[Film] Black Creek, de Shannon Lanier et Mike Möller (2024)

La sœur d’un shérif cherche à se venger du chef terrifiant d’un groupe de hors-la-loi après avoir découvert qu’il a brutalement assassiné son frère, sa femme et d’autres membres de sa famille dans une ville sinistre du sud-ouest.


Avis de Cherycok :
Pour qui a grandi avec les séries B d’action de la fin des années 80 et des années 90 qui ornaient les rayons des vidéoclubs, voir au casting d’un film Cynthia Rothrock, Richard Norton, Don « The Dragon » Wilson, Keith Cooke ou encore Benny « The Jet » Urquidez, ça a quelque chose de croustillant. C’était d’ailleurs ce qui m’avait poussé, il y a un an et demi, à regarder Taken From Rio Bravo. Certes, ce western fauché s’était avéré être un bien bel étron, mais j’étais malgré tout content de retrouver toutes ces stars martiales avec qui j’avais grandi. Avec Black Creek, nous avons de nouveau droit à un western et, pas la peine de tergiverser deux heures, c’était de nouveau pas fameux, bien que malgré tout supérieur à Taken From Rio Bravo, ce qui n’était pas bien dur. Alors qu’est-ce qui cloche dans ce projet porté à bout de bras par Cynthia Rothrock qui produit et scénarise, en plus d’incarner le rôle principal ? Eh bien malgré une réelle envie de bien faire, tout est un peu trop bancal, pour ne pas dire médiocre, pour convaincre.

Black Creek a vu le jour sur les plateformes de financement participatif, porté par tout un tas de fans, aussi bien pour financer le projet que pour le créer. Deux campagnes ont été mises en place, la première sur Kickstarter a rapportée 373105$, la seconde sur Indiegogo en a soulevé 131825, pour un film vendu comme un croisement improbable, bien que déjà vu, mais assumé entre western spaghettis et film d’arts martiaux. Tourné en à peine 15 jours, d’une durée de 1h56, l’introduction du film ne nous met pas en confiance, avec un sang numérique absolument affreux qui nous fait comprendre que, campagne de crowfunding réussie ou pas, Black Creek n’avait clairement pas l’ambition de ses moyens. L’explosion absolument immonde lors du dernier acte est tout simplement honteuse en 2024 où n’importe qui, même depuis certaines applications gratuites sur smartphone, est capable de faire bien mieux. De manière générale, le visuel sonne faux. Entre les nombreuses scènes de nuit qui laissent à penser que l’obscurité permettait de cacher la misère et la redondance des décors, cette lumière trop numérique pour donner un aspect réaliste, ces costumes et coiffures qui font parfois très cosplay, on a vraiment l’impression de regarder un ersatz de western. C’est dommage car de temps à autres, il y a des fulgurances, avec un beau plan par-ci, un effet pratique réussi par-là. L’histoire et le scénario ne sont guère mieux et outre le fait que tout ça tient sur un demi post-it, avec une basique histoire de vengeance sans aucune originalité, le western n’est au final qu’un enrobage presque artificiel pour mettre en boite un film d’arts martiaux. Ne vous attendez d’ailleurs pas à des affrontements de qualité. Cynthia Rothrock, Richard Norton, Don Wilson ou encore Benny Urquidez ont beau avoir un joli palmarès martial, ils ont vieilli, beaucoup vieilli. Au moment du tournage, Rothrock avait 67 ans, Norton 74, Wilson 69, et Urquidez 71. Certes, pour leur âge, ils bougent encore bien, en particulier Cynthia Rothrock qui a assuré presque tous ses mouvements toute seule, mais ils bougent quand même comme des personnes de leur âge et c’est parfois un peu pachydermique, au point que certaines scènes sont un poil accélérées pour leur donner un peu de vitesse. Et puis quel dommage que Benny Urquidez ne soit présent que le temps d’une baston, sincèrement moyenne en plus.

Ce scénario, il est aussi problématique à cause de la longueur du film. Le film n’a pas grand-chose à raconter, une histoire de vengeance classique. En soit, ce n’est pas gênant, mais 1h56, c’est vraiment beaucoup trop long pour raconter ce que ça a à raconter. Alors on comprend que les réalisateurs ont étiré le temps pour chercher à poser ses décors, à filmer les regards comme le faisaient certains westerns spaghettis dans les années 60. C’est d’ailleurs quelque chose que Quentin Tarantino s’est amusé à faire avec Les Huit Salopards. Et quelque part, c’est une démarche artistique louable. Sauf que pour le coup, que c’est longuet ! Certains dialogues trainent en longueur, rendant certains échanges interminables, les provocations des uns et des autres finissent par tourner en rond, et tout le deuxième acte est d’une mollesse pas croyable, à peine rythmé par quelques scènes d’action des plus moyennes. On sent qu’il y a une réelle envie de bien faire pour essayer de retranscrire l’ambiance western, mais si le film avait duré 1h30 comme beaucoup de séries B du genre, il aurait clairement été plus digeste. Pour les scènes d’action / martiales, c’est la même chose, on sent une réelle envie de rien faire. Le montage n’est pas trop haché, le réalisateur essaie de faire des plans qui permettent de bien voir les coups, certains cascadeurs s’en prennent plein la tête, et c’est le strict minimum qu’on attendait d’un spécialiste des cascades qui se lance dans la réalisation. Mais là aussi, ça cloche. Outre les acteurs qui, comme dit précédemment, accusent le poids de leur âge, il y a d’autres problématiques, à commencer par des coups qui parfois passent à bien 20cm de leur cible et des chorégraphies qui ne sont pas exceptionnelles car adaptées à d’anciennes gloires martiales qui ont aujourd’hui autour de 70 ans. Il y a là aussi quelques fulgurances, mais si on prend dans l’ensemble, on se dit qu’elle est loin l’époque des China O’Brien et autres Cyber Tracker 2. Le casting semble content d’être là et semble content de se retrouver, mais on ne leur donne pas beaucoup de quoi étoffer leurs personnages et entre les dialogues tout simplement ratés et une écriture de personnages frôlant le néant, ils semblent faire ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne, et au final leur jeu est souvent faux et forcé malgré toute l’expérience qu’ils ont. Richard Norton est peut-être celui qui tire le meilleur parti du film en incarnant le grand méchant, mais son personnage n’est pas très bien exploité. Au final, si on met bout à bout toutes les tares du film, il en ressort quelque chose de vraiment raté, certes plein de bonne volonté mais pas suffisamment de bons points pour rendre le visionnage agréable.

LES PLUS LES MOINS
♥ Revoir tout ce beau monde
♥ Quelques jolis plans
♥ Quelques fulgurances dans l’action
⊗ Beaucoup trop long
⊗ Et du coup mal rythmé
⊗ Des dialogues mal écrits
⊗ Un jeu d’acteur souvent aux fraises
⊗ Un côté fauché qui ressort beaucoup

Avec Cynthia Rothrock, Richard Norton, Don « The Dragon » Wilson, Keith Cooke et Benny Urquidez au casting, ce western martial aurait pu être un vibrant hommage aux années VHS / Vidéoclub, mais il n’est au final qu’une bobine très laborieuse.

LE SAVIEZ-VOUS ?

  • Richard Norton, dans le combat de aim, sort le même « Paintfull ? » (Douloureux ?) qu’il sortait à Sammo Hung dans le 2ème opus de la saga My Lucky Stars. Un petit clin d’œil que seuls leis amateurs de cinéma hongkongais reconnaitront.


Titre : Black Creek
Année : 2024
Durée : 1h56
Origine : U.S.A
Genre : Vieilles gloires en santiags
Disponibilité : VOD
Réalisateur : Shannon Lanier, Mike Möller
Scénario : Cynthia Rothrock, Robert Clancy, Jeff Gress

Acteurs : Cynthia Rothrock, Richard Norton, Patrick Kilpatrick, Don « The Dragon » Wilson, Keith Cooke, R. Marcus Taylor, Benny Urquidez, Eliza Kelley, Forbes Riley, Keith Vitali


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Auteur : Cherycok

Webmaster et homme à tout faire de DarkSideReviews. Fan de cinéma de manière générale, n'ayant que peu d'atomes crochus avec tous ces blockbusters ricains qui inondent les écrans, préférant se pencher sur le ciné US indé et le cinéma mondial. Aime parfois se détendre devant un bon gros nanar WTF ou un film de zombie parce que souvent, ça repose le cerveau.
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