[Film] Hard Rock Zombies, de Krishna Shah (1985)

Un groupe de Hard Rock qui commence à percer s’arrête le temps d’un concert dans une petite ville où ils sont hébergés par une famille étrange. Leur musique n’est pas du goût de tout le monde dans la bourgade, et le concert sera annulé au nom de la protection des bonnes mœurs de l’Amérique puritaine. La même nuit, les membres du groupe sont assassinés un par un par la famille qui révèle alors son véritable plan. Le lendemain, les rockeurs sont tirés de leurs tombes par la puissance du rock’n’roll, ils marchent à nouveau et décident de se venger.


Avis de John Roch :
En lançant Hard Rock Zombies, on s’attend logiquement à deux choses : du Hard Rock et des zombies, ou des zombies hard rockeurs, ce qui en revient au final au même. Et c’est le cas, il y a bien les deux éléments dans le métrage si l’on se base sur l’histoire au combien simple. Dans Hard Rock Zombies, un groupe de hard rock doit donner le concert de leur vie dans un patelin où un producteur célèbre se rend pour faire signer ledit groupe si leurs chansons plaisent. Seulement, le patelin en question est du genre ultra conservateur, et les habitants ne voient pas d’un bon œil l’arrivée d’un groupe de rockeurs dans leur communauté. Il faut les comprendre car c’est bien connu : le hard rock c’est la musique de Satan, c’est la musique qui donne envie de se droguer et de faire du sexe avant le mariage. Et puisqu’une loi votée aussi vite qu’avec un appel au 49-3 ne suffisait pas, les habitants du patelin assassinent les membres du groupe, qui vont revenir d’entre les morts pour se venger. En résumé, c’est ça Hard Rock Zombies. Dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça. Beaucoup plus même. Ce qu’il faut savoir, c’est que Hard Rock Zombies ne devait pas excéder les 20 minutes. A la base, c’est un court métrage qui a été tourné en tant que film dans le film pour un certain American Drive In réalisé par Krishna Shah, également metteur en scène de la chose qui nous intéresse ici. Ce fut apparemment si fun à tourner que quelques conversations plus tard, la production a craché quelques dollars supplémentaires pour faire deux films pour le prix d’un et demi.

Ce qui peut expliquer le côté bordélique de Hard Rock Zombies, enfin pas tout à fait parce que ça part tout de même trop dans tous les sens pour qualifier le scénario d’écrit à la va vite, et il va falloir s’accrocher pour y comprendre quelque chose, ou lâcher l’affaire au bout d’un quart d’heure, ce n’est pas plus mal. Nos hard rockeurs donc arrivent dans le patelin conservateur qui ne voit pas d’un bon œil leur arrivée dans leur existence puritaine, mais ils vont rapidement quitter le bled après une nuit en cabane pour finir dans la demeure d’une auto-stoppeuse qu’ils ont ramassée sur la route. Et qui dit demeure perdue au milieu de nulle part dit famille de dégénérés, en plus nawak que d’accoutumé. La famille en question est composée d’un vieux au fort accent Allemand, de sa femme en chaise roulante qui se transforme de temps à autre en loup garou, de l’auto-stoppeuse, d’un photographe, d’un grand gaillard balèze, et deux de nains : l’un borgne et l’autre monstrueux. C’est donc de leurs mains que le groupe de Hard Rock va périr et finir sous terre. Mais comment reviennent-ils ? Grace à une formule pour réveiller les morts, que le chanteur et guitariste a entendu par hasard et en a fait une chanson qu’il a enregistré sur cassette. Cette cassette, il l’a donnée avant de mourir à une adolescente dont il est tombé amoureux. Et oui, Hard Rock Zombies c’est aussi une histoire d’amour à travers la mort au plan final poétique et émouvant (comment ça j’en fais trop ?) avec une pincée de Vladimir Nabokov, ça ne s’invente pas. Mais passons sur ce détail qui me ferait presque passer pour un homme cultivé pour revenir non pas à nos zombies mais à notre famille de dégénérés qui va prendre une nouvelle dimension. Car il y a un twist, figurez-vous que le chef de famille (qui autorise ses petits-enfants à le regarder tringler sa femme parce que pourquoi pas mettre un zeste d’inceste tant qu’on y est) est en fait Adolf Hitler ! Et Adolf, qui est déjà équipé avec sa demeure qui est en fait sa base et sa chambre à gaz dans la cave, fait basculer le monde dans le quatrième Reich par la seule force d’un discours… pour finalement tout de suite se faire bouffer par les zombies hard rockeurs fraichement sortis de leurs tombes pour se venger.

Clap de fin ? Non. C’est déjà surchargé, ça part dans tous les sens sans être une seule fois cohérent ou logique (et je n’ai même pas évoqué la moitié de ce qui se passe), mais tout ça n’est que la première partie de Hard Rock zombies. Car un Hitler bouffé par des zombies, ça donne quoi ? Et oui, un zombie Hitler. Et avec sa famille elle aussi morte-vivante, ils vont aller foutre le boxon en ville. A partir de là, Hard Rock Zombies devient un film de morts-vivants plus conventionnel, avec l’armée des morts qui élargie ses rangs pendant que quelques survivants tentent de survivre. Mais ça c’est comme résumer le film, c’est simple mais à l’écran c’est autre chose. Et des choses il s’en passe, aussi improbables et connes soient-elles. En vrac, on retrouve les hard rockeurs zombies qui donnent le concert tant attendu, le nain monstrueux qui s’auto-dévore dans ce qui ressemble à des interludes pendant le spectacle, des personnages qui utilisent des posters de personnes décédées pour tromper les zombies, ou encore une femme qui se balade avec la tête de son boyfriend fraichement arrachée un peu partout, tête qui mine de rien devient un personnage à part entière… Hard Rock Zombies enchaine les scènes toutes aussi surréalistes les unes que les autres, sans cohérence aucune. Ce qui en fait un film absolument imbuvable mais aussi nanardesque à l’extrême. Imbuvable car la première partie du métrage en pointe tous les défauts . Puis, une fois que vos yeux se seront habitué à un tel déferlement de conneries sur pellicule, la magie opère enfin.

Pris tel quel, Hard Rock Zombies est une calamité. Le montage est horrible, les acteurs ne savent pas jouer les zombies, déjà que de jouer un vivant ce n’est pas non plus dans leurs cordes, le scénario défie toute logique et cohérence, et la musique est à chier mais pas forcément complètement. Enfin si elle l’est, on aura plus connu de hard dans le rock, mais pour qui apprécie les 80’s la BO fera de très loin illusion si ce n’est un détail : elle est répétitive. Et un autre détail : elles durent longtemps et sont mises en scène. Car Krishna Shah, vous l’aurez deviné, est un réalisateur d’origine Indienne. Et ses origines, on les ressent dès lors que ça chante. Non, Hard Rock Zombies n’est pas une comédie musicale, mais dans la forme, le métrage est un genre de succession de séquences clipesques à vomir pour le commun des mortels, mais pas pour les amateurs de nanars qui y verront une succession de scènes à se tordre tant celles-ci sont aussi incroyables qu’interminables. Que ce soit le montage, le charisme des acteurs qui prouvent que la combinaison moustache/coupe mulet n’est pas un style, c’est un mode de vie, les effets spéciaux d’un John Carl Buechler qu’on aura connu plus inspiré et compétant, ou la réalisation. Celle-ci est intéressante, on n’est pas dans un film où le réalisateur donne tout pour se faire remarquer, ou dans un film où le réalisateur s’en fout et pose sa caméra pour filmer, ou chez un réalisateur qui soigne son travail. Non, Krishna Shah lui fait dans ce que l’on pourrait qualifier d’art contemporain. Son style ? Prendre la caméra dans les mains, filmer ce qu’il peut en la balançant un peu partout, en la tournant dans tous les sens et fuck it, on verra ce que ça a donné sur la table de montage. Mais comment ne pas tomber sous le charme de tout ce que propose Krishna Shah avec Hard Rock Zombies ? Comment ne pas tomber à la renverse devant autant d’incohérence, d’absence totale de logique, de personnages qui sont partout et nulle part à la fois, de dialogues fondus du bulbe parce que oui, à la base Hard Rock Zombies a été pensé comme une comédie horrifique ? Et que dire des zombies hard rockeurs qui se déplacent en rythme en accomplissant un pseudo chorégraphie ? En soi, Hard Rock Zombies est un miracle. Le premier quart d’heure est rude à tous les niveaux, mais la vue s’y habitue, l’ouïe aussi. Quant au touché, celui-ci disparait petit à petit, idéal pour lâcher sa télécommande et ne pas zapper ce nanar de folie. Le gout et l’odorat ? Il n’est pas interdit de boire une petite bière et de loufer un grand coup de rire, ça ne fait pas de mal de temps en temps.

LES PLUSLES MOINS
♥ Nique la cohérence
♥ Nique la logique
♥ La démarche des zombies hard rockeurs
♥ La mise en scène et le montage, de l’art en barre
♥ La teneur nanarde assez élevé
♥ Il se passe toujours quelque chose
♥ Plus ça avance, plus ça devient n’importe quoi
♥ La combinaison moustache/coupe mulet, toujours un succès
Nique la cohérence
⊗ Nique la logique
⊗ La démarche des zombies hard rockeurs, WTF ?
⊗ La mise en scène et le montage qui piquent les yeux
⊗ Le scénario, un bordel monstre
⊗ La musique
⊗ Au final, une succession quasi-ininterrompue de clips la plupart du temps gênants
⊗ Non friands de nanars ou d’expériences cinématographiques hors norme, passez votre chemin. Ça vaut mieux pour vous.

Note :

Note Dousseur de Vivre :

Alors comme ça vous avez deux passions dans la vie : le hard rock et les films de zombies ? Partez en sprintant sans vous retourner ! Mais si votre troisième passion est le nanar, vous pouvez accueillir à bras ouverts Hard Rock Zombies, un film complètement what the fuck du début à la fin qui va vous provoquer des tranches de rire les yeux écarquillés devant tant de n’importe quoi total.



Titre : Hard rock zombies / Rock zombies
Année : 1985
Durée : 1h38
Origine : USA
Genre : Jon Bon Zombi
Réalisateur : Krishna Shah
Scénario : Krishna Shah et David Allen Ball

Acteurs : E.J Curse, Jennifer Coe, Ted Wells, Phil fondacaro, Geno Andrews, Sam Mann, Mick McMains, Richard Vidan, Lisa Toothman
 Rock Zombies (1985) on IMDb


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Auteur : John Roch

Amateur de cinéma de tous les horizons, de l'Asie aux États-Unis, du plus bourrin au plus intimiste. N'ayant appris de l'alphabet que les lettres B et Z, il a une nette préférence pour l'horreur, le trash et le gore, mais également la baston, les explosions, les monstres géants et les action heroes.
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Cherycok
Administrateur
22 novembre 2022 10:41

Celui là, j’ai jamais osé, et pourtant il traine sur mon disque dur depuis longteeeeeeeeeeeemps. Ca me fait penser à ces films fous, genre Voyage of the Rock Aliens qui m’avait fait tout bonnement halluciner. Merci pour ta recommandation, le nanardeur fou que je suis va y jeter un oeil ah ah

JustRed89
JustRed89
23 novembre 2022 17:52

Niveau anecdotes, le BR de chez Vinegar Syndrome regorge de pépites :

  • Les « Métaleux » ont été casté sur la base de leur aptitude à tenir un instrument de musique de façon correcte et pis c’est tout.
  • Le batteur n’arrivais pas à retenir ses maigres répliques et improvisais au pif. Le gars était tellement foncedard qu’il aurait chourave l’unique péloche le jour de première avec dans l’idée de la monnayer contre rançon.
  • L’acteur qui joue le shérif était tellement sidéré à la vue du script qu’il a décidé de jouer avec de grosses lunettes de soleil et un horrible accent texan pour pas qu’on le reconnaisse à l’écran.
  • Le même par la suite à essayé de négocier un rab de cachet lorsque par miracle le film a connu une brève exploitation outre atlantique.
JustRed89
JustRed89
Reply to  John Roch
24 novembre 2022 10:38

Oui en effet le lead était à l’époque musicos, par contre ce n’est pas lui qui a écrit et interprété les chansons du films, mais Paul Sabu qui était semble t’il à l’époque un chouilla connu.

Faze
Faze
Reply to  JustRed89
24 novembre 2022 2:52

Je savais pas qu’il était sorti chez les copains de Vinegar Syndrome !!
Depuis le temps que je le cherche ,du moins que je cherche une copie potable , et chez V.S les éditions sont toujours de qualité !

Merci Red et merci John pour la chro’ ! 😉