[Film] Song of the Assassins, de Daniel Lee (2022)


Tout en recherchant le meurtrier de son père, le membre d’un ordre secret d’assassins se voit pris au cœur d’une conspiration.


Avis de NasserJones :
Daniel Lee fait partie de cette catégorie de réalisateurs qui a signé le film de sa vie dès son premier coup d’essai. Ce fut en 1994 avec What Price Survival (Frères d’arme chez nous), magnifique relecture du mythe du sabreur manchot dans une Chine fantasmée des années 20, à la fois bombe esthétique, œuvre romantique et nostalgique et film au style unique malgré une grosse influence très visible de Wong Kar-Wai (notamment avec les combats en accélérés). Le film n’est pas un immense succès et encore aujourd’hui il reste méconnu, y compris chez les amateurs de cinéma HK, néanmoins il permet à Daniel Lee d’entrer direct par la grande porte. Tsui Hark lui propose de tourner Black Mask avec Jet li qui servira d’inspiration principale aux sœurs Wachowski pour Matrix avec sa photographie verte (Daniel Lee avait à l’époque commandé une pellicule verte à Kodak pour obtenir cette couleur d’image). Après ça, Daniel Lee comme beaucoup d’artisans hongkongais va œuvrer pendant 10 ans dans presque tous les genres, aux grés des opportunités, du drame familiale Till Death Do Us Part, à la romance Moonlight Express ou au film de boxe thai A Fighter’s Blues. En 2005, le film d’action urbain produit par Steven Seagal, Dragon Squad, va marquer un tournant dans sa carrière. Daniel Lee se lâche complètement pour aller jusqu’au bout de son style. Dragon Squad est une sorte de Man on Fire à la sauce HK où Lee se laisse aller à tous les délires visuels possibles, ralentis, images accélérées, arrêts sur l’image, passages en noir et blanc, flashbacks à profusion, présentation des personnages façon jeux vidéo, le tout monté de façon très cut. Le style Daniel Lee ultra esthétique est définitivement né, pour le meilleur comme pour le pire, et le transformant en réalisateur très clivant. Il va à ce moment profiter des fonds venus de Chine Continentale pour réaliser un des rêves de sa vie, sa propre adaptation des Trois Royaumes, après celle de John Woo. Il reprend tous les éléments de style utilisés dans Dragon Squad en y ajoutant un soin particulier porté aux costumes, armes et armures. Il va à partir de ce moment se transformer en spécialiste du néo wu xia hongkongais jusqu’à en devenir le dernier défenseur et enchainer les films dans ce genre (14 Blades, White Vengeance, Dragon Blade).

Song of the Assassins reprend tous les habituels ingrédients des wu xia de Danie Lee, aussi bien les bons comme les mauvais. Etrange d’ailleurs comment certains réalisateurs s’obstinent inlassablement à répéter les mêmes fautes de mauvais goût. Daniel Lee fait vraiment partie de ceux-là avec une fois de plus des CGI immondes. CGI qu’il avait commencé à utiliser dès 14 Blades et qui gâchaient déjà en partie le film. Il avait après ça touché le fond avec Time Raiders et ses serpents numériques dignes de la plus mauvaise série Z de la TNT. Mais peu importe, il remet le couvert sur ce film avec une fois de plus des tonnes de CGI dégueulasses comme ce n’est pas permis. Il continue aussi avec son habituelle présentation de chaque personnage façon jeux vidéo. Ici on se croirait même dans Power Ranger. Et il y a son habituel montage beaucoup trop cut, tous ses tics de réalisations inutiles et superflus donnant un aspect clipesque à son film. Car Daniel Lee semble obsédé par l’idée de continuer à faire des films dans l’air du temps, qui puissent plaire aux jeunes et peut-être se dit-il que ce style un peu clip reste branché. Bien que le résultat artistique soit discutable, son succès commercial depuis maintenant une quinzaine d’années lui donne finalement raison. Daniel Lee tourne un peu en rond aussi sur ce Song of the Assassins qui sonne beaucoup trop dans son style visuel tout comme dans son intrigue comme un remake moins bon de 14 Blades, jusque dans son personnage principal d’assassin solitaire et torturé seul contre tous, complètement décalqué sur le personnage de Donnie Yen. Pareil pour cette histoire de clan secret d’assassins déjà vu dans 14 Blades, les armes et les gadgets utilisés. Si dans 14 Blades Donnie Yen utilisait une valise d’où jaillissaient ses épées, le héros ici utilise une main mécanique lançant des shurikens et d’où sort son sabre. Disons-le clairement, Song of the Assassins n’est pas le film le plus inspiré de son réalisateur et on repassera pour de la nouveauté.

Néanmoins en cette période de vache maigre où les wu xia pian sont devenus aussi rares que les hommes politiques français sans histoires de viols sur le dos, Song of the Assassins est quand même le bienvenu. On retrouve les éléments qu’on aime bien dans le cinéma de Daniel Lee et notamment du rythme dans le déroulement de l’action et de sympathiques combats aériens où les combattants enchainent les saltos arrières et acrobaties câblées en tout genre. Comme dans tous les films de sabre de Daniel Lee, les personnages ont tous des looks très soignés et utilisent tous des sabres fantaisistes ressemblant plus à des rasoirs Wilkinson géants plutôt qu’à des épées. On retrouve aussi ce côté nostalgique avec toujours une galerie d’acteurs old school qu’on aime retrouver (Daniel Lee reste un grand fan des films de la Shaw Brothers) comme Norman Chu, Kenneth Tsang, Ray Liu ou Jack Kao et quelques moments de poésie distillés par-ci par-là avec quelques belles séquences sous la neige. L’intrigue bien qu’assez prévisible, se laisse suivre tranquillement jusqu’à son combat final opposant le héros au grand traitre à mi-chemin entre un final de King Hu et une baston des X-Men.

LES PLUSLES MOINS
♥ Des combats assez fun et efficaces
♥ Du rythme
♥ L’habituel soin apporté aux costumes, décors et armes de Daniel Lee
♥ L’esthétisme et le style visuel à part de Daniel Lee
⊗ Des CGI horribles
⊗ L’introduction de chaque personnage à la Power Ranger grotesque
⊗ L’impression d’être devant un 14 Blades bis

Même si Song of the Assassins n’est qu’un remake moins bon de 14 Blades, il se laisse regarder avec plaisir pour peu qu’on aime le style particulier de Daniel Lee. On y retrouve tous les ingrédients habituels des films de sabre du réalisateur.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Les chorégraphies sont assurées par le chinois Han Guanhua qui avait déjà été à l’œuvre sur des films tels que Little Big Soldier (2010), Police Story 2013 (2013) et Vanguard (2020). C’est également lui qui avait mis en boite les scènes d’action de The Foreigner (2017), Animal World (2018) et 12 Hours (2022).



Titre : Song of the Assassins / 刺局
Année : 2022
Durée : 1h58
Origine : Chine / Hong Kong
Genre : Wu Xia Pian
Réalisateur : Daniel Lee
Scénario : Daniel Lee

Acteurs : William Feng, Hu Jun, Gina Jin Chen, Wang Qing-Xiang, Jack Kao, Kenneth Tsang, Ray Lui, Hugo Ng, Norman Chu, Du Yu-Ming, Yuen Cheung-Yan

 Song of the Assassins (2022) on IMDb


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Auteur : Nasserjones

Fan névrosé de cinéma HK, élevé aux girls with guns et heroic bloodsheed, j'essaye depuis quelques années de me soigner comme je peux en m'ouvrant un peu plus à des films plus intimistes et différents. Des Philippines au Kazakhstan, de la Corée à l'Indonésie, je poursuis tant bien que mal mon auto-thérapie.
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Cherycok
Administrateur
4 juillet 2022 14:39

J’aime bien Daniel Lee. Comme beaucoup, je l’ai découvert avec la VHS de What Price Survival (Frères D’Armes chez nous) qui était sorti chez Polygram avec City on Fire, Big Bullet et autres On The Run. Puis après, ce fut avec Blackmask que j’avais adoré. Son Moonlight Express m’avait moins plus, je m’attendais pas trop à de la romance lorsque je l’avais maté sans rien savoir dessus en même temps. A Fighter’s Blues était par contre très cool. 14 Blades, j’avais trouvé ca sympathique, pas exceptionnel mais tout du moins divertissant, tout comme Dragon Blade, et c’est tout ce que j’ai vu de lui. J’ai son Three Kingdoms à voir en DVD/BR. Ce que tu dis de Song of the Assassins, à voir pourquoi pas un soir avec une envie de WXP. Merci de ton texte en tout cas.

JoohnnieTo
JoohnnieTo
4 juillet 2022 23:16

Hate d’avoir une sortie Bluray FRA avec doublage VF…

realrampage
realrampage
5 juillet 2022 0:06

j’ai revu What price survival y’a pas longtemps c’est un classique alors faut avoir le dvd mais la deuxième fois c’est toujours pas ça. Faut dire que voir tout le film en accélérer au debut, je peux pas !
Meilleure punchline ciné-politique de 2022.
Est-ce qu’en periode de vache maigre on est obligé de voir des trucs pas ouf ou ne faut-il pas revoir des chefs d’œuvre ?

Feroner
Reply to  realrampage
5 juillet 2022 8:52

Les deux évidemment car dans les trucs pas ouf peut ce cacher une bonne surprise ou même une pépite comme Limbo.

Cherycok
Administrateur
Reply to  Nasserjones
5 juillet 2022 9:09

Pareil. Je ne cherche pas à voir que des chefs d’œuvre. Quand je vois un film sympa je suis déjà content. Et puis parfois un mauvais film te fait apprécier encore plus un film juste sympa que tu vois juste après ^_^