[Film] Ip Man 2, de Wilson Yip (2010)


Dix ans ont passé, la Seconde Guerre mondiale est terminée. La Chine est devenue communiste, et Ip Man, maître de wing chun, s’est installé à Hongkong avec sa famille. A la tête du syndicat des écoles d’arts martiaux de la concession britannique, maître Hung, spécialiste du hung gar, fait la pluie et le beau temps. Lui seul peut décider qui a le droit d’ouvrir une école à Hongkong. Ip Man souhaite justement enseigner le wing chun. Mais Hung ne l’entend pas de cette oreille. Un affrontement se prépare entre les deux hommes. C’est alors qu’un outsider, champion de boxe anglaise, vient jouer les trouble-fêtes…


Avis de Cherycok :
Ip Man premier du nom a fait l’effet d’une petite bombe chez les amateurs de films d’arts martiaux. Le film est une réussite totale, aussi bien en termes de mise en scène que de scènes de baston. Même si au box-office local, le succès aura été mitigé, le film a su s’exporter et rencontrer un énorme succès partout à travers le monde. Wilson Yip venait de créer une nouvelle figure emblématique du cinéma martial made in Hong Kong. C’est en toute logique, comme au début des années 90 avec la saga Il Était une Fois en Chine avec Jet Li, qu’une suite voit rapidement le jour. Raymond Wong aligne de nouveau le chéquier avec sa société Mandarin Films, et Ip Man est de retour dès 2010 avec ce Ip Man 2 : Le Retour du Grand Maitre. La recette de ce 2ème volet va être simple : on prend les mêmes et on recommence. Wilson Yip et Donnie Yen sont de retours, et le résultat va être presque aussi bon que pour le premier film.

Le schéma du film va être le même, le côté historique en moins. Après la guerre, Ip Man et sa famille partent s’installer à Hong Kong. Comme il faut bien gagner sa vie, et même si c’était contraire à ce qu’il prônait auparavant, il décide de créer une école de Wing Chun. Cela permettrait de faire découvrir son art martial à cette colonie anglaise où ce sont d’autres arts martiaux qui sont sur les devants. Mais il se retrouve vite heurté aux autres écoles martiales, et plus particulièrement à celle de maître Hung. On lui fait comprendre qu’il va devoir s’acquitter tous les mois d’une certaine somme pour avoir le droit d’enseigner et d’avoir la protection de Maitre Hung. Ip Man refuse et Hung lui propose d’affronter les maitres des différentes écoles pour voir s’il est déjà digne d’enseigner son art martial à la population. Ip Man s’exécute, mais rapidement, après avoir montré son efficacité, les ennuis commencent. Il perd le local de son école, l’obligeant à entrainer ses élèves dans la rue, et cherche à avoir une vraie discussion avec Maitre Hung. Pendant ce temps, la Police de Hong Kong fait venir un champion de boxe anglaise afin d’organiser un match pour confronter la culture occidentale à l’orientale. Un de leur gradé complètement corrompu y voit là l’occasion de dénigrer la population en montrant que les singeries martiales chinoises sont faibles comparées à la puissance de frappe occidentale. Les différents maitres martiaux n’auront d’autres choix que de se serrer les coudes contre ce boxeur venu d’Angleterre, d’autant plus lorsqu’il s’en prend directement à eux et se met à les humilier au travers de la presse.

On prend donc les mêmes et on recommence. On retrouve donc toujours à la réalisation Wilson Yip qui, une fois de plus, va livrer un travail de mise en scène exemplaire. La photographie est belle, les cadrages sont beaux, et il est clair qu’on ne peut rien reprocher visuellement à ce deuxième opus de la saga Ip Man. Lors des scènes d’action, Yip fait virevolter sa caméra de manière extrêmement fluide et naturelle, nous positionnant sans cesse au milieu des combats, mettant pour le coup une fois de plus en valeur les excellentes chorégraphies de Sammo Hung, ce coup-ci assisté par Allen Lan (les deux avaient déjà travaillé ensemble sur Detective Dee premier du nom). Des chorégraphies un poil plus « aériennes » que dans le premier opus mais qui n’entachent en rien la puissance et la beauté des combats. Du haut de ses 58 ans lors du tournage du film, Sammo Hung impressionne encore. Donnie Yen reste fidèle à lui-même, très impressionnant martialement parlant. Son combat final contre Darren Shahlavi (Bloodmoon, Tai Chi II) est d’une intensité folle même si son issue ne laisse aucun doute tant Wilson Yip nous a amenés à détester ce personnage. Car oui, comme dans Ip Man premier du nom et son nationalisme/racisme envers les Japonais, et comme on avait souvent l’habitude de le voir dans le cinéma de Hong Kong, Wilson Yip ne va pas prendre de pincette pour y aller dans le racisme anti gweilos avec son personnage anglais qui ne va pas hésiter en employer les termes « bridés » ou « jaunes » pour désigner le peuple chinois. Ce n’est pas très fin, c’est très manichéen, mais pour ceux qui ont l’habitude de leur cinéma, cela est quelque chose de très habituel. Disons qu’en voulant montrer que la meilleure philosophie de vie est de respecter les autres, ils ne se l’appliquent pas forcément à eux-mêmes.
Certains regretteront un scénario calqué sur le premier opus, le côté historique en moins, et surtout mince comme un papier à cigarette. D’autres pour le côté un peu trop romancé du biopic (les raisons de l’ouverture de son école d’arts martiaux à Hong Kong seraient tout autres). Mais comment bouder cette avalanche de combats épiques, avec un Donnie Yen au sommet de son art.

LES PLUSLES MOINS
♥ Donnie Yen, encore et toujours
♥ Sammo Hung, toujours la classe
♥ Des combats époustouflants
♥ Belle mise en scène
⊗ Scénario ultra basique
⊗ Prévisible
Même si plus conventionnel que le premier opus, Ip Man 2 : Le Retour du Grand Maitre est une nouvelle réussite du duo Wilson Yip / Donnie Yen. Si vous avez aimé le premier, vous aimerez à n’en pas douter celui-ci.

LE SAVIEZ VOUS ?
• L’acteur britannique Darren Shalhavi, qui incarne le méchant du film et que les amateurs de films HK ont pu voir dans Guns & Roses (1993), Ghost Lantern (1993), Sixty Million Dollar Man (1995), Angel on Fire (1995) ou encore la saga Techno Warriors (1997-1999) est décédé d’une crise cardiaque causée par l’athérosclérose (une maladie touchant les artères) le 14 janvier 2015 à l’âge de 42 ans.
• Cette suite avait été annoncée avant même que le premier opus sorte au cinéma. Elle devait au départ mettre l’accent sur les relations entre Ip Man et son plus célèbre disciple Bruce Lee. Mais le producteur Raymond Wong expliqua en 2009 qu’il ne pourrait pas faire apparaître Bruce Lee car il n’a pas obtenu les droits nécessaires à cause de négociations échouées avec ses descendants. Malgré tout, le jeune Bruce Lee fera une apparition à la toute fin du film. Le film se concentrera essentiellement sur Ip Man et sa vie à Hong Kong alors qu’il tente de faire connaitre le Wing Chun.
• Comme son ainé, Ip Man 2 a gagné plusieurs prix. Citons par exemple celui du meilleur montage et des meilleures chorégraphies aux Hong Kong Film Awards de 2011, celui des meilleures chorégraphies au Golden Horse Film Festival de 2010, celui du meilleur réalisateur et des meilleurs effets visuels au Beijing Student Film Festival de 2010 ou encore meilleur acteur de second rôle aux Asian Films Awards de 2011.
• L’acteur Dennis To (Bodyguards and Assassins, Kung Fu League), qui joue ici l’élève principal de Maitre Hung incarné par Sammo Hung et qui jouait déjà dans le premier Ip Man de Wilson Yip, tient le rôle de Ip Man dans la version de Herman Yau, Ip Man : La Légende est Née (2010).
• Sammo Hung, malgré ses 58 ans lors du tournage, a tenu à assurer toutes ses cascades lui-même alors qu’il sortait depuis peu d’un séjour à l’hôpital suite à des soucis cardiaques. Cela lui a valu de nombreuses blessures. Lors de son combat face à Darren Shalhavi, il prend un coup de poing très puisant en plein visage. Malgré une plaie ouverte, il insiste pour finir la scène de combat. Il n’ira à l’hôpital que cinq heures plus tard, une fois que la scène fût finie. Il écopera de quatre points de suture.
• Huang Xiaoming, qui n’est pas un artiste martial, a tenu à apprendre le wing chun afin d’être crédible pour ses scènes d’action. Il a transformé sa chambre d’hôtel en salle de sport, faisant même venir un homme de bois. Il s’y est tellement entrainé, avec l’aide de l’équipe de cascadeurs du film, qu’il en a eu des blessures aux avants bras. Wilson Yip a encensé sa performance en disant que « Huang n’est peut-être pas un artiste martial, mais il s’est tellement entrainé qu’il était plus simple de le diriger sur les scènes d’action que Hiroyuki Ikeuchi dans le premier film ».


Titre : Ip Man 2 / Ip Man 2 : Le Retour du Grand Maitre
Année : 2010
Durée : 1h48
Origine : Hong Kong
Genre : La saga continue
Réalisateur : Wilson Yip
Scénario : Edmond Wong, Chan Tai-Li, Choi Hiu-Yan

Acteurs : Donnie Yen, Sammo Hung, Huang Xiao-Ming, Lynn Hung, Kent Cheng, Simon Yam, Fan Siu Wong, Darren Shahlavi, Calvin Cheng, Dennis To, Li Ze

 Ip Man 2, le retour du grand maître (2010) on IMDb


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pti denis
3 avril 2020 13:54

Le gros atout du film c’est Sammo Hung, impérial, puis toute la scène avec les maîtres d’arts martiaux qui se concluent par l’affrontement Donnie-Sammo est juste mortelle! (un des sommets de la saga).

Feroner
Éditeur
Reply to  pti denis
4 avril 2020 11:17

Pareil c’est une de mes scène préféré de la saga.
Dans le premier ma scène culte c’est Donnie vénère qui ce bat contre dix (pas sur du nombre) karatékas.

Matt
Matt
3 avril 2020 17:42

Donc là c’est plus du tout historique, c’est imaginaire c’est ça ?
Les aventures de Ip man^^

Le tournoi avec le vilain occidental, ça me fait penser au maitre d’armes avec Jet Li. Un truc romancé sur la vie de Huo Yuanjia.
Sauf qu’il est pas si vilain le dernier “boss” du maitre d’armes. Juste un gros costaud.

Matt
Matt
3 avril 2020 17:45

Ah attends je confonds. C’est pas plutôt un japonais le dernier boss ? Et Huo Yuanjia se fait empoisonné ?
Pinaise je mélange tout avec ces films de baston^^

pti denis
5 avril 2020 16:37

La chaîne Youtube MartialClub qui fait d’excellentes vidéos hommages au ciné HK de la grande époque (voir leur très bon Rising dragons) a fait leur propre Ip Man :

Feroner
Éditeur
5 avril 2020 19:17

Je confirme ils sont très fort leurs scènes d’action sont bien meilleure que la plupart de ce qu’on voit au cinéma.