[Film] Flush, de Grégory Morin (2026)

Quand on essaie de sortir la tête du trou, il y a toujours quelqu’un pour vous y replonger. Prenez Luc, un junkie à la dérive. Sa femme l’a quitté. Sa fille a été confiée aux services sociaux. Alors qu’il tente de reconquérir son ex devenue serveuse dans un bar, il se retrouve mêlé à un trafic de drogue. Une bagarre éclate. Laissé pour mort, le crâne coincé dans le trou d’une toilette à la turque, il aura la nuit pour se sortir de là et recomposer sa famille perdue.


Avis de Cherycok :
Un film où la prémisse est un mec qui a la tête coincée pendant 1h10 dans une chiotte à la turque, comment voulez-vous, en tant qu’amateur de cinéma de genre et de films bien barrés, que je n’aie pas envie de voir ce film !?! Ce film c’est Flush, et ce n’est pas la première fois que je vous parle d’un huis clos dans des toilettes puisqu’il y a trois ans presque jour pour jour, je pondais une chronique sur le film allemand Holy Shit! de Lukas Rinker et son architecte coincé dans des toilettes de chantier. Et il y a quatre ans, là aussi presque jour pour jour, je vous présentais Glorious, de Rebekah McKendry, dans lequel le personnage central, après une grosse soirée arrosée, se retrouve enfermé, sans qu’il sache pourquoi, dans les toilettes d’une aire de repos. Le point commun entre ces trois films, à part le fait que tout le film se déroule dans des toilettes ? Ils sont tous les trois bien, mais Flush est clairement celui qui prend la tête de ce top 3, et haut la main tant on passe un excellent moment 1h10 durant.

Flush est le premier long métrage de Grégory Morin qui, jusque-là, avait enchainé des courts métrages avec certains succès puisque certains d’entre eux ont par exemple été sélectionnés en compétition à Gérardmer. Je vous avais d’ailleurs déjà parlé en ces lieux il y a de nombreuses années de son très bon Paris By Night of the Living Dead. L’idée de Flush n’est pas toute récente puisqu’avec son scénariste de longue date David Neiss, ils planchent dessus depuis 2014. Onze ans pour pondre l’idée débile d’un mec qui a sa tête coincée dans une chiotte à la turque me direz-vous ? Oui, mais cette idée débile est extrêmement efficace car le scénario va jusqu’au bout de ses idées, en plus d’être bien plus qu’une comédie trash horrifique. On y suit donc Luc, un type complètement paumé, addict à la cocaïne. Son couple est détruit, sa fille de 7 ans est placée chez ses grands-parents, et alors qu’il se rend dans le bar où travaille la mère de sa fille dans le but de la reconquérir, tout ne se passe pas comme prévu. Alors qu’il est aux toilettes pour se faire un dernier rail de coke afin de se donner du courage pour parler à son ex, il se fait agresser par des dealers suite à un malentendu et se retrouve inconscient, blessé, la tête coincée dans le trou des toilettes à la turque. C’est à ce moment-là, alors qu’il ne peut presque pas bouger, que le film commence réellement et qu’on va assister, dans cet espace d’à tout casser 3m², à tout un tas de péripéties à mi-chemin entre l’humour potache et le dégoût, avec un film qui va assumer à 200% le côté crado mais pourtant hilarant de certaines scènes. Flush est le premier long métrage de Grégory Morin et je ne suis clairement pas le seul à avoir trouvé le film réellement excellent. J’en veux pour preuve ses nombreuses récompenses lors de sa tournée des festivals, comme le Prix du Public à Fantasia 2025, le Grand Prix aux Hallucinations Collectives de Lyon, ou encore le Prix du Public à Sitges. Nous sommes donc ici dans un huis clos à quasi temps réel dans un décor presque unique, des chiottes de bar donc, qui plus est sont comme bon nombre de chiottes de bar, parfaitement dégueulasses. Et le film pousse son concept à fond puisqu’il n’y aura ici ni flashback, ni coupure se passant dans un autre lieu, le pari étant de miser tout sur l’écriture et la mise en scène pour éviter une certaine redondance, ce que Grégory Morin arrive parfaitement à faire. Sur un film de 2h, on aurait senti un essoufflement, mais sur 1h10 génériques compris, tout ça fonctionne parfaitement avec un réalisateur qui arrive à tirer toute la tension et tout le comique possible de ce décor peu ragoutant.

Avant de se lancer dans Flush, il faut quand même se dire que les estomacs les plus fragiles risquent d’y laisser quelques plumes. C’est souvent trash, avec son lot de fluides corporels, de plaies ouvertes, de sang, de produits chimiques, le tout dans un environnement déjà assez crade, et à aucun moment le réalisateur ne cherche à aseptiser l’ensemble parfois proche d’un body horror qu’on aurait saupoudré d’un (gros) soupçon de scatologie. Et pourtant, c’est souvent de ce côté sincèrement assez dégueulasse que viennent de vrais rires, mais aussi des idées improbables qui vont nous être présentées. L’action est fixe puisque notre personnage central est bloqué là-dedans, et pourtant Flush se fait souvent imprévisible et le film assume immédiatement le grotesque de sa situation. Il faut dire que Jonathan Lambert est absolument génial et l’engagement physique dont il fait preuve est clairement à saluer. Son personnage est pathétique, désespéré, parfois répugnant dans ce qu’il est capable de faire, et pourtant il est impossible de ne pas avoir une réelle forme d’empathie pour lui. Aussi lamentable qu’il puisse paraitre, le fait qu’il cherche à remettre sa vie sur ses rails, qu’il désire par-dessus tout pouvoir, malgré la situation, être là pour l’anniversaire de sa fille, donne à ce scénario improbable un côté parfois assez touchant. Et c’est en ça que Flush n’est pas juste une comédie noire trash, le film aborde des thématiques bien plus profondes comme l’addiction à la drogue et les dégâts collatéraux que cela peut provoquer dans une famille. Certes, il n’a pas le temps de les approfondir, et ce n’est possiblement pas le but premier du film, mais cela lui amène une consistance inattendue qui joue en sa faveur. Et puis la mise en scène de Grégory Morin est elle aussi à saluer. L’action se passe dans un endroit très exigu et n’en sort jamais, et pourtant le film n’est jamais visuellement statique. Morin va varier les angles de vue et ne pas hésiter à utiliser les différents niveaux de son unique décor, avec une caméra qui se situe parfois en dessous des toilettes, dans les canalisations. La photographie est également très soignée, avec une variété de couleurs qui vont donner un côté parfois grindhouse à Flush. Morin va préférer les effets pratiques plutôt que le numérique (à une ou deux exceptions près) afin de rendre l’ensemble encore plus palpable, encore plus éprouvant pour les âmes sensibles, et chaque élément du décor peut potentiellement devenir une arme ou une source de catastrophe pour jouer avec le trash. Non, clairement, Flush n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais pour les amateurs de comédies très noires qui ont envie de se payer une bonne tranche de rigolade, il se pose là et on passe un excellent moment.

LES PLUS LES MOINS
♥ Une mise en scène intelligente
♥ Un humour trash très efficace
♥ La performance de Jonathan Lambert
♥ Plus profond qu’il n’y parait
♥ Bien rythmé
⊗ Sans doute trop trash pour certains

Flush, c’est ce qu’on aimerait voir plus souvent dans le cinéma français, un film de genre inventif qui à partir d’un pitch de départ improbable propose une vraie expérience de cinéma, décomplexée, efficace, et sacrément amusante. Un très bon premier film.



Titre : Flush
Année : 2026
Durée : 1h10
Origine : France
Genre : Huis clos à la turque
Réalisateur : Grégory Morin
Scénario : David Neiss

Acteurs : Jonathan Lambert, Élodie Navarre, Elliot Jenicot, Rémy Adriaens, Christophe Bier, Vincent Bekaert, Leno Kovski


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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