[Film] Monster Run, de Henry Wong (2020)


En grandissant, Ji Wei a toujours été traitée différemment en raison de sa capacité à voir des “monstres”. Très rapidement, sa mère la met dans un hôpital psychiatrique à cause de ses visions. A sa sortie, elle trouve un travail dans un supermarché. Mais rapidement, les visions reprennent et elle voit un monstre attaquer le supermarché. C’est là qu’intervient Meng Ge, un chasseur de monstres, et Ji Wei se rend compte que les choses qu’elle voit existent vraiment. Après avoir survécu à plusieurs péripéties avec Meng Ge, ils découvrent que Ji Wei est la fille qui a été choisie par le monde magique pour être la gardienne du Portail…


Avis de Cherycok :
Ceux qui nous suivent depuis l’époque HKMania savent qu’il y a un sous-genre du cinéma de Hong Kong que j’apprécie particulièrement, la ghost kung fu comedy, un sous-genre passé de mode depuis le début des années 90. Certains s’y essaient malgré tout de manière sporadique, comme en témoignent le très chouette Rigor Mortis (2014) de Juno Mak, ou les moyens Vampire Cleanup Department (2018) de Chiu Sin-Hang et Yan Pak-Wing et Sifu vs Vampire (2014) de Daniel Chan. Mais le genre est bel et bien disparu depuis longtemps, et ce ne sont pas les productions bas de gamme made in China, telles que Mr Zombie 2 (2018), réalisée pourtant par l’un des papas du genre Ricky Lau (la saga Mr Vampire) et avec l’un des principaux acteurs du genre, Chin Siu Ho (Mr Vampire, Vampire vs Vampire), qui vont le remettre au goût du jour. Mais l’âme de la Ghost Kung Fu Comedy perdure encore à travers certains films tels que le Monster Run qui nous intéresse aujourd’hui.

Basé sur le roman « Monster » de l’écrivain américain A. Lee Martinez, Monster Run est réalisé par Henri Wong, spécialiste des effets spéciaux qui a travaillé sur des films tels que Ip Man 1 et 2, Gallants, Wu Kong, et qui a également pondu Full Strike en 2015 ou le segment The Banquet du film Good Take en 2016. Il signe le retour de Shawn Yue devant la caméra 3 ans après le moyen The Brink (2017). Ce film ambitieux a subi, comme bon nombre de productions, les foudres de la covid-19 et n’aura pas eu droit à une sortie sur les grands écrans. C’est le géant chinois du streaming iQiYi qui récupèrera les droits et qui le rendra disponible uniquement sur sa plateforme. Mais la Columbia ayant investi des fonds dans le film, il y a fort à parier que ce dernier se retrouvera prochainement sur d’autres plateformes un peu partout dans le monde (Netflix ?).
L’histoire de Monster Run suit Ji Wei, jeune fille qui depuis son très jeune âge voit des monstres. Sauf qu’elle est la seule à les voir. Un jour, sa mère, qui en a marre que sa fille lui dise n’importe quoi, décide de la faire soigner dans un hôpital psychiatrique. Des années plus tard, Ji Wei en sort. C’est désormais une jeune adulte. Elle continue de voir des monstres mais le garde pour elle. Alors qu’elle range les rayons du supermarché dans lequel elle travaille, elle a une fois de plus une vision qui lui fait comprendre qu’un monstre est dans le coin. Quand soudain débarque un hurluberlu avec une arme très étrange, accompagné d’une feuille de papier qui semble vivante. Oui, c’est ça, elle est vivante, et elle parle même. Elle comprend que les monstres existent réellement lorsque cet individu, Meng Ge, qui lui sauve la vie, lui explique qu’il est un chasseur de monstres et que son travail est de les renvoyer dans le plan auquel ils appartiennent. Comme cette dernière n’a nulle part où aller, Meng Ge décide de l’aider. Ils apprennent très vite que Ji Wei est l’élue, que dans trois jours elle aura tous ses pouvoirs et qu’elle devra être la gardienne du portail entre les deux mondes. Mais l’actuelle gardienne va devoir la tuer si elle ne veut pas perdre ses pouvoirs dans trois jours. Meng Ge se donne pour objectif de protéger Ji Wei coute que coute.

Si j’ai cité la ghost kung fu comedy en introduction, c’est parce que, du moins dans toute sa première partie, Monster Run est en quelque sorte une revisite du genre en le transposant au 21ème siècle. Le personnage qu’interprète Shawn Yue (Invincible Target, la trilogie Infernal Affairs) est une sorte de fat-si de notre époque. Il tend des pièges aux fantômes, utilise des talismans, des charmes qu’il colle sur le front des monstres, et cherche donc à les renvoyer d’où ils viennent. Il a pour sidekick une feuille de papier vivante (le meilleur perso du film), capable de se transformer en moult choses via des pliages d’origami. On notera un excellent travail sur le design des personnages qu’on dirait parfois sortis d’un manga. Même chose en ce qui concerne les armes, faites de bric et de broc de plomberie leur donnant un look très retro. De manière générale, le film est visuellement très joli, avec beaucoup de couleurs, pas mal d’éclairages au néon lors des scènes de nuit en ville. Certaines idées visuelles sont très bien fichues, bien que parfois un peu clipesques (la poursuite en voiture dans le parking), mais le film nous offre des plans superbes en termes de photographie. Même chose en termes de CGI avec des monstres du plus bel effet, souvent très bien incrustés. Clairement, la Chine continue de progresser au niveau des images de synthèse et est en passe de rejoindre les États-Unis dans ce domaine. Shawn Yue est, comme souvent, très bon, bien charismatique, investi dans son rôle de chasseur de monstres au final médiocre mais qui va se révéler lorsqu’il se trouvera une vraie mission. On est toujours content de revoir Kara Hui (The Inspector Wears Skirts, Mrs K), toujours aussi belle malgré l’âge qui avance, même si son rôle de grande méchante est complètement sous exploité dans la deuxième partie du film.
Cette deuxième partie est d’ailleurs ce qui va empêcher Monster Run d’être un très chouette divertissement. Alors que la première partie était légère, fraiche, mignonne, avec un peu d’humour, un peu de bon sentiment, un peu d’action, le film va changer de ton et se faire plus dark lorsque les grands enjeux du scénario vont se dévoiler. On va virer dans le 100% CGI fonds verts, (même si en soi, c’est plutôt bien fait), dans plus d’action, avec des affrontements trop découpés et une caméra un peu trop frénétique. Ce déluge d’effets visuels n’ira pas en faveur de la scène finale, s’en retrouvant pour le coup bien fade (contrairement à l’effet escompté) car manquant de puissance ou même d’intensité dramatique. Vraiment c’est dommage.

LES PLUSLES MOINS
♥ Visuellement beau
♥ Des CGI réussis
♥ Bien rythmé
♥ Shawn Yue
⊗ Deuxième partie en deçà
⊗ Kara Hui sous exploitée
⊗ Final too much
Sorte de Ghost Kung Fu Comedy version 21ème siècle, Monster Run aurait pu être une jolie réussite si le film n’avait pas été plombé par une deuxième partie très poussive et voulant en mettre trop plein la vue. Ça reste malgré tout sympathique mais on finit le film avec cette impression de gâchis.

LE SAVIEZ VOUS ?
• Si Derek Kwok est producteur de Monster Run, ce n’est pas un hasard. Lui et Henry Wong travaillent ensemble depuis de nombreuses années. Outre le film Full Strike (2015) qu’ils réalisent tous les deux, Henri Wong a supervisé les effets spéciaux de tous les films de Kwok et ce dernier a produit tous les films de Wong.


Titre : Monster Run / 怪物先生 / Mr Monster
Année : 2020
Durée : 1h44
Origine : Chine / Hong Kong
Genre : Monstres & Cie
Réalisateur : Henry Wong
Scénario : Huang Zhiheng, Fan Wenwen, Wang Yahe, Zhang Disha

Acteurs : Shawn Yue, Jessie Li, Kara Hui, Tu Men, Wang Yu Tian, Yang Di, Qiao Shan, Wang Zhener, Gao Ye

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Feroner
Administrateur
10 octobre 2020 10:45

Ca a l’air cool il n’y a plus qu’a le trouver.