Un couple de restaurateurs emploie d’anciens mineurs délinquants, ce qui les aide à réintégrer la société. Parmi eux se trouve Yuto, 18 ans, avide de prendre un nouveau départ et déterminé à tirer le meilleur parti de cette opportunité.
Avis de Cherycok :
Sorti au Japon en début d’année 2026 et présenté en première mondiale au 75ème Festival de Berlin dans la catégorie Panorama (2025), c’est le petit distributeur Media Art qui a sorti dans nos salles le 7 octobre dernier Mikusu Modan, réalisé par Toshizo Fujiwara. Ce dernier, vu dans par exemple A Scene at the Sea de Takeshi Kitano, tire l’histoire de son film d’une pièce de théâtre qu’il a lui-même écrit. Il a déclaré avoir vu une émission de télévision sur le patron d’un restaurant d’okonomiyaki qui employait des personnes venant de purger une peine de prison afin de les aider à se réinsérer et c’est ce qui a servi de modèle à la prémisse du film. Ayant lui-même fait des erreurs dans sa jeunesse, il avoue se reconnaitre dans le personnage de Yuto du film. Toshizo Fujiwara s’occupe du scénario, du montage, du casting, de la production, de la réalisation et s’offre même un rôle dans cette production à petit budget, tournée en décors réels à Osaka avec une esthétique caméra à l’épaule évoquant volontairement un cinéma plus ancien. Et c’est un joli petit film.

Le film va suivre le personnage de Yuto, un jeune homme de 18 ans qui vient de sortir d’un centre de détention pour mineur et qui est bien décidé à reprendre le contrôle de sa vie. Il trouve du travail dans un restaurant tenu par un couple de restaurateurs, Sono et Hiro, qui accueillent des jeunes en difficulté afin de les réinsérer et de les aider à se reconstruire. Mais tout ne va pas être simple pour Yuto et entre les blessures qu’il a au fond de lui depuis l’abandon de son père, des anciennes fréquentations qui refont surface et sa rencontre avec une jeune fille au passé difficile, Yuhika, il va constamment être mis à l’épreuve. On sent très rapidement que derrière cette histoire de réinsertion, Toshizo Fujiwara nous propose quelque chose de plus vaste et va évoquer de nombreuses thématiques. La famille, la solitude, le besoin de trouver sa place dans un monde qui ne semble plus vouloir de nous, le passé qui peut nous rattraper, la délinquance juvénile, le désir de maternité, … avec au centre de tout ça ce restaurant qui est certes un lieu de travail, mais également un endroit où vont se croiser des individus cassés par la vie et qui vont pouvoir essayer de vivre ensemble et envisager des jours meilleurs. Malgré tout, le thème qui occupe une bonne partie de l’espace, c’est clairement la famille avec un film qui interroge régulièrement sur les liens familiaux. Yuto semble obsédé par le fait de retrouver un semblant d‘amour et de reconnaissance de son père malgré les déceptions qu’il rencontre. Yuto a un gros manque affectif et bien que son père l’ait blessé, il ne peut s’empêcher de vouloir garder ce lien et espérer retrouver une relation « normale » avec lui. Même lorsque des personnes bienveillantes pourraient faire office de « patch anti-père absent », c’est plus fort que lui, il ressent le besoin d’être aimé par sa famille de sang. La famille, il en est également question pour le couple de restaurateurs Sono et Hiro. L’absence d’enfant dans leur couple créé un manque, une souffrance même, et lorsque Yuto arrive dans leur vie, leur conception de la famille va s’en retrouver chamboulée, d’autant que ni l’un ni l’autre se sont parfaits et qu’ils doivent eux aussi composer avec des blessures. Est-ce que la famille, c’est seulement défini par les liens du sang ? C’est une des questions que pose le film tout en faisant comprendre que la bienveillance n’est pas forcément une solution magique à tous les problèmes.

Le scénario de Mikusu Modan est touchant, reste malgré tout assez classique, mais on a l’impression qu’il cherche à multiplier les sources de souffrance envers ses personnages pour accentuer l’émotion qui va s’en dégager. On se demande s’il ne force pas un peu trop le trait pour accentuer l’attachement du spectateur envers ses personnages abimés par la vie. Il n’y avait pas besoin de ça car Mikusu Modan est souvent pertinent dans les thèmes qu’il aborde. On ressent une vraie sincérité de la part du réalisateur dans ce qu’il raconte. Sa réflexion sur la réinsertion n’est pas travestie pour la rendre plus belle, elle est juste, en nous faisant comprendre qu’il n’y a pas que la volonté de s’en sortir qui fera tout et qu’un individu cherchant le bout du tunnel aura besoin de béquilles comme un boulot, une relation amoureuse scène, des adultes de confiance, … Toshizo Fujiwara nous propose une approche humaniste plutôt qu’une réflexion très approfondie sur les divers problèmes sociétaux auxquels sont confrontés ses personnages. Cela fluidifie certes le film, mais ça limite parfois clairement la portée du message qu’il tente de véhiculer. Les personnages eux-aussi auraient mérités un meilleur développement. Ils sont attachants, certes, mais pour un film qui repose en grande partie sur ses personnages et la manière dont ils vont se croiser, certains semblent un peu en deçà, à l’instar du personnage de Yukiha, l’intérêt amoureux de Yuto, dont le parcours semble un peu trop mécanique par rapport à celui de Yuto alors que sa situation personnelle aurait permis de mieux traiter certaines questions soulevées par le film. Malgré tout, ils sont clairement le moteur du film et la mise en scène sobre et réaliste de Toshizo Fujiwara leur permet de vivre dans le cadre avec un naturel désarmant. Le choix de la caméra à l’épaule permet de mettre immédiatement le spectateur à leur niveau et le réalisateur ne cherche jamais à idéaliser quoi que ce soit. Il filme leur vie, il filme leurs difficultés, il filme leurs doutes, il filme leurs échanges. On pourra certes reprocher à la mise en scène un manque d’audace et certaines scènes auraient gagné en intensité si le réalisateur avait mis de côté quelques instants ce réalisme à toute épreuve, mais l’intimisme que Toshizo Fujiwara tient à absolument garder du début à la fin amène clairement un certain cachet à son film, un cachet qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais que les amateurs de drames sociaux devraient apprécier.

| LES PLUS | LES MOINS |
| ♥ Les thématiques abordées… ♥ Les personnages imparfaits et attachants ♥ Un récit touchant sur la seconde chance ♥ Un très bon casting ♥ La côté réaliste de la mise en scène |
⊗ … peut-être trop nombreuses ⊗ Des persos secondaires peu développés ⊗ Des moments qui semblent un peu forcés |
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| Mikusu Modan est un drame social et intimiste qui nous amène au plus près de ses personnages cassés par la vie qui tentent de se reconstruire. C’est surtout un film touchant, certes imparfait mais sincère, aux personnages des plus attachants. Un joli film. | |

Titre : Mikusu Modan / The Longing / ミックスモダン
Année : 2026
Durée : 1h44
Origine : Japon
Genre : Drame social
Réalisateur : Toshizo Fujiwara
Scénario : Toshizo Fujiwara, Rin Mikuni
Acteurs : Daiki Iso, Toshizo Fujiwara, Rino Tsuneishi, Sasha, Tomoko Fujita, Masane Tsukayama, Jay Kabira, Satoshi Nikaido, Yuko Sasaki, Shintaro Yogi
















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