Theatre Bizare. Mais qu’il s’agisse des années 80 ou des années 2000, les films souffrent toujours du même défaut. Avec des histoires diverses, des styles divers, et des réalisateurs différents, chaque film finit déséquilibré, avec des segments au-dessus des autres, et certains bien en dessous. Southbound, rebaptisé pour sa sortie DVD (pas de Blu-Ray en France) 666 Road (mais ce titre de série Z quoi…), essaye d’éviter cet effet. D’ailleurs, l’équipe à la mise en scène des cinq segments sont des connaisseurs. Roxanne Benjamin était productrice sur les trois V/H/S (et l’excellent Faults avec Mary Elizabeth Winstead), David Bruckner était réalisateur d’un segment sur le premier V/H/S (qu’il a d’ailleurs adapté en 2016 en long métrage avec SiREN), Patrick Horvath avait écrit et réalisé The Pact 2 et le collectif Radio Silence avait œuvré sur le dernier sketch du premier V/H/S. Oui, ils connaissent le genre, ils connaissent les films à sketchs, mais ici, pas de found footage (dieu merci), mais cinq histoires qui pour une fois, nous sont racontées différemment. Oui, nous n’aurons pas un fil conducteur amenant une histoire sur l’autre, chaque histoire s’enchaîne, amenée par un personnage d’une précédente histoire s’aventurant quelques instants dans l’histoire suivante. Un procédé qui semble tout con, mais qui finalement donne l’impression d’une œuvre homogène et pensée comme un tout, et non pas comme 5 histoires aux styles différents.

En faisant cela, l’équipe du film a déjà un bon point dans sa poche. Pas de fil conducteur raté et prétexte à amener les intrigues, Southbound commence d’emblée et ne va pas nous lâcher pendant 1h30, nous donnant l’impression d’harpenter avec les personnages ces routes du Sud de l’Amérique, cette route qui semble sans fin, amenant à l’enfer, ou allez savoir, bien pire. Et même si encore une fois, certains moments sont un peu moins convaincants, notamment la dernière histoire, elle reste d’un niveau tout à fait regardable. Dans Southbound donc, il est question d’horreur, sous toutes ces formes, avec des créatures étranges et infernales, des villes vides de tout habitant, des messes, des boucles temporelles. Chaque intrigue a ses personnages, son genre, son approche du fantastique, mais dans un tout cohérent, que ce soit l’histoire de Jack et Mitch fuyant dans le désert des créatures étranges, ou alors les trois membres d’un groupe qui tombent en panne et rencontrent une famille étrange, le pauvre Lucas qui renverse par accident une jeune femme, et de Danny qui fera des rencontres étrange en recherchant sa sœur. Le spectateur s’enfonce tout comme les personnages dans la folie, dans une vision bien particulière de l’enfer.

Le métrage, sans temps mort, se fait prenant, l’atmosphère sombre et poussiéreuse se fait de plus en plus pesante au fur et à mesure que les histoires évoluent et que le film parvient à se renouveler sans jamais laisser retomber la tension. Si bien que oui, lorsqu’arrive la dernière histoire, ramenant au début du métrage pour boucler la boucle, celle-ci nous paraît alors beaucoup plus classique que les autres, et donc moins prenante et palpitante, tout en étant d’un bon niveau également. Les différents réalisateurs se sont appliqués pour livrer un film passionnant, cohérent, et hypnotisant. L’ensemble ne semble finalement ne former qu’un tout, impression renforcée par la splendide bande son, à la fois par le score musical composé par The Gifted, aux relents années 80, que par la radio écoutée par les différents personnages et son présentateur radio qui nous invite à plonger un peu plus dans les ténèbres. Entre ses intrigues intéressantes, son ambiance poisseuse et étrange, ses effets spéciaux souvent à l’ancienne d’un très bon niveau et l’originalité de certaines histoires, Southbound ne fait certes pas un parfait, mais s’avère une des plus solides productions du genre.

LES PLUSLES MOINS
♥ Un tout cohérent
♥ L’ambiance générale
♥ La bande son, géniale
♥ Des histoires variées et prenantes
⊗ La dernière histoire un peu moins bonne
note8
Excellente surprise que ce Southbound. Cohérent de bout en bout et sans temps mort, le métrage est une rareté dans le genre du film à sketchs, parvenant à intéresser tout le long et à proposer un univers qui tient la route.



Titre : Southbound – 666 road

Année : 2015
Durée :
1h29
Origine :
U.S.A.
Genre :
Fantastique
Réalisation : 
Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et Radio Silence
Scénario : 
Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath, Matt Bettinelli-Olpin, Susan Burke et Dallas Hallam
Avec :
Chad Villella, Matt Bettinelli-Olpin, Kristina Pesic, Fabianne Therese, Nathalie Love, Hannah Marks et Dana Gould

 Southbound (2015) on IMDb


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Cherycok
Administrateur
31 juillet 2018 7:44

C’est souvent ca qui fait que je ne suis pas amateur de film à sketch, le fait qu’il n’y ai souvent aucun liant entre chaque sketch. J’aime bien avoir une seule histoire quand je me lance dans un film. Ou alors je me regarde un court métrage de 10 ou 15min. Mais là, c’est cool s’ils ont réussit à faire une sorte de continuité tout le long. Le coup du personnage d’une histoire qui s’aventure un peu dans la suivante est effectivement tout court mais c’est pourtant sans doute la meilleure solution.

Cherycok
Administrateur
31 juillet 2018 14:19

Oui, mais malgré tout ca reste un film à sketchs lol

Matt
Matt
31 juillet 2018 15:28

M’enfin c’est cool les films à sketchs.
Franchement je trouve que certaines histoires ou certains concepts horrifiques ne peuvent pas tenir sur 1h30. ça deviendrait chiant. J’en parlais je sais plus où à propos de films étirés en longueur pour rien.
En plus les séries TV avec des épisodes de 20 ou 30min comme les contes de la crypte, ça ne semble plus exister. Et du coup le film à sketchs peut vraiment mettre à profit son format pour raconter des histoires courtes qui fonctionnent.

Il y a des films à sketchs plus anciens que ceux cités encore, comme les 3 visages de la peur, le train des épouvantes (sympathique fil rouge entre les histoires, mais sketchs à la qualité très variable hélas), l’empire de la terreur (de la série de films adaptant Poe par Roger Corman)

Je vais peut être tenter ce Southbound en tous cas^^ Merci pour cette critique d’un film dont je n’avais pas du tout entendu parler.

Paganizer
31 juillet 2018 21:16

C’est vrai qu’en matière de films à sketches, le meilleur cotoie le sympa qui cotoie le pire..
J’adore les “CreepShow” (des grands classiques), “The Theatre Bizarre”, “Little Deaths” et le 1er “ABC’s of Death” (bien que les sketches soient inégaux..)
“3 Extremes” m’avait un peu déçu..j’avais préféré “3 Histoires de l’Au-Delà” !
Ce Southbound est bien tentant…je n’en avais pas entendu parler non-plus..
Mais pourquoi pas, la chose semble pas trop mal troussée et bien pensée !

Matt
Matt
Reply to  Paganizer
4 août 2018 11:10

J’avais été déçu aussi par 3 extrèmes. J’avais bien aimé le sketch avec les femmes qui bouffent des foetus…mais il est aussi sorti séparément en version “longue” sous le titre “nouvelle cuisine”.
3 histoires de l’au delà je crois que j’avais bien aimé aussi, mais je m’en souviens à peine. Faut que je le revoie.

Matt
Matt
31 juillet 2018 21:53

Il y a “trick n’ treat” aussi sur le thème de Halloween. Pas sorti chez nous.

Matt
Matt
31 juillet 2018 21:53

C’est d’ailleurs par le même réal que Krampus.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Matt
1 août 2018 7:59

Oui, je l’ai depuis un moment, faudrait que je le regarde car j’avais adoré Krampus.

Cherycok
Administrateur
1 août 2018 8:00

666 Road, tiens, quasi le même titre que le deuxième et dernier film du réalisateur de Scarecrows que j’ai chroniqué très récemment, sorti chez nous sous le titre Route 666 ^_^