[Film] Schizo, de Pete Walker (1976)

Londres dans les années 70. Alan et Samantha se sont mariés. Alan est un industriel qui a réussi et Samantha, une championne de patinage artistique. Ils ont tout pour être heureux, vivent dans une belle maison bourgeoise de la capitale anglaise et ont des amis solides. Ce mariage fait d’ailleurs la une des journaux, comme un symbole de leur réussite sociale. Dans un autre endroit du pays, plein de fumée, de pauvreté et de « working-class », un homme aperçoit la photo dans le journal, saute dans un train pour mettre à mal ce pur bonheur conjugal apparent.


Avis de Rick :
Bien que plutôt méconnu (inconnu ?) en France, Pete Walker a, à l’étranger, sa petite réputation d’artisan solide de petites bobines Anglaises à tendances horrifiques. Il avait même eu droit, il y a de ça des années, à un beau coffret Blu-Ray chez l’éditeur Redemption en Amérique (un éditeur de bon goût, puisqu’ils ont aussi beaucoup de Jess Franco et Jean Rolin dans leur catalogue, et oui, j’ai quasi tout). Et alors que le coffret traine depuis des lustres dans ma collection sans même avoir été ouvert, une envie soudaine de me replonger dans les années 70 m’aura poussé à franchir le pas, et à me jeter sur le troisième film du coffret, à savoir donc, Schizo. Pourquoi lui ? Simple, et je l’ai souvent déjà dit, mais dans les années 70, en particulier en Angleterre, une poignée d’actrices demeurent parmi mes favorites, malgré des carrières souvent courtes. Il y a Pamela Franklin (La Maison des Damnés, And Soon the Darkness, Soudain… les Monstres), mais il y a aussi Lynne Frederick, actrice principale de Schizo, et qu’en France, l’on peut découvrir chez Fulci (Les 4 de l’Apocalypse) ou dans le culte et étrange Phase IV. Et au bout du compte, Schizo est exactement ce que l’on peut attendre d’un petit film d’exploitation Anglais des années 70, avec des inspirations très (trop ?) marquées, qui viennent en quelque sorte tuer le suspense tant du coup ces ressorts deviennent prévisibles et attendus, mais qui fait les choses assez bien pour rester divertissant sur la durée, malgré un premier acte un peu longuet il est vrai. Car avec Schizo, jamais Pete Walker ne cherche à cacher ses deux influences principales, toutes deux reliées au genre qu’il met ici en image. Non, pas l’horreur à proprement parler, mais plutôt le thriller, le film à suspense, voire le film à twist. Les inspirations, on ne va pas les cacher bien longtemps, il y a ici beaucoup de Psychose de Hitchcock, mais aussi beaucoup de giallo, dont l’influence dans certaines scènes est quasiment impossible à dissimuler, notamment en ce qui concerne les meurtres, et une scène avec une médium qui n’est pas sans rappeler Les Frissons de l’Angoisse, sorti un an plus tôt.

Schizo joue rapidement ses premières cartes, dès son introduction, en nous présentant un couple marié et en apparence heureux, avec Samantha (la sublime Lynne Frederick donc) et Alan (John Leyton), et de l’autre, un homme qui semble très vite un brin déséquilibré, et en voyant la nouvelle du mariage dans le journal, s’empresse de prendre une machette, de la mettre dans son sac, et de prendre le train pour rejoindre Londres ou vit le couple. Pour s’en servir ? Pas vraiment, puisque Samantha va rapidement trouver la machette, et qu’à partir de là, autour d’elle, personne n’est véritablement en sécurité. Avec son titre et quelques scènes donc, impossible de ne pas penser à Psychose. Oui, on aura même droit à la scène de douche, et oui, Lynne Frederick dévoile plus que dans le film d’Hitchcock. Pour le giallo, évidemment, il y aura les meurtres, violents, une partie de l’esthétique même parfois, très solide, et so 70s dans l’âme, et donc cette scène avec une médium. Schizo néanmoins, après avoir joué assez rapidement ses premières cartes, tente de poser son rythme, de jouer sur la tension, sur le suspense, et il est vrai que la première partie n’est pas la meilleure du métrage, prenant en réalité un peu trop son temps, et donc, au départ, pas franchement engageant. Comme si le réalisateur, conscient de ses influences, et sachant qu’elles sont voyantes, tentait de surprendre en retardant l’inévitable, en refusant au public ce qu’il était venu voir, alors que clairement, Schizo est un film d’exploitation. Dans sa seconde partie par contre, c’est exactement l’opposé. Ça se réveille, tout s’enchaîne vite, parfois même trop vite, avec scènes de douches, égorgements, vue subjective du tueur comme dans un giallo, tête éclatée au marteau, corps écrasés, et bien entendu, un tueur ganté, et une héroïne qui perd peu à peu pied avec la réalité. Les grands classiques.

Il est donc dommage que dans ses 40 premières minutes, l’intrigue de Schizo stagne un peu trop, se refuse presque à vraiment démarrer, et a recours à quelques scènes peu crédibles (ah, la scène de l’araignée en plastique made in Hong Kong). Utile évidemment, pour mettre l’intrigue en route, et aussi pour bien nous présenter son personnage principal, mais à double tranchant, puisque quand tout s’accélère, on grille assez vite les ficelles du scénario. Néanmoins oui, cette seconde partie peut compter sur son rythme, sa bonne tenue visuelle, le charme de Lynne Frederick, et ses excès de violence, surprenants car souvent finalement assez courts, et donc plus marquants. Un peu comme si Pete Walker faisait un pur film d’exploitation, mais en avait en réalité un peu honte au départ et donc tentait presque de noyer un peu le poisson. Mais du coup, Schizo n’est jamais mauvais, mais bancal. Déséquilibré entre sa première partie qui se regarde avec un petit ennui, et sa seconde, prévisible mais beaucoup plus rythmée, réussie, et violente. Surtout qu’au final, son côté prévisible, il le doit autant à son titre (et son introduction qui nous explique la définition de la schizophrénie, rien que ça) qu’à sa première partie qui développe (bien) ses personnages, mais laisse donc peu de doutes pour la suite. Est-ce que le film ne se prendrait pas en réalité pour plus malin qu’il ne l’est vraiment ? C’est fort possible. Il reste en tout cas un petit thriller sympathique, bien que pas inoubliable, et qui nous dévoile aussi un peu ce cinéma Anglais des années 70, alors que la Hammer était dans ses dernières années, et que le cinéma horrifique lui reprenait ses forces en Italie et aux Etats Unis, justement là où Schizo va puiser ses influences, ironique ! Mais voilà, c’est bancal, mais compétent, un peu trop lent au départ puis parfaitement rythmé. Attachant.

LE MEILLEUR LE PIRE
♥ De belles influences…
♥ Lynne Frederick, superbe
♥ Une seconde partie parfaitement rodée
⊗ …Mais des influences très marquées
⊗ Une première partie trop lente
⊗ Evidemment, très prévisible
note2
Schizo est bancal, il met du temps à démarrer, il est très prévisible, mais d’un autre côté, il représente assez bien le cinéma de genre de l’Angleterre des années 70 après le déclin de la Hammer, allant chercher ses influences chez les autres. A défaut donc d’être un grand film ou de pleinement convaincre, le métrage s’avère intéressant, et divertissant.


Titre : Schizo
Année : 1976
Durée :
1h49
Origine :
Angleterre
Genre :
Thriller
Réalisation :
Pete Walker
Scénario :
David McGillivray
Avec :
Lynne Frederick, John Leyton, Stephanie Beacham, John Fraser, Jack Watson, Queenie Watts, Trisha Mortimer, Paul Alexander, Robert Mill, Colin Jeavons et Victor Winding


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Auteur : Rick

Grand fan de cinéma depuis son plus jeune âge et également réalisateur à ses heures perdues, Rick aime particulièrement le cinéma qui ose des choses, sort des sentiers battus, et se refuse la facilité. Gros fan de David Lynch, John Carpenter, David Cronenberg, Tsukamoto Shinya, Sono Sion, Lucio Fulci, Nicolas Winding Refn, Denis Villeneuve, Shiraishi Kôji et tant d'autres. Est toujours hanté par la fin de Twin Peaks The Return.
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